Le site des Moulins de France
ArabicBasqueBelarusianBulgarianCatalanChinese (Simplified)CzechDanishDutchEnglishFinnishFrenchGermanGreekHebrewHungarianItalianJapaneseLithuanianNorwegianPersianPolishPortugueseRomanianRussianSpanishSwedishTurkishUkrainian

Nous remercions Madame Collomb, rédactrice en chef de la revue « Ma Bastide en Ardèche », qui nous autorise à publier cet article paru sous la belle plume de Henri Klinz. Remercions aussi Jean-Pierre Moulin, cheville ouvrière de l’Association du Moulin de Mandy, pour son aide précieuse dans ce projet de publication. L’Association du Moulin de Mandy, adhérente depuis la première heure à la FDMF, est un bel exemple de promotion des moulins.
La Rédaction

Le Moulin de Mandy – photo Henri Klinz

Bien abrité au creux du vallon du Boyon, alimenté par des béalières1 superbement travaillées de main d’homme, le Moulin de Mandy, à Pranles, près de Privas, est l’une des dernières constructions de ce type encore en état de fonctionnement en Ardèche. Grâce à un judicieux système hydraulique, le moulin produit des farines, des huiles de noix et de colza.

Autre vue d’ensemble du Moulin de Mandy – photo Henri Klinz

Sa restauration et ses productions sont le résultat d’un travail de longue haleine que l’on doit aux bénévoles de l’Association « Le meunier de Mandy » qui ne ménagent pas leur peine pour offrir aux visiteurs, des mois de juillet et d’août, des démonstrations de son fonctionnement avec dégustation de pain, cuit au feu de bois, les mercredis, dans le vieux four (1640) du moulin.

Le four – photo Henri Klinz

Le cadre est somptueux. Illuminées au levant, ses façades de grès clair, de granit tacheté et de calcaire, savamment jointées, masquent la discrète bâtisse pourtant rehaussée de toitures neuves. On dirait que tout ici n’est que discrétion, sans doute pour mieux protéger les richesses contenues à l’intérieur du moulin. Au dehors, des gazouillis d’eau claire s’échappent des prairies verdoyantes et des sous-bois ombragés. Le long de coquettes béalières courant la lande, le flux verdoyant de l’onde s’épanouit en riant, à la manière de quelques lutins espiègles venus promptement réveiller la vieille bâtisse endormie, avant que n’arrivent les premiers visiteurs.

L’histoire du moulin

Les installations actuelles datent de 1891, mais le Moulin de Mandy2 existait déjà en 1464. Au cours de la période médiévale, le mécanisme fonctionnait à l’aide d’un système de roue horizontale en bois et l’eau du ruisseau, le Boyon qui alimentait jadis le moulin, entrait directement dans le moulin par une arche dont on devine encore les traces sur le mur nord.
C’est donc en 1891 qu’ont lieu les plus grands aménagements, permettant l’agrandissement du bâtiment et le remplacement de la roue horizontale par une roue verticale à augets d’un diamètre de 6,50 m. Trois broyeurs (les tournants) sont également installés, dont deux sont destinés à la production de farine alimentaire et un troisième réservé à la production de nourriture animale. Ces installations nécessitent la mise en place d’un dispositif conséquent de couronnes et d’engrenages de fonte et d’acier sur lequel des axes de rotation vont accepter également des courroies de cuir destinées au fonctionnement, en parallèle, d’un moulatou3.
Sous la houlette de Jean-Pierre, un des guides bénévoles de l’association, c’est à une magistrale démonstration de fabrication de la farine que vont assister petits et grands. Des meules aux tamis, c’est tout un cheminement pédagogique que le guide expérimenté propose à ses visiteurs attentifs. Les installations intérieures sont complétées, à l’extérieur, par un réseau hydraulique permettant la récupération des eaux venues de trois ruisseaux différents ainsi que la construction d’un bassin de stockage (l’écluse) d’une capacité de 230 m3 dont la masse d’eau , quand elle est libérée, entraîne à elle seule la mise en mouvement de la roue.

