Le site des Moulins de France
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Situé au sud-ouest du département de la Loire, à deux pas du département de la Haute-Loire, le moulin de Vignal appartient à la famille Vignal. La carte de Cassini N°88 (Saint- Marcellin-Saint-Etienne), dont les levés de terrain ont été effectués entre 1762 et 1767 représente et nomme le moulin Vignol. Le moulin actuel fut construit en 1783 et s’arrêta en 1991, la concurrence des minoteries à cylindres étant trop forte. En 1993 un groupe d’amis fonde l’Association des Amis du Moulin de Vignal . Un bail d’une durée de 25 ans, prenant effet en 1994, est signé avec la famille propriétaire. Dès 1994, le moulin est ouvert au public. La restauration du moulin est engagée. Elle dure jusqu’en 2003. En 2009, l’association regroupe cent membres dont vingt actifs. Chaque année ce sont 7000 personnes qui viennent visiter ce site niché au coeur du Forez méridional. L’ensemble comprend un moulin à grain, un moulin à huile, un moulin à chanvre et à trèfl e. Il possède la caractéristique rare d’être équipé d’une roue verticale et d’une roue horizontale. Il est le seul moulin ouvert à la visite à présenter ces deux types de roues en France.

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Le moulin à grain. Moulin à céréales secondaires, mu par une roue hydraulique horizontale. En arrière plan le treuil à lever la meule tournante. Moulin de Vignal, Apinac (Loire). Photo jph. AZEMA.

Le site du moulin

Situé à 840 mètres d’altitude, le moulin de Vignal est alimenté par un canal de 300 mètres de long, dérivant l’eau de l’Andrable. Deux bâtiments à usage de moulins sont étagés l’un au dessus de l’autre sur ce versant de vallée et exploitent une chute totale de plus de 8 mètres. Le moulin principal abrite deux ateliers : un moulin à grain et un moulin à huile. Au dessous, le moulin secondaire destiné au travail du chanvre et du trèfl e, « la maille ».

Le moulin principal

Ce bâtiment, construit parallèlement à la rivière, comprend trois niveaux. La partie haute abritait le logement du meunier et de sa famille. Le niveau intermédiaire est celui de l’atelier de meunerie. Le niveau inférieur est occupé par le moulin à huile. Seuls les deux niveaux inférieurs sont ouverts à la visite.

Le moulin à grain

Cet atelier spacieux possède deux paires de meules en pierre. Le moulin à froment (farine panifi able) est équipé d’une paire de meules en silex provenant de la Société Générale Meulière de La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne). Elle mesure 146 cm de diamètre. La meule supérieure, de 24 cm d’épaisseur, possède trois boîtes d’équilibrage. La machine est mise en jeu par l’intermédiaire d’une roue verticale de 3,60 m de diamètre et 98 cm de large, placée sur le pignon nord. Construite en double croix, en bois de pin, elle est composée de 36 augets d’une contenance de 35 à 40 litres. La roue est non protégée. Sa durée de vie est de 30 ans, l’hiver, le gel, accélérant son vieillissement. La transmission du mouvement s’effectue au moyen d’un rouet de fosse en fonte engrenant sur un rouet de volée garni d’alluchons en bois de cormier. Le système actionne la paire de meules à farine panifi able, la chaîne à godets et la bluterie.

Les meules en silex ont servi jusqu’en 1948. La paire de meules actuellement en place est construite en carreaux (blocs de silex collés les uns aux autres, de dureté progressive du centre à la périphérie), elle est encastrée au ras du sol. Un escalier à deux marches donne accès à la trémie. Dans ce moulin, on ne trouve pas de potence pour soulever la meule tournante. Pour rhabiller la meule travaillante, il faut faire usage d’un gros coin en bois et d’un rouleau en bois de fortes dimensions. Un cabestan (treuil) horizontal, placé près du niveau du plancher, permet de tracter la meule par le moyen d’un gros câble de chanvre. La première étape consiste d’abord à décoller légèrement la meule supérieure et à glisser le gros coin de bois muni d’un manche. Ensuite, un rouleau est inséré entre les deux pierres. L’extrémité du câble est introduite dans l’oeil de la meule et bouclée. La meule est ensuite levée au moyen du cabestan, basculée et appuyée contre le mur voisin. Le rhabillage de la meule s’opère sur le plan oblique. Cette position est diffi cile à tenir pour le meunier.

