Le site des Moulins de France
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Le pays de Tarascon, comme l’ensemble de l’Ariège, est le pays de l’eau vive par excellence. Ruisseaux, torrents, rivières arrosent tous les villages. Tous ces cours d’eau sont capricieux, ils sont souvent sujets à de terribles et meurtrières inondations, mais aussi à des eaux basses en période estivale.
L’influence atlantique, mais aussi méditerranéenne, apporte de fortes chutes de neige sur les hauteurs, suivies par des redoux importants causés par les vents chauds « vent d’autan » et des effets de foehn. Ce qui n’a pas empêché l’installation d’un moulin bladier (moulin à farine) dans chaque communauté.

Les usines plâtrières du Tarasconnais, entre 1811 et 1988 (« Les moulins à broyer la pierre de plâtre »)

Le bassin de Tarascon

Les principaux cours d’eau, en convergeant, sont à l’origine du bassin de Tarascon.
L’érosion millénaire a mis à jour les gisements de gypse de Bédeilhac et d’Arignac dans la vallée du Saurat, et le gisement d’Arnave dans la vallée creusée par le ruisseau d’Arnave.
C’est ainsi que dans le Pays Tarasconnais cohabitent de l’eau à profusion, du bois en quantité et une roche : le gypse. L’association de ces trois éléments est nécessaire à la production du plâtre.
Le gypse CaSO4-2H2O est un sulfate de calcium hydraté. C’est une roche sédimentaire, saline, de la famille des évaporites. Son exploitation est faite dans des carrières à ciel ouvert ou dans des galeries souterraines.

Photo prise en 2018 d’un des 3 fours de l’usine de Bompas. La dernière cuisson de gypse de 1955 est restée en place. Cliché Claude Builles

Le gypse doit être déshydraté par l’action de la chaleur, dans des fours dont la conception varie suivant les régions. En général, une température de 150 degrés durant 24 heures permet l’évaporation de l’eau contenue dans la roche. Cette cuisson la rend friable.
Dans certaines régions, la phase suivante est le concassage mécanique qui transforme
la roche en une poudre plus ou moins fine, plus ou moins blanche, qu’on appelle « le plâtre ».

Dans le Pays Tarasconnais, l’utilisation des moulins hydrauliques, entraînant des meules, permet d’écraser la roche hydratée et de produire la fameuse poudre blanche : le plâtre. Ces moulins sont identiques aux moulins à farine.

Système d’entraînement des meules du Moulin de Bompas. Cliché Claude Builles

Vue intérieure du Moulin de Bompas. Cliché Claude Builles

Un peu d’histoire

Avant 1789, la noblesse locale n’est pas intéressée par l’exploitation et la fabrication du plâtre. Elle est propriétaire de mines de fer et d’immenses forêts. Elle détient le monopole de l’industrie métallurgique qui se développe dans les moulines, les forges, ainsi que dans les martinets qui utilisent l’énergie hydraulique.
Il faut attendre le 4 août 1789 et la suppression des droits seigneuriaux et de leurs privilèges pour voir l’émergence d’une nouvelle classe constituée par les grands propriétaires terriens et les bourgeois. Ces derniers vont profiter de la nouvelle réglementation mise en place par l’Empire en créant des unités de production nouvelles telles que « les moulins à broyer la pierre à plâtre ».

Dès 1811 à Arnave, Mme de La Beaume demande la transformation de son moulin à farine à deux meules (c’est-à-dire à “2 paires de meules”) en un moulin comprenant une paire de meules pour la fabrication de la farine et une seule paire de meules pour la fabrication du plâtre.
Elle signale au Préfet « qu’elle est propriétaire d’une carrière de pierre à plâtre ainsi que de forêts pour alimenter le four à cuire la pierre à plâtre » (ADA 7 S – 147)
À partir de cette date, les demandes de création de « moulins à broyer la pierre à plâtre » se multiplient : à Mercus et Bompas en 1816-1817, à Bédeilhac en 1826, et à Arignac en 1832.

Carte postale : Ouvriers dans les carrières d’Arignac vers 1900. Collection de C. Builles

Entre 1811 et 1888, 30 moulins à broyer la pierre à plâtre sont établis sur les cours d’eau du Pays Tarasconnais. Sur la rivière le Saurat, nous comptons 16 moulins, sur 4 km, au plus près des carrières. À la sortie du canal de fuite d’un moulin débute la prise d’eau et le canal d’amenée du moulin suivant.

Prise d’eau avec vanne du canal d’amenée sur l’Arnave pour alimenter le moulin à plâtre de BOMPAS. Cliché Claude Builles

Ce type d’installation suscite de nombreuses oppositions de la part des propriétaires riverains possédant des terres, souvent des prairies à l’arrosage. Les oppositions proviennent aussi des propriétaires de moulins situés en aval qui argumentent toujours les mêmes raisons, à savoir :
« – la possibilité de dégâts des eaux
– le manque d’eau en période d’étiage
– la dégradation des chemins… »

Mais la raison non dite est toujours celle de l’arrivée d’un concurrent et d’un manque à gagner.

