Le site des Moulins de France
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La Société Archéologique et Historique du Gers (SAHG) a lancé une vaste opération de recensement de moulins sur tout son territoire ; les sections locales de la Société se sont donc organisées pour prendre en charge un ou plusieurs cantons ; celle de Lectoure vient de nous présenter ses recherches le 2 octobre dernier : en voici un résumé.

Pour le Lectourois, ce sont donc une vingtaine de sociétaires qui ont décortiqué les cartes de Cassini, de Bellen, le cadastre ou l’inventaire napoléonien et les archives communales ou départementales de 26 communes et, bien entendu, ils ont mené des enquêtes sur le terrain pour les moulins ou leurs ruines encore visibles (50 % environ).

Photo 1 – La Mouline de Bazin. Photo © Michel Salanié SAHG

Henri Polge, historien local, avait établi une carte des moulins du Gers en 1800 : pour ce canton de la Lomagne, il dénombrait
151 moulins, dont 60 moulins à eau et
91 moulins à vent ; la ville de Lectoure, seule, en dénombrait 25 à vent et 17 à eau. Il faut ici noter le nombre important de moulins,
car les terres sont fertiles et l’on y cultivait
des céréales.

Les moulins à eau

Le département est traversé par de nombreuses rivières orientées sud-nord, qui prennent leur source au pied des Pyrénées et s’écoulent lentement vers la Garonne. Pour la Lomagne, ce sont : le Gers, l’Arratz, l’Auroue, le Grand Auvignon et de petits ruisseaux perpendiculaires.
La pente naturelle des terrains est assez faible, de l’ordre de 1 m pour 1 à 2 km, d’où l’implantation des moulins à eau tous les 2 ou 3 km, avec des hauteurs de chute entre 1,5 et 3 m.
Ces moulins avaient des roues horizontales et seul le Moulin de St-Gény, à Lectoure, comportait une roue à aubes.

Illustration 2 – Plan Dimaire – Moulin de Lamothe. Photo © Michel Salanié SAHG

Schéma 3 – Schéma de l’hydrologie de la Mouline de Bazin. Dessin M. Salanié © Michel Salanié SAHG

Sur le Gers, on trouve, également à Lectoure, le Moulin Neuf qui était un moulin à tan (tannerie royale) : en 1824, on y traitait les peaux ; le Moulin de St-Gény quant à lui, avec l’apparition des minoteries en 1900, s’est reconverti en scierie de marbre et ensuite en fabrique de pains de glace. Sont aussi sur le Gers : le Moulin de Répassac qui est la station de pompage du Syndicat des Eaux, le Moulin de Lamothe (Illustration 2 / Plan Dimaire), celui de la Hilaire, et celui de Goyne.

Sur les petites rivières telles que l’Arratz, on trouve 4 moulins, sur l’Auroue : 13 moulins, et 4 sur l’Auvignon.

Il faut signaler de nombreux procès et chamailleries entre meuniers : par exemple sur l’Arratz, où, sur 5 km, on rencontre les Moulins de Manssonville et de St-Antoine, avec un projet d’implantation de deux autres moulins entre ces deux moulins existants, puis surélévation de déversoirs… d’où 18 plaintes, appel au préfet et procès par la suite. Finalement le projet n’a pas abouti.
Sur les ruisseaux, on rencontre des moulins avec retenues d’eau ou étangs, qui sont implantés près des sources et fonctionnent en discontinu suivant les saisons ;
on peut citer, ici, le Moulin de Bazin (Photo 1 et Schéma 3), couplé à un moulin à vent (Photo 5), la Mouline de St-Mézard, le Moulin de St-Michel, le Moulin de Lesquère… Ici, la difficulté vient du peu d’eau : les moulins doivent donc fonctionner en harmonie, on trouve, par exemple, cinq moulins sur 800 m entre La Romieu et Marsolan (d’après la carte de Cassini).

Photo 5 – En arrière plan, le Moulin à vent de Bazin en cours de restauration. Photo © Michel Salanié SAHG

Les moulins à vent

Aux rivières en fond de vallée correspondent des collines et des plateaux qui sont balayés par les vents dits de Bayonne, de Bordeaux ou de St-Gaudens ; les moulins à vent y sont donc implantés, souvent couplés avec un moulin à eau pour un même propriétaire.
Ces moulins gascons sont identiques à ceux de l’Agenais ou du Quercy, avec une tour cylindrique, d’une hauteur de l’ordre de 7 m, des murs en pierre de 1 m d’épaisseur à la base, épaisseur qui diminue pour appuis des planchers, avec deux portes en général situées au nord et au sud .

Photo 4 – Hérisson du Moulin à vent de Laucate (Don au “Musée La Planète des Moulins” de Luzech – Lot). Photo Jacques Barbé
© Michel Salanié SAHG

Au rez-de-chaussée, c’est le logement du meunier ou l’abri de l’âne, où l’on réceptionne le grain ; au premier étage, on stocke la farine, on règle l’écartement des meules ; au deuxième étage, c’est l’emplacement des meules.
Les meules ont un diamètre moyen de 1,35 m, elles tournent à 60 tours/mn et pèsent 1,2 t  environ. Aux XVe et XVIe siècles, elles sont monolithes, en calcaire blanc de carrières locales du Castera lectourois, de St-Mézard ou Larroque Engalin, en quartiers de silex de la région, issus des carrières de Lagarde- Firmacon. Par la suite, les meules en silex viennent de Dordogne par la Garonne navigable, ou de la région de St-Gaudens.
Le meunier était un fin connaisseur des vents, sinon on raconte aussi qu’il faisait toute confiance à son âne : celui-là se mettait sous le vent près du moulin, il indiquait ainsi à son maître comment positionner les ailes.
À Lectoure, il faut signaler 12 moulins à vent dans un rayon de 1 km, notamment les moulins du plateau de Lamarque, le Moulin de Laucate (Photo 4), celui de Miqueou, le Moulin à vent de Bazin (couplé à la Mouline de Bazin), en cours de restauration (Photo 5), le Moulin de Berce (1750), transformé en pigeonnier, puis restauré en 2004 avec la participation de la Fondation du Patrimoine.

Le meunier avait mauvaise réputation :
en témoignent quelques expressions populaires

  • La pugnada, poignée de farine que dissimule le meunier
  • Il vole la farine et prend sa poigne avec le tablier de la meunière
  • Il vole la farine sur la poule et le coq
  • Il vole le son et la farine pour engraisser la Marie
  • 7 tailleurs, 7 tisserands, 7 meuniers = 21 larrons
  • Chacun fait couler l’eau à son moulin
  • Mettre de l’eau à son moulin
  • Idiot comme un moulin à vent
  • Il gesticule comme un moulin à vent
  • Têtu comme un âne du moulin …

Comme il se doit en cette région de Lomagne, la présentation des moulins du Canton de Lectoure s’est terminée en occitan et en chansons.

Alain Laffitte, Association Régionale des Amis
du Midi Toulousain (ARAM-MT)

Les sources de la présentation viennent pour la plupart du travail de recherche important de Michel Salanié sur les moulins, que l’on peut retrouver dans les ouvrages suivants : Le meunier / La roue horizontale / L’association moulin à vent – moulin à eau / L’alimentation de l’étang en eau sur les ruisseaux, sur le site : http://www.carnetdalineas.com/

Publié dans le Monde des Moulins n° 75 de janvier 2021


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