Le site des Moulins de France
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Les deux Irlandes (Irlande du Nord et République d’Irlande) possèdent de nombreux moulins, mais le site qui, pour moi, est le plus représentatif de l’industrie des 16e, 17e et
18e siècles occupe le point le plus haut de la commune de Skerries, petite cité balnéaire bien agréable de la République d’Irlande, implantée 30 km au nord de Dublin. Depuis la capitale, on y accède par des routes bucoliques, ou par l’autoroute M1 si l’on est pressé.
L’endroit a en effet la particularité de présenter deux moulins à vent différents, un moulin à eau et une boulangerie équipée de ses fours.

Irlande – Itinéraire Dublin-Skerries – Patrick DELUDIN

Le centre du quadrilatère dans lequel s’inscrit l’ensemble est occupé par un champ qui, tous les ans, fait l’objet de moissons à l’ancienne, une occasion pour mettre en route les moulins qui sont tous fonctionnels .

Skerries – Plan de situation des moulins – Patrick DELUDIN

 

Un peu d’histoire

Les moulins sont situés dans ce qui était autrefois le village médiéval de Holmpatrick. Holm est un mot d’origine anglo-saxonne signifiant havre ou île. Dans la baie, une île porte les traces de ce qui aurait été un monastère établi par saint Patrick au 8e siècle. Pillé en 1220 par les Vikings, il fut reconstruit sur le «continent».

Skerries – L’ensemble du site – Photo Patrick DELUDIN

Skerries – Le moulin à eau et sa roue – Photo Patrick DELUDIN

La première mention de moulins à Skerries remonte à l’occupation anglaise (c’est une longue et douloureuse histoire…), particulièrement lorsqu’Henry VIII ordonna en 1538 la dissolution des monastères : un moulin à eau figure dans les possessions du prieuré de Holmpatrick. En 1578, les biens du monastère sont vendus à un particulier. Ils comprennent un moulin à vent et un moulin à eau. Un deuxième moulin à vent semble être signalé dans certains textes.

Le moulin à eau

Implanté sur la rivière Brook et alimenté grâce à un réservoir et un bief en bois en amont, il figure sur les cartes et dans des documents du milieu du 17e siècle.
Il comprend quatre étages : la machinerie, l’étage des meules, puis ceux de l’entreposage et du séchage des grains. Des monte-charges, entraînés indirectement par la roue grâce à des courroies à friction, permettent de monter les sacs de grains livrés, après enregistrement, pesée, et vérification de la qualité et du degré d’humidité.

Skerries – Entraînement des meules – Photo Patrick DELUDIN

Skerries – Niveau des meules – Photo Patrick DELUDIN

La farine sortant des meules est transportée par des godets fixés sur des courroies.
La grande particularité de ce moulin réside dans la présence d’une «chaufferie», vaste espace pourvu de cheminées qui permet, par la chaleur traversant le plancher supérieur, de sécher le grain étendu dans le local situé au-dessus.
Le mécanisme est classique : l’eau arrivant par le bief amont met en mouvement la roue à augets, mais non accessible car en entretien lors de ma visite. Il s’agit d’une roue par-dessus qui entraîne trois paires de meules.

Skerries – La boulangerie – Patrick DELUDIN

Skerries – L’un des deux fours conservés – Patrick DELUDIN

L’ensemble a été modernisé en 1814. Deux des paires de meules, destinées à moudre l’avoine et le blé, sont dites «meules françaises», car elles proviennent de la Ferté-sous-Jouarre.
Lors des guerres napoléoniennes, une boulangerie a été rajoutée en 1849. C’est aujourd’hui le centre d’accueil.

On y trouve encore deux des quatre fours à coke de construction écossaise, et l’une des charrettes de livraisons, retrouvée à l’intérieur d’une grange dans un remarquable état de conservation. (Ah oui, les photos ont été prises fin octobre 2019, et c’était le début d’Halloween…)

Skerries – Une charette de livraison retrouvée en très bon état et décorée pour Halloween – Patrick DELUDIN

L’ensemble rendit d’immenses services lors de la Grande Famine, triste épisode provoqué par la pourriture des pommes de terre et aggravé principalement par les Anglais (1845/1849) qui exportaient vers l’Angleterre les pommes de terre encore comestibles.
Il fonctionna jusqu’en 1986, date à laquelle un incendie ravagea une grande partie des bâtiments, mettant fin à leur exploitation, pourtant appréciée des habitants et… des touristes !

Le Petit Moulin

Pour pallier les sécheresses de la rivière Brook qui rendaient évidemment le moulin à eau inopérant, il lui a été adjoint des moulins à vent à proximité.
Sur le côté ouest de la propriété se dresse le Petit Moulin, moulin-tour à calotte tournante, campé sur son tertre, qui n’est autre qu’un fort préhistorique. C’est un moulin à voiles au toit de chaume.

Skerries – Le petit moulin – Patrick DELUDIN

Pour mieux résister aux éventuels coups de vent (la mer est à 400 mètres à peine), l’extrémité des ailes est reliée par des câbles à une sorte de prolongation métallique de l’arbre.