En général, les projets de construction
« d’usine à plâtre » ont le soutien des élus qui y voient :
«- un grand avantage pour la commune
– l’occupation d’un grand nombre d’ouvriers
– le paiement d’une patente… »

En 1877, l’arrivée du chemin de fer à Tarascon est à l’origine de la création de la Sté Générale des Plâtrières de Tarascon (SGPT) par des marchands de matériaux de la région toulousaine, désirant se procurer du plâtre sans interruption d’approvisionnement en raison des aléas climatiques.
Ils construisent cette unité de production tout contre la rivière la Courbière, lui assurant la force motrice nécessaire à son activité, et au plus près de la gare, lui permettant l’expédition journalière de sa production vers Toulouse et sa région.
La SGPT rachète plusieurs moulins à plâtre pour augmenter sa production et répondre ainsi à la demande.

Moulin Jauze à Bédeillac. Collection de C. Builles

Dès le début du 20e siècle, la SGPT prend le dessus sur les petites unités équipées en général de trois fours et d’un moulin à une meule. Au fil des ans, les usines à plâtre vont fermer les unes après les autres.

En 1945, il ne reste plus que trois moulins à plâtre : l’usine Jauze à Bédeilhac, l’usine Fauré à Arignac et l’usine Blazy à Bompas, qui, faute de modernisation et face à la concurrence, fermeront à la fin des années 1950.
Seule la Société des Plâtrières de Surba, rachetée par la Sté Générale des Plâtrières de Tarascon en 1959, continue de fonctionner.

En 1960, aucun moulin à plâtre ne fonctionne plus dans le Tarasconnais. La SGPT est désormais l’unique usine plâtrière et joue un rôle de monopole dans la région toulousaine. Désormais, elle va être la cible et la proie des sociétés les plus importantes du sud de la France telles que « Gypse et Plâtre de France », « les Plâtres Lafarge… »

Préparation du transport de sacs de plâtre de l’usine au magasin du village par les
quatre chevaux et la charrette (tableau à l’huile peint par un artiste anonyme). Collection de C. Builles

En 1988, la dernière usine de Tarascon, propriété des Plâtres Lafarge, est définitivement fermée, sous prétexte du peu de réserve disponible en gypse.

Aujourd’hui, quelques microcentrales sont installées sur les sites de moulins à plâtre : à Bédeilhac, ancienne usine Jauze, à Arignac, ancien moulin et usine SGPT sur le Saurat, à Tarascon, sur la Courbière, à l’ancienne usine à plâtre.

Au plus fort de sa production

La grande usine et les petits moulins produisaient annuellement :

  • 150 000 tonnes de plâtre en sacs
  • 10 000 tonnes de gypse pour les cimenteries.
  • 12 500 sacs de plâtre de 40 kg sont fabriqués et expédiés chaque jour.

À cela s’ajoute l’exploitation de l’anhydrite par l’Office National de l’Industrie de l’Azote (ONIA) :

  • 150 000 tonnes en 1950
  • 122 000 tonnes en 1955
  • et 0 tonne en 1960, date de l’arrêt et de la fermeture de l’exploitation.

Entre l’extraction du gypse et de l’anhydrite et la production du plâtre, l’industrie plâtrière employait environ 300 ouvriers sur le Pays Tarasconnais.
Aujourd’hui, la plupart des moulins à plâtre ont été détruits.
Il ne reste plus que les vestiges de deux moulins : un à Bompas et un à Arignac, une usine à plâtre à Tarascon (ex Plâtres Lafarge) et une usine à Surba, qui, dès sa conception en 1934, fonctionnait à l’énergie électrique pour alimenter les concasseurs.

En guise de bilan

30 usines dans 10 communes

Une industrie basée :

  • sur une ressource minérale : le gypse
  • sur une main d’œuvre abondante.

L’industrie plâtrière s’est développée durant un siècle et demi ! Que reste-t-il de ce passé de labeur ? Peu de traces visibles. Quatre bâtiments en mauvais état, quelques meules décorant des jardins !

Nous avons constitué un dossier pour une action de préservation et de protection des vestiges de l’usine de Surba, appartenant à la municipalité de Surba. Notre initiative a été retenue dans le cadre du Loto du Patrimoine, présidé par Monsieur Stéphane Bern.

Cf p 34 de ce MdM 72 : “Le Plâtre de la Montagne “
Cf aussi le MdM n°11 (Janvier 2005 – p 15 à 17) : « Les moulins à vent à broyer le plâtre » par F. Charras, et le MdM n°40 (avril 2012 – p 16 à 18) : « Les moulins à plâtre et à ciment dans la Nièvre » par P. Landry

Texte de Claude Builles, élaboré suite aux recherches effectuées aux Archives Départementales de l’Ariège, auprès des familles descendantes des propriétaires et des derniers témoins de cette activité. Merci pour leur collaboration.

Paru dans le Monde des Moulins n°72 d’avril 2020

Catégories : Histoire

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