Le site des Moulins de France
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France 3 Bourgogne eut un jour l’heureuse idée de consacrer son émission du samedi après-midi aux anciens moulins du Morvan. Avec Noëlle Renault, alors présidente de l’Association des Moulins du Morvan, il fut convenu que le lieu central où se réuniraient la présentatrice, Noëlle Renault et d’anciens meuniers, serait la salle principale du moulin Pompon de Trinquelin, d’ailleurs servant de café à tout le village. La truculence légendaire de M. Pompon, une véritable célébrité locale, avait beaucoup aidé à ce choix : un homme aussi porté sur la blague qu’intarissable sur l’histoire locale des moulins, et d’abord sur celle de ses ancêtres. D’ailleurs, grâce à la présence de notre ami Pompon, ce ne fut pas l’émission historique au ton le plus grave, au contraire. La salle principale en question était à côté de la pièce abritant la vieille roue. Car si M. Pompon ne faisait plus de farine depuis fort longtemps, il utilisait encore la force hydraulique pour animer une petite scierie, et parfois la saison venue pour écraser quelques fruits dont il tirait un cidre estimable. Trinquelin est un hameau de la commune de St-Léger-Vauban dans l’Yonne, commune autrefois dite St-Léger-de-Fourcherenne, mais qui a pris ce nouveau nom pour honorer le maréchal de Vauban dont elle est le lieu de naissance. Elle a une autre célébrité, celle d’abriter l’abbaye de La Pierre Qui Vire (nous en reparlerons plus loin), toujours en activité pour ceux qui aimeraient faire une retraite, et grâce notamment à une turbine mue par le Cousin, elle produisit longtemps les plus remarquables ouvrages sur l’art roman sous le nom des Editions du Zodiaque.

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Moulin de Trinquelin. Photo Philippe Landry

Le site de Trinquelin est très anciennement meunier, remontant à l’époque médiévale quand le duc de Bourgogne y était seigneur et propriétaire. En 1605, le moulin de Trinquelin ayant été détruit au cours des guerres de religion, l’abbaye de Régny vend à Lazare Forestier un espace à Trinquelin pour y faire construire un moulin à drap (ou foulon), toutefois converti en moulin à blé dès 1611. Celui que nous connaissons est sur la carte de Cassini dressée ici dans les années 1750. En 1809 les moulins de St-Léger comptent ensemble 2 roues verticales et 3 horizontales ; ils produisent 23 tonnes de farine par an. En 1822 le moulin de Trinquelin a « deux tournants », donc probablement deux activités différentes. On voit sur le plan cadastral, dressé avant 1850 à Trinquelin, le moulin du bourg : il est à peu près comme aujourd’hui, composé de deux bâtiments, mais avec une roue chacun. L’abbé Henry précise qu’il travaille le blé. C’est pourtant un moulin assez modeste qu’en 1898-99 achète Jean Pompon, arrière-grandpère de notre ami. Les matrices cadastrales indiquent qu’il en tire le revenu fi scal net annuel de 417 F en 1909 et 267 F en 1911 : des revenus dans la moyenne des modestes moulins du Morvan, certes pas des plus petits, mais pas des plus glorieux non plus. Le moulin est décrit comme ayant deux paires de meules en 1905 ce qui paraît impliquer qu’il n’a pas de cylindres. Son revenu fi scal net passe à 762 F en 1926 et 1120 en 1943, ce qui est assez bien du moins pour le Morvan, mais sans plus. (NB : il s’agit de valeurs déclaratives, car en fait dans les campagnes tout le monde trichait avec les impôts ; elles n’ont donc d’intérêt que pour comparer les moulins entre eux).

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Photo Philippe Landry

M. Pompon raconte que son arrièregrand- père s’est installé au moulin de Trinquelin comme locataire. Il venait de la commune limitrophe de St-Agnan dans la Nièvre (là où est aujourd’hui un des six grands lacs magnifi ques du Morvan), exactement du moulin des… Pompon, car un hameau de cette commune porte ce nom. Au demeurant j‘ai trouvé des Pompon s’illustrant à St-Agnan comme maîtres-meuniers… mais pas seulement. Des gens de tempérament en tout cas ! D‘une des branches est sorti le grand sculpteur animalier François Pompon, né à Saulieu en Morvan de Côte d‘Or. L’arrière- grand-père, donc, avait exercé aussi comme meunier dans d’autres communes limitrophes, par exemple à Champeau en Côte d’Or, à Quarré les Tombes dans l’Yonne. Son fi ls, donc le grand-père de notre ami M. Pompon, s’est rendu propriétaire du moulin (il avait été formé comme meunier au moulin de St-Brisson dans la Nièvre). Une roue de type Sagebien fut installée au moulin Pompon de Trinquelin en 1924 (on refuse donc la turbine ô combien plus productive, mais aussi plus chère). Intérieure, diffi cile à photographier, elle est à palettes et mesure 4 mètres de diamètre. Elle eut un axe d’un diamètre de 16 cm ; l‘actuel n’est plus que de 13, ce qui pour M. Pompon est « un peu faible ». Le moulin comprenait une huilerie peut-être pas d’une importance immense mais tout de même équipée de deux presses à bras ; le grand-père de notre ami y ajouta un atelier scierie : son fi ls, donc le père de M. Pompon, y fabriqua une roue en bois pour le moulin de Palmaroux à Montsauche et celle du moulin de Breuillotte à Quarré les Tombes ; celle-ci, il la réalisa notamment en bricolant deux jantes de tracteur avec l’aide d‘un fort industrieux religieux, le père Marie-Bernard de l’abbaye de La Pierre Qui Vire, dont M. Pompon m’assure : « Il avait un bouc plus beau que le vôtre », ce dont je ne doute pas. Pendant la guerre le père de M. Pompon travailla clandestinement et le blé et l’huile (qui était rationnée, même si les contrôles n’étaient pas aussi féroces, violents on peut le dire, que pour le blé et la farine).

Il livra volontiers de la farine à la Résistance. Il lui arriva toutefois de subir un contrôle du contingent, nocturne, plutôt sévère et pour tout dire peu agréable, d’un agent de l’Offi ce des Blés dénommé Brasse ; ce dernier a cru bon de faire du zèle et a saisi beaucoup de grains au moulin. En récompense, à la Libération, quelques Résistants lui infl igeront une menue râclée mémorable : on peut aimer rire mais savoir se défendre. Allons : ils ne l’ont pas fl anqué au Cousin pour vérifi er s’il savait nager… la brasse.

Philippe Landry, président de Moulins du Morvan – Article paru dans le Monde des Moulins – N°34 – octobre 2010

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