Le site des Moulins de France
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Le village de Verdelais, en Gironde, est surtout connu pour le très ancien pèlerinage religieux à la Vierge qui s’y perpétue depuis le début du XIIème siècle. Bien avant les apparitions de Lourdes (1858), Verdelais était en effet le principal lieu de pèlerinage
marial du Sud-Ouest de la France, et, particulièrement celui des Bordelais qui s’y rendaient en bateau à vapeur par la Garonne.
Ce pèlerinage est à l’origine de l’existence même du bourg actuel qui s’est construit autour du sanctuaire abrité par une basilique.
Essentiellement viticoles, les coteaux avoisinants qui bordent la rive droite de la Garonne produisent toute une gamme de vin de Bordeaux blancs et rouges.
Mais, si aujourd’hui, la vigne règne ici en monoculture, il n’en a pas toujours été ainsi. La preuve : cinq moulins à eau étaient jadis actionnés par un petit ruisseau, le Galouchey, qui traverse le village et trois moulins à vent agitaient leurs ailes sur les sommets de deux collines. Au total huit moulins étaient en activité jusqu’à la fin du XIXème siècle, alors que la commune n’a jamais dépassé le millier d’habitants, et que sa superficie totale est de 450 hectares.

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Le moulin de Cussol, novembre 2002 – photo DR

Que reste-t-il de ce patrimoine ?
Un moulin à eau et deux moulins à vent ont totalement disparu, un ancien moulin à eau détourné de sa vocation est utilisé par la commune pour des activités socio-éducatives ou de loisirs, un autre n’a conservé que ses murs, le plus aval est en cours d’aménagement en habitation et complètement dénaturé, alors que celui du bourg conserve des vestiges de son appareillage. La tour du moulin à vent de Cussol, quant à elle, est demeurée en ruine jusqu’en 1998. La concentration d’autant de moulins rappelle que l’on cultivait les céréales à Verdelais, comme d’ailleurs dans tout l’Entre-Deux-Mers qui a été jusqu’au début du XXème siècle le grenier à blé de l’agglomération bordelaise.

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Le moulin de Cussol, 1997 – photo DR

Depuis plusieurs dizaines d’années quelques habitants de la commune avaient imaginé le projet de redonner à cette vieille tour, en ruine, perchée sur le sommet du “Mont Cussol” (98 mètres), à proximité du célèbre calvaire monumental avec son chemin de croix aux multiples chapelles, sa silhouette d’origine, celle d’un moulin à vent.
D’autres avaient pensé y aménager une terrasse en béton pour tirer au vol les palombes au mois d’octobre. Il y avait aussi ceux, qui émerveillés par le point de vue que l’on découvre du sommet de Cussol, face à la vallée de la Garonne et aux châteaux des grands crus de Sauternes, voulaient transformer la tour en un petit trois pièces à toiture en tuiles creuses. Fort heureusement, l’ancienne propriétaire ne voulait pas se séparer de son bien, et, de plus, elle devint presque centenaire.
Tout projet est donc resté longtemps irréalisable, ce qui n’a pas empêché certaines précautions.

Celle de faire inscrire une réservation au Plan d’Occupation des Sols, au profit de la commune de Verdelais, dès sa publication en 1985, en est un exemple. C’est en effet cette disposition qui a permis à la Collectivité de faire valoir son droit de préemption, quand les héritiers ont reçu une première offre d’achat émanant d’un particulier. C’était en 1997.

Conscients de la nécessité de sauvegarder un des derniers vestiges de notre petit patrimoine bâti, les élus locaux consentaient une dépense de 3 048 € pour l’acquisition de la tour en ruine et des 500 m2 qui l’entourent, mais n’entendaient pas faire supporter d’avantage au budget communal le coût d’une restauration. C’est donc très naturellement que l’association “Moulin de Cussol” s’est constituée pour prendre le relais, dans le cadre d’une convention de mise à disposition signée avec le maire de la commune de Verdelais.

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Le moulin de Cussol, mise en place de la toiture le 5 novembre 2002 – photo DR

