Le site des Moulins de France
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Depuis notre petite maison en Ariège où nous allons souvent le week-end nos randonnées nous amènent à arpenter vallées et sommets. C’est ainsi qu’à l’automne 1997, nos enfants, partirent à la découverte du moulin de la Laurède, situé en pleine forêt sur la commune de Burret à 13km de Foix. Conséquence de l’exode rural et de la déprise des terres en milieu montagnard, le moulin était abandonné mais paraissait entier avec un toit recouvert de 20 cm de mousse, si fatigué et affaissé qu’il bloquait la porte d’entrée, obligeant les curieux à passer par la fenêtre, ce qui pouvait se faire à l’époque car un embâcle de troncs, de branches et de galets s’était formé sur le ruisseau créant un barrage de deux à trois mètres de haut, jusque sous la dite fenêtre…

Le sentier d’accès était difficile à suivre car tout encombré de troncs de châtaigniers abattus par les tempêtes ou par le poids des chutes de neige humide quand celle-ci arrive tôt en novembre et qu’elle charge exagérément les branches qui n’ont pas encore perdu leurs feuilles. Nous aurions trouvé dommage de laisser complètement partir à l’abandon ce témoin, rescapé des anciennes façons de vivre des villages de ces contrées courageuses, compensant la rudesse du sol et du climat par des connaissances et des pratiques élaborées comme celles de l’agriculture de montagne ou de la meunerie, et par une entraide énergique, indispensable à la survie et à l’espoir d’un réel bien-être. Même le maire de Burret fut tenté par l’idée de réentendre le tic-tac des moulins qui avaient permis à ces rudes paysans des vallées ariégeoises de mieux passer les moments difficiles de la guerre de 1939-45. Merci à tous ces amis et merci aux élus qui nous ont soutenus car sans eux, rien de tout cela n’aurait abouti.

Pour donner une suite concrète à notre projet, nous créâmes en juin 1998 une association de type loi 1901, complétée par une convention de collaboration avec la municipalité de Burret que nous assistâmes pour qu’elle devienne propriétaire du moulin.
Les travaux engagés n’auraient pas non plus été possibles sans les conseils des associations molinologiques, que ce soit l’AMA (Amis des Moulins d’Ariège) ou l’ARAM-MT (Association Régionale des Amis des Moulins du Midi Toulousain).

Dans nos actions, nous pûmes aussi bénéficier d’aides diverses complémentaires toutes aussi appréciées : prix du Crédit Mutuel de l’Ariège, dons de châtaigniers comme bois d’oeuvre pour le moulin, le barrage et les ponts-passerelles, tuiles de récupérations etc…. En sus de chantiers mobilisant des volontaires de l’association dès 1998 pour refaire toute la toiture avec des arbres à abattre sur une parcelle communale, nous avons organisé des camps scouts en 1998 et 1999, ainsi qu’un camp de jeunes en 1999. Nous avons aussi profité de la très active association hautgaronnaise Caminarem, spécialisée dans la réouverture des sentiers. Les travaux ont été découpés en 2 phases : la première consistant en la remise en état de fonctionnement du moulin; son co-financement fut acquis à la fin de l’an 2000 entre l’association, la Commune de Burret, le Conseil Général de l’Ariège, le Conseil Régional Midi Pyrénées et la DRAC Midi-Pyrénées.

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Novembre 1998 : le moulin est dégagé, le toit refait mais l’embâcle existe toujours

Ces travaux furent exécutés entre 2001 et 2003 par Systèmes Bois pour les canalets d’amenée et de descente d’eau et les cadres des meules et de supports du rouet, par l’AAPRE (Association Ariégeoise de Personnes en Recherche d’Emploi) pour la remise en état du gros oeuvre en pierres sèches, la consolidation des bords de rives et la réfection du barrage en bois et en pierres, et par l’entreprise de mécanique générale Daumain pour toutes les composantes des mécanismes de meunerie. Le tout fut complété par des journées – chantiers, par exemple pour dégager la chambre du rouet de monceaux de vase et de gravats, pour installer des mains courantes, refaire le plancher, compléter les ponts – passerelles de la Laurède et de Philip.

Pour descendre les pièces importantes comme les huit canalets, le rouet, l’arbre d’entraînement – chacune pesant près de 120 kilos, ainsi que les pièces des cadres à refaire, notre ami Bruno nous conçut un deux-roues à timon qui nous rendit des services inestimables, et notre amie Viviane nous prêta souvent son “carretou”, ou “chenillard” pour transporter le groupe électrique ou la très lourde boite à outils des mécaniciens… Tout le reste fut transporté à pied et à bout de bras par les bénévoles, ce qui fait un quart d’heure dans chaque sens Les copains de Caminarem se souviennent encore d’avoir cassé la roche dans les virages serrés du sentier d’accès en évoquant en souriant des histoires dignes de Cayenne, et d’avoir joué aux pontonniers pour porter des troncs de châtaigniers de 8 mètres de long, ce qui fut refait dans la neige par les membres de l’association en février 2003.

Les premières moutures de septembre 2003 ne furent pas facilitées par la canicule de l’été 2003 qui réduisit extraordinairement le débit du ruisseau de Baillès, mais tout progressa malgré tout, et l’inauguration du moulin rénové eu lieu le 26 octobre 2003, en présence de près de 200 personnes, élus, amis ou adhérents de l’association, qui apprécièrent les galettes et le pain faits avec de la farine du moulin rénové.

Pour faire connaître le moulin et participer à l’animation de la vallée, nous organisons à l’occasion de la fête des moulins du mois de juin, une “Randonnée au Moulin en Musique et en Chansons” qui rassembla plus de 50 personnes en 2002 et plus de 150 personnes en 2003, avec récital de chansons de notre ami, chanteur – marcheur Jo Vidal les deux années, et concert de musique par les Mandolines du Couserans en 2003.

Pour parachever notre oeuvre, il nous faut encore valoriser le site par la seconde phase de travaux : “le sentier thématique des Trois Moulins” et ses infrastructures associées. Les trois conseils municipaux concernés par ces travaux, Burret, Le Bosc et  rassac, ont délibéré dans ce sens l’été dernier et le dossier de subvention a été déposé au début de septembre 2003. Après acceptation du dossier, les travaux sont prévus pour durer 18 mois.

Le moulin se visite d’ores et déjà, mais sur rendez-vous, et il vaut mieux y aller pendant la belle saison. Rappelons que cela nécessite au moins un quart d’heure de marche à pied pour y descendre, et un peu plus pour en remonter, le tout se faisant en forêt. Des chaussures de marche sont recommandées.

Jean Paul DENIER – Article paru dans le Monde des Moulins – N°8 – avril 2004

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Catégories : Zoom

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