Le moulin mesure 12,20 m de hauteur et les ailes ont une envergure de 16 m.

Sous la calotte, outre le rouet et la lanterne, on trouve une trémie de grande capacité, ainsi que les poulies pouvant être embrayées sur l’arbre pour monter les sacs de grains sans effort, selon un principe universel. La calotte peut être tournée de l’intérieur, c’est pourquoi il n’y a pas de guivre.

Skerries – Rouet, lanterne et trémie du petit moulin – Patrick DELUDIN

De cette trémie part un conduit en bois qui alimente l’auget et la paire de meules situés au niveau inférieur, en traversant le plancher. L’arbre vertical portant la lanterne, en bois, ne se transforme en gros-fer qu’à son extrémité.

La restauration de l’ensemble n’était pas tout à fait terminée lors de mon passage ; il manquait notamment l’auget et le babillard, qui sera actionné par la pièce de bois de section octogonale fichée sur le gros-fer. Ce doit être chose faite depuis l’hiver dernier.
Comme on le voit, le principe de fonctionnement n’est pas tout à fait le même que ce que nous avons l’habitude de connaître en France.

Skerries – Trémie, babillard et archure au niveau inférieur du petit moulin – Patrick DELUDIN

La pièce du bas contient le mécanisme permettant de régler l’écartement des meules, et reçoit la farine à l’aide du classique conduit en bois qui permet l’ensachage. Il n’y a pas de bluterie, et il ne semble pas qu’il y en ait eu (même en parlant anglais, il est difficile de comprendre les mots techniques).
Et, pour rester là encore dans le classique, le meunier occupait son temps libre en gravant des bateaux sur les pierres des portes : il lui suffisait de regarder le trafic maritime dans la baie qui s’étalait devant ses yeux pour prendre modèle. Mais ici, la pierre est dure, et la gravure est faite de façon rupestre, par piquetage…

Le Grand Moulin

Son tertre domine la commune et la baie de Skerries.
Il s’agit également d’un moulin-tour à calotte tournante et au toit couvert de zinc, qui m’a fait penser aux moulins hollandais de par sa physionomie générale, sauf qu’il possède cinq ailes.
Au moment de sa construction à la fin du 18e siècle, il n’en possédait que quatre, mais lors de sa reconstruction, suite à un incendie en 1844, il fut équipé ainsi, selon le procédé de William Cubbit alors très répandu : les ailes sont équipées de volets perpendiculaires aux verges, qui sont manœuvrables de l’intérieur du moulin, à la façon de «nos» ailes Berton. La calotte doit être tournée depuis le sol, grâce à un guivre terminé par une roue de charrette (la vue sur la baie et ses îles est impressionnante).

Skerries – Le grand moulin, avec ses 5 ailes – Patrick DELUDIN

Haut de 15 mètres pour une envergure d’ailes de 20 m, ce moulin possède deux paires de meules et plusieurs bluteries, notamment l’une, située en étage, pour raffiner le grain avant de le broyer. Différents élévateurs, entraînés par embrayage sur l’arbre, aident à la manutention des sacs. Dommage que l’intérieur ne puisse pas être visité : je ne saurai donc expliquer le principe de fonctionnement d’ouverture et de fermeture des volets, dont on aperçoit les barres de commande sur les ailes.

Skerries – La baie – Patrick DELUDIN

En 1989, les moulins de Skerries ont été rachetés à la famille Jenkinson par le Conseil Général (council) du comté (county) de Dublin. Restaurés grâce au F.A.S (Centre de Formation pour Adultes) et au Conseil Général du comté de Fingal, ils ont été ouverts au public le 4e de juin 1999, comme disent les Irlandais. Ils bénéficient aujourd’hui d’une nouvelle restauration.

Skerries – Détail des ailes – Patrick DELUDIN

Il faut dire que j’ai eu un superbe accueil de personnes passionnées de moulins (en retour, elles savent tout à présent des moulins de Jonzac). Lors d’une visite, on vous donnera une brochure rédigée en français, et le guide fera des efforts non négligeables pour parler lentement… en anglais. De plus, vous y trouverez une boutique de souvenirs sympathiques et un très bon restaurant à l’étage de la boulangerie, où vous pourrez manger un excellent saumon.

L’épidémie de COVID ne m’a pas permis de revenir en Irlande. J’espère pouvoir y retourner et visiter le moulin à eau de Newmills récemment remis en état, près de Letterkenny, L.Kenny pour les intimes, charmante commune où j’ai mes habitudes (comté de Donegal, tout au nord de l’Éire (mot irlandais pour «Irlande»), une île de l’Atlantique Nord et la «République d’Irlande», état souverain, à ne pas confondre avec l’Irlande du Nord, pays constitutif du Royaume-Uni, située dans le nord-est de l’île.

Sources :
Les moulins de Skerries : https://www.skerriesmills.ie/
La Grande Famine : https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Famine_en_Irlande

Patrick DELUDIN

Catégories : Etranger

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