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« Non seulement l’Art est utile, mais il est, sans doute aucun, la seule chose qui soit réellement utile à nous tous après le pain ».
Elie Reclus

Élie Reclus, de son vrai nom Jean- Pierre Michel Reclus, est né à Sainte- Foy-la-Grande (Gironde) le 16 juin 1827 et il est mort à Bruxelles le 11 février 1904. Il fut journaliste, ethnologue et militant anarchiste de la fi n du XIXème siècle. Élie Reclus est le frère, entre autres, des géographes Élisée Reclus et Onésime Reclus.

Meunerie et Boulangerie
Derrière le cercueil du meunier, on jette une poignée de farine, ce qui est, sans doute, un moyen de cacher au mort la vue du moulin, et, sous prétexte de compliment, lui barrer le retour.
Telle est l’unique superstition que nous ayons trouvée à noter ayant rapport à la meunerie. Encore n’est-elle pas attribuable au meunier, mais seulement à ses héritiers ou voisins. Chose curieuse ! Tandis que les superstitions abondent chez les cultivateurs et parmi ceux qui manient le pain et le blé, les meuniers semblent dépourvus de toute espèce de préjugés. Nous ne sommes pas les seuls qui l’ayons remarqué. L’industrie moderne semble être sortie du moulin, dont le nom anglais est un terme générique désignant les diverses usines et manufactures. Evidemment, les minotiers ont été les premiers mécaniciens, les premiers ingénieurs, ce qui, de bonne heure, leur a donné l’esprit net et clair. Pendant le long et triste Moyen Âge, le meunier se tenait coi. Qu’il habitât la colline visitée par les vents, ou bien la « grand’fond » dans laquelle chute le ruisseau, il vivait seul, dans un petit royaume à lui, avec sa meunière pour reine, et, pour premier ministre, son grison, animal judicieux et sobre. Ignorant des magiciens, nécromanciens, alchimistes, théosophes et pourchasseurs de la pierre philosophale, et même des sorcières et devineresses, il s’inquiétait peu de ce monde ambiant d’ignorance outrecuidante et d’abracadabrante folie dans lequel on dissertait « à darie et baralipton » sur tout ce que l’on savait, et principalement sur ce qu’il était impossible de savoir. Quant à lui, il affectait de dire qu’ « il ne voyait pas dans sa meule plus avant qu’un autre ».

Tous les proverbes relatifs aux fariniers nous les représentent comme des gens pratiques et sensés, gais compagnons, robustes de corps, sains d’esprit, n’engendrant pas mélancolie, sachant bien que si on en venait aux extrémités, ils seraient les derniers à mourir de faim. On devrait faire la collection complète des dictons qui concernent la meunerie. En voici quelques-uns parmi lesquels plusieurs ne sont point à l’avantage de
la corporation, car on n’a pas manqué de lui reprocher les défauts de ses qualités, on lui en aurait inventé plutôt :
• « Comme il est mis sous sa meule, ainsi est-il moulu »
• « Tout ce qui se passe sous la meule passera pour farine »
• « Au moulin, premier venu, premier moulu »
• « Au moulin, les grands mots n’emplissent ni grands ni petits boisseaux »
• « Donne, redonne, donne, redonne, roue de meule ne dit autre chose »
• « Si les sacs pouvaient parler »
• « De gouge à veuf, ni de poule à meunier, ne te mets en peine »
• « Meunier et boulanger ne volent point puisqu’on leur apporte »
• « Meuniers, tailleurs et tisserands ne sont point pendus, le métier serait perdu »
• « Rien de plus hardi que la chemise d’un meunier… Il n’est matin qu’elle ne prenne un voleur au collet »

Extrait de : « Le Pain » 1909 pages 17 et 18, édité par la Société Nouvelle – Mons – (107 pages)

Elie Reclus – Article paru dans le Monde des Moulins – N°37 – juillet 2011

Catégories : Histoire

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