Lorsque le moulin fonctionne, la boulange est acheminée par l’élévateur à godets vers la bluterie. Cette dernière est un grand meuble de 3.50 m de long à fond plat. Pour ensacher les produits, il faut utiliser un râteau en bois pour amener les produits vers la trappe latérale de l’empochoir.

Dans la partie sud de l’atelier de meunerie se trouve une autre paire de meules en carreaux de silex, destinée à la farine animale. La meule tournante porte une plaque en fonte portant les inscriptions suivantes « Grande Société Meulière. Dupety, Orsel et Cie, La Ferté-sous- Jouarre ». D’un diamètre de 142 cm, elle est épaisse de 16 cm et pourvue, elle aussi, de trois boîtes d’équilibrage. Elle est entraînée par une anille suspendue, elle est mue par une roue hydraulique horizontale (le rouet) en fonte provenant très certainement des ateliers de construction mécanique Crozet-Fourneyron, du Chambon-Feugerolles. Cette dernière mesure 130 cm de diamètre et 12 cm d’épaisseur et comprend 24 cuillères, boulonnées individuellement à la périphérie d’une roue d’une seule pièce de 60 cm de diamètre. Placée dans un puits en pierre maçonnée, elle est mise en jeu par une chute d’environ 4 m. L’arrivée d’eau est composée d’un chéneau oblique en bois, ouvert en U. Pas de mise en pression. L’eau arrive seulement par gravité. Ce type de moulin à roue hydraulique horizontale était assez répandu autrefois. L’un des rares à l’avoir conservé en état est le Moulin de la Germanie, à Saint-Geniez-d’Olt, en Aveyron. La commande de la vanne motrice, placée en tête du coursier à l’extérieur du bâtiment, est mise en oeuvre par l’intermédiaire d’une très longue perche en bois, traversant le mur du moulin par un pertuis réservé à cet effet. En effectuant un mouvement de traction sur l’extrémité de la perche, le meunier ou la meunière font basculer la vanne motrice munie d’un manche au bout duquel s’articule la perche en bois. Près de cette paire de meules, le meunier a installé une balance à sacs. Il faudra toujours peser le grain à l’arrivée et la farine au retour. En bas, dans la cour du moulin, une meule tournante monolithe usagée est appuyée contre un mur. Il s’agit d’une meule en grès, provenant très certainement des carrières de meules de Roche-la-Molière (la bien nommée) non loin de Saint-Etienne. Elle mesure 165 cm de diamètre. Sa surface bombée lui donne une épaisseur variable : 17 cm au niveau de l’oeillard et 8 cm à la périphérie. Non loin de là se trouve l’entrée du moulin à huile.

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Moulin à huile. La meule verticale en granite. Photo jph. AZEMA

Le moulin à huile de colza

Cet atelier qui occupe le rez-de-chaussée de l’usine fonctionna jusqu’en 1960. Pour produire un litre d’huile de colza il faut trois kilos de graines. Vu leur fi nesse, elles ne pourraient en l’état être écrasées par les seules meules en pierre verticales. Il faut au préalable les éclater, les aplatir dans un concasseur à cylindres en fonte. Cela leur donne plus de surface et évite aux meules de les pousser comme des micro-billes. Le moulin lui-même est imposant. La meule gisante mesure 180 cm de diamètre pour une épaisseur moyenne de 34 cm. La meule tournante, quant à elle, mesure 117 cm de diamètre et 38 cm de large pour un poids de 1,2 tonne. Ces deux pierres monolithes sont taillées dans du granite. La force motrice mettant en mouvement la meule verticale est délivrée par une roue hydraulique horizontale en bois, au montage original. Disposant d’une chute de plus de 4,50 m, elle est alimentée elle aussi par un chéneau en oblique en bois, ouvert en U.