Ici, pas de chute d’eau, juste un étonnant système hydraulique par poussée.
Le moulin restera ainsi en activité jusqu’en 1939, date à laquelle le fils du meunier est fait prisonnier. De retour de captivité, à la fin de la guerre, bien des choses ont changé : les minoteries sont devenues industrielles et livrent maintenant la farine dans les boulangeries de villages où des boulangers, maintenant itinérants, offrent du pain au pas de la porte des habitations. Plus de harassantes corvées de chargement des charrettes remplies de sacs de grains portés à dos d’homme, plus d’allées et venues jusqu’au moulin où il faut attendre son tour pour obtenir enfin, la précieuse mouture.
De 1945 à 1965, le moulin est en dormance, ne fonctionnant qu’épisodiquement pour les besoins du meunier, ceux de sa famille et du voisinage immédiat. En 1965, l’eau ayant causé d’énormes dégâts aux installations (notamment la rouille sur la roue), la production de farine est définitivement arrêtée d’autant qu’en 1992, le fils du meunier vient à décéder.
Un an plus tard, M. Alain Bernard, devenu légataire, décide la rénovation du moulin à des fins pédagogiques. En 1994, débutent d’importants travaux avec la création d’une association de bénévoles, pour obtenir en 2002, le résultat que l’on connaît aujourd’hui et la première ouverture au public. En 2003, le Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche (PNR) devient partenaire et les bénévoles poursuivent régulièrement les travaux d’entretien.

Les curiosités

La mise en fonctionnement du mécanisme sur roues dentées où s’enchevêtrent pignons, renvois d’angle, arbres de transmission, … en parfait état de fonctionnement, constitue une curiosité tout comme l’entraînement de la roue par le poids de l’eau contenue à l’extérieur dans le bassin de stockage.

Mécanisme – photo Henri Klinz

La salle des mécanismes est agrémentée d’un ancien moulin à huile par pressoir à main et d’un moulatou complété d’un fourneau rudimentaire permettant de chauffer la pâte de colza ou de noix à 40°C environ, avant de récupérer le précieux liquide dans un bacha4. Mais le plus surprenant se trouve à l’extérieur, le long de la béalière venue de la levée5 du ruisseau Boyon où un aqueduc aux pierres taillées en auge, de 6 m de hauteur et de 18 m de longueur, enjambe le ruisseau pour transporter l’eau venue du ruisseau de Bernegris jusqu’au moulin. Cet ouvrage d’art, restauré en 1995, constitue une extraordinaire richesse du petit patrimoine ardéchois.

Béalière jusqu’au moulin – photo Henri Klinz

Du blé écrasé au pain croustillant

Outre les explications sur la fabrication de la farine à partir des grains : tri, écrasement entre les deux meules circulaires dont l’une fixe (la dormante), les visiteurs retiendront également l’extraordinaire moment de convivialité lié à la cuisson du pain, principalement les mercredis de juillet et d’août. Le four à bois, allumé la veille, permet de cuire à l’instant, des pains au levain de 600 g, préparés et cuits à l’ancienne. Chacun pourra également profiter des pierres brûlantes du four, resté chaud toute la journée, pour déguster les tourtes et autres tartes aux fruits, préparées par les bénévoles de l’association. Le four chaud permettait également aux riverains qui le désiraient, d’assurer le mijotage de plats traditionnels nécessitant une longue cuisson (bombine, daube, etc…). Facile d’accès, situé à 40 km d’Aubenas et à 12 km de Privas, la visite du Moulin de Mandy est l’occasion d’une belle découverte mais plus encore : un instant ludique à partager dans un cadre enchanteur.

Les tournants – photo Henri Klinz

  1. Béalière : petit canal creusé à la main, permettant l’alimentation en eau des installations hydrauliques ou servant à l’irrigation des zones cultivables et des prairies.
  2. L’origine du nom Mandy est ignorée. Le lieu-dit où est implanté le moulin s’appelle également Quartier Mandy.
  3. Moulatou : ensemble composé d’une cuve et d’une meule tronconique, destiné à la réalisation d’une phase de la production d’huile de noix et de colza.
  4. Bacha ou bachas : réceptacle rectangulaire en pierre, taillé d’une seule pièce, permettant de recevoir les huiles pour les conserver. Les bachas ont été utilisés plus tard comme abreuvoirs, auges, fontaines, etc.
  5. Levée ou prise d’eau : barrage permettant de dévier une partie du flux vers des canaux latéraux.

Henri Klinz

OUVERTURES AU PUBLIC
Ouverture du moulin : en juillet et août : mardi, jeudi, vendredi, dimanche de 14h30 à 18h30. Le mercredi de 10h30 à 18h30 et sur rendez-vous le reste du temps.
Activités : à compter du 2e mercredi de juillet et jusqu’au 1er mercredi de septembre, tous les mercredis le four est en activité dès 11 h 30 pour la cuisson du pain bio et autres denrées : pizza, pognes, tartes… Ces produits sont mis en vente et peuvent être dégustés sur place, le moulin met à disposition des tables et des chaises. Le pique-nique est possible au bord de l’eau.

Le Moulin de Mandy
870, Chemin du moulin e Mandy – 07000 Pranles
GPS: 44.771200 4.598000
www.moulindemandy.fr
Facebook : @moulindemandy

Catégories : Zoom

0 commentaire

Laisser un commentaire

Avatar placeholder

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.