Le site des Moulins de France
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Le paysage de Marie-Galante est rythmé par des tours tronconiques qui se dressent au sommet des mornes, profitent de la moindre protubérance de terre pour se rapprocher du ciel, des vents alizés à l’œuvre sur cette île de l’archipel guadeloupéen. Ruines de moulins à vent abandonnés au gré de l’histoire, en 1978, elles n’étaient que soixante-treize d’après le recensement par l’Agence des Bâtiments de France et le Parc naturel de la Guadeloupe [p.166]1. Depuis, un moulin a vu son bâti rénové et un autre, le Moulin de Bézard, a même été remis en état de marche par la municipalité de Capesterre de Marie-Galante.
Ces moulins ont-ils jamais été cent au temps de leur activité ? S’il n’y en eut jamais autant à la fois, il est arrivé que leur nombre égale celui des Habitations2 qui se partageaient l’espace de Marie-Galante. Dès 1650 s’y développe la culture de la canne à sucre.

Moulin de Bézart. Cliché Pierre Gosnave

Le moulin, à vent ou à traction animale, est l’élément indispensable de la sucrerie pour l’extraction par broyage du jus de canne. Une carte de Marie-Galante, datée de 1775, atteste de l’existence d’un moulin à vent à Desmarais, alors qu’il existe déjà une dizaine d’habitations sucrières qui sont équipées sans aucun doute de moulins à manège. Ceux-ci ne laisseront pas de trace dans le paysage3, ni dans l’iconographie du XIXe où le moulin à vent domine de toute sa puissance l’exploitation sucrière. En 1830, on compte une cinquantaine de moulins à vent, en 1843 est construit le dernier avant que l’apparition des moulins à vapeur ne sonne leur déclin, lié à celui des petites habitations qui seront phagocytées par les usines à vapeur. L’abolition de l’esclavage, en 1848, marque l’apogée des moulins à vent : autour de 70. En 1883, il en subsiste une quarantaine, au début du XXe siècle seulement une dizaine qui broient les cannes pour des distilleries, les usines ayant confisqué la production de sucre.

Carte des moulins extrait de l’inventaire des moulins de Marie-Galante par l’Agence des Bâtiments de France et le Parc Naturel de la Guadeloupe (1980) [p.162]

« Meunier tu dors, ton moulin va trop vite… »
Cette petite chanson n’a jamais eu cours à Marie-Galante, car il n’y eut point de meunier, ce serf redevable au seigneur mais néanmoins propriétaire de « sa » machine. Celui qui faisait tourner le moulin aux colonies était un esclave, lui-même propriété d’un maître, dépossédé qu’il était de sa propre personne, à peine prénommé, inscrit sous un numéro à l’inventaire du cheptel du maître. « Nouveaux libres »,  les affranchis de 1848, libérés sans aucune compensation, ne purent accéder à la propriété des petites distilleries restantes, donc ils ne purent acquérir de moulin en état de marche, à part ceux de Grand-Pierre et de Nesmond, au cours du XXe siècle. Tout au plus fermiers-planteurs fournissaient-ils un pourcentage de leur récolte à leur ancien maître devenu leur patron.

Une sucrerie à la Guadeloupe, ancien système [p.46]

Un chant retentit à l’ombre de ces tours sinistres : le blues, entonné par les laboureurs descendants d’esclaves africains qui se sont emparés des mélopées transmises par les pauvres provinciaux engagés aux colonies, chargés de l’apprentissage du maniement de la charrue tractée par des bovins. Ces chan a chari, « chants pour la charrue », ont retenu l’attention de l’association ASVP, Association pour la Sauvegarde et la Valorisation du Patrimoine de Marie-Galante, qui en 2002, depuis l’inauguration d’une « Route des moulins », a convié les habitants de Marie-Galante et ses visiteurs à venir entendre les « chants pour la charrue », devenus emblématiques du Festival de Marie-Galante, terre de blues.
Les tours des moulins marie-galantais sont plus que des symboles : elles dessinent dans le paysage toute l’histoire de ce pays.

  1. Les références bibliographiques renvoient à l’ouvrage :
    « Au vent du moulin Bézard, Capesterre de Marie-Galante », (ss. la dir. de) REY-HULMAN Diana, Omcs, L’Harmattan, 1996
  2. Habitation : le terrain approprié par les colons, au début de la colonisation, pour y installer leur résidence et leur exploitation agro-industrielle, devenue totalement esclavagiste pour la culture de la canne à sucre
  3. À Marie-Galante, des fouilles ont mis à jour l’espace d’un moulin à manège auprès du moulin à vent de l’Habitation Murat

Diana Hulman
diana.reyhulman@laposte.net – Tél : 06 79 00 66 10

Article paru dans le Monde des Moulins – N°67 – janvier 2019

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