Sur le mur situé à l’est du bâtiment, le foyer complète l’outillage. Une poêle en fonte repose sur un support maçonné en brique. Un brasseur métallique assure une chauffe homogène à la pâte de colza, jaune mouchetée de noir. Dans l’espace séparant la meule du foyer s’intercale le pressoir hydraulique. Actionné par un compresseur à pistons, il a une pression de 250 kg au cm2. Une inscription en relief sur la fonte de la machine indique son origine : « S. ROUSSON AÎNÉ. Constructeur mécanicien. Feurs – Loire ». Un décalitre métallique est placé au-dessous pour recueillir l’huile.

La Maille (moulin à trèfl e, à orge perlé et à chanvre)

Au-dessous du bâtiment principal, détachée de celui-ci, une petite construction bien étrange. Trois murs seulement la délimitent, couverts par une toiture à un seul pan, dont l’inclinaison est parallèle à la pente. Le grand côté, exposé au sud, est ouvert le long du chemin qui donne accès aux rives de l’Andrable. Il s’agit de la « Maille ». Ce petit moulin est équipé d’une meule gisante de 154 cm de diamètre et d’une épaisseur moyenne de 37 cm. Une engravure périphérique marque l’ancienne présence d’un rebord en bois cerclé empêchant la matière transformée de « s’évader ». Une petite meule tronconique de 51 cm de large (grand diamètre extérieur de 51 cm et petit diamètre intérieur de 45 cm) tourne sur la gisante. L’ensemble était actionné par une roue hydraulique horizontale, aujourd’hui manquante. Le mécanisme doit être restauré.

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La maillerie et sa meule conique. Photo jph. AZEMA

À quoi pouvait bien servir un tel moulin ouvert sur l’extérieur ? L’usage de la Maille est nécessaire pour au moins deux activités : la production de graines de trèfl e et le décorticage du chanvre. Planté en mars, le trèfl e est fauché une première fois en mai. La seconde coupe de trèfl e est celle qui produit la graine. Pour la recueillir, on fauche la plante aussitôt que les gousses sont formées et mûres, ce qui se produit vers le 15 août ; on s’en aperçoit lorsqu’elles deviennent d’un brun noir. On fauche le trèfl e de très grand matin au moyen de peignes spéciaux qui ne retiennent que les infl orescences. On les transporte ensuite pour les faire sécher sur une aire où elles sont étendues, puis elles sont « battues » au moyen de la meule conique de la Maille, qui sépare les graines de leur support. Il faut ensuite les vanner et les cribler. Les graines sont ensuite ensachées. La maille permettait aussi la fabrication de l’orge mondé, dit aussi orge perlé. Le chanvre était une plante textile souvent cultivée dans les campagnes. Après avoir été arrachées à la main, rouies et séchées (souvent dans un four à pain encore tiède), les tiges de chanvre doivent être battues pour que les fi bres puissent s’individualiser. La gomme qui les liait est alors pulvérisée et la cuticule de la tige brisée. Cette transformation dégage une grande quantité de polyphénols, substances hautement explosives et infl ammables en milieu fermé. Ceci explique pourquoi le moulin abritant la maille est ouvert sur une grande longueur. Les mailles se rencontrent souvent dans les moulins se trouvant dans une bande d’une largeur d’une centaine de kilomètres coupant la France en deux, traversant d’est en ouest la Savoie, les monts du Lyonnais, le Forez, le Livradois, jusqu’au Limousin. De tels édifi ces, en état, sont extrêmement rares aujourd’hui. La Maille du moulin de Vignal est la seule que nous connaissons à ce jour dans cet état.

Jean-Pierre Henri AZEMA, (Consultant spécialiste des moulins et du patrimoine industriel) – Article paru dans le Monde des Moulins – N°33 – juillet 2010

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