D’emblée et statutairement, l’Association se fixait 3 objectifs : la sauvegarde, la restauration, et l’animation du moulin, outre l’étude historique et archéologique qui allait de soi. La première action a été de faire imprimer des cartes de membres que le trésorier d’alors, Jean Poutays aujourd’hui disparu, s’est efforcé de proposer aux adhérents, ou sympathisants, qu’il a réussi à fédérer. C’est cette initiative qui a constitué une amorce de trésorerie, car jusque là nous ne disposions pas encore du premier centime. Ce fut aussi l’occasion de constater l’intérêt que suscitait notre projet dans la population locale et au-delà, et qui ne s’est jamais démentie depuis.
Très rapidement nous avons consulté le Directeur du Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine, “l’architecte des Bâtiments de France” , car si le moulin n’est pas classé, il se trouve à la fois dans le périmètre de protection de Malagar, le domaine de l’écrivain François Mauriac, aujourd’hui cédé à la région d’Aquitaine par ses héritiers, classé monument historique et dans le périmètre de protection du Calvaire de Verdelais, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. C’est sur les conseils encourageants de l’Architecte des Bâtiments de France que nous avons sollicité avec succès, l’aide financière du département de la Gironde au titre des aides qu’il accorde aux associations qui oeuvrent à la sauvegarde du petit  patrimoine non protégé.
Cette aide substantielle, alliée à la participation active des membres de l’Association a permis de commencer les premiers travaux, particulièrement urgents, de mise en sécurité et de restauration de la tour. Il y avait beaucoup à faire. Un siècle sans toiture avait occasionné de nombreux désordres dans la maçonnerie d’autant qu’il était de coutume d’allumer des brasiers à l’intérieur, avec tous les dégâts que cela a pu engendrer : linteaux cassés, pierres rougies et délitées, lézardes diverses et, cerise sur le gâteau, l’ancienne propriétaire avait ordonné à son personnel de casser les 24 marches de l’escalier de pierre pour éviter que des importuns ne s’aventurent au sommet de la tour…
Nous avons donc mis à profit l’aide financière du Conseil Général de Gironde et dès 1998, nous avons confié à une entreprise de maçonnerie locale la réalisation du couronnement de la tour, le remplacement du linteau de la porte sud, de celui de la fenêtre du deuxième étage, et le remplacement des marches du premier étage.
Le tout au moyen de pierres de récupération qui nous ont été offertes et provenaient pour la plupart d’anciennes bordures de trottoirs . La subvention du département était déjà largement engloutie, ainsi que les réserves financières que nous avions pu constituer. Il fallait donc, obligatoirement, devenir plus économes. Les travaux à venir allaient par conséquent être réalisés par les bénévoles de l’Association comme cela avait été le cas pour le débroussaillage et nettoyage qui avaient suivi la prise de possession des lieux. Des portes de récupération étaient mises en place. Une toiture en tôles ondulées mettait le chantier à l’abri pour 4 ans.
La tempête de 1999 nous a fourni tout le bois de chêne nécessaire à la confection des poutres, planchers et mains courantes grâce à la contribution amicale et gratuite d’un ami charpentier, ajoutée aux dons des propriétaires forestiers.
Puis venaient ensuite : la pose des menuiseries aux fenêtres, l’installation de l’eau courante, nécessaire au chantier, mais aussi bien utile pour laver les verres …

Les travaux d’installation électrique d’éclairage intérieur et d’illumination extérieure nous ont été offerts par un artisan électricien de la commune voisine de Semens. La paire de meules en silex, le gros fer, la potence pour lever la meule, nous ont été offerts par les propriétaire du moulin à eau du bourg de Verdelais.

Enfin, les bénévoles de l’Association ont terminé de remplacer les marches du 2ème étage, puisque pas une seule n’avait été épargnée. Ils ont aussi mis en place les poutres et les planchers des deux étages et posé les carreaux de terre cuite au rez-de-chaussée avant de réaliser le crépi intérieur à la chaux.
Parallèlement à la réalisation de ces travaux, la principale préoccupation a été la recherche de financement pour ce qui constitue le “gros morceau” : le toit et les ailes. Une consultation d’entreprises de la région nous a permis rapidement de nous faire une idée du montant du coût de l’opération. Cela aurait pu en décourager plus d’un. Ce ne fut pas le cas, nous avons seulement pensé qu’il faudrait peut-être plus de temps que prévu. De plus, les premières démarches concernant nos demandes de subventions se sont avérées infructueuses. Qu’importe ! cela n’a pas entamé notre détermination. En fait ce qu’il fallait c’était déposer le bon dossier, au bon moment, au bon endroit. Nous y sommes parvenus grâce à l’intérêt porté à notre projet par le Président Philippe Madrelle au Conseil Général de la Gironde, le Président Alain Rousset à la Région d’Aquitaine et par Madame Béatrice Lagarde, souspréfet de Langon pour ce qui concerne les fonds européens.
De plus, le Prix de la Fondation Limouzin, dont l’Association fut le premier lauréat, est arrivé fort à propos.

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Le moulin de Cussol lors de la Journée des Moulins en 2003 – photo DR

Pour le toit et les ailes donc et une fois le montage financier bouclé en étroite collaboration avec la Municipalité de Verdelais, propriétaire, nous avons fait confiance à l’entreprise Berthoumieux frères à Donclas, en Lot et Garonne. Ce que cette équipe de jeunes charpentiers avait réalisé ailleurs nous plaisait bien. Et puis, il y a des gens avec qui le courant passe spontanément. Serge Berthoumieux est de ceux là. En plus il est passionné de moulin comme toute son équipe.
Nous ne voulions pas faire une “copie d’ancien”, nous souhaitions avoir une charpente et un mécanisme équivalent à ce qu’il y avait probablement jadis mais réalisé avec les moyens d’aujourd’hui. Par exemple, nous n’avons pas cherché à “vieillir” les
bois, nous avons utilisé du bois scié, tout simplement. Par contre nous avons respecté scrupuleusement l’architecture générale que nous avions pu relever sur des moulins de la région. Le résultat est à la hauteur de nos espérances. Les travaux ont été réalisés en deux temps. D’abord en atelier avec un premier assemblage à blanc de l’enrayure basse et de la charpente, puis après démontage et transport ils se sont déroulés pendant quatre semaines au pied du moulin.
Près de 10 tonnes de bois de 7 essences différentes ont été utilisées et plus de 800 heures de travail nécessaires. Le 5 novembre 2002, la toiture était posée sur la tour , puis les ailes et le gouvernail mis en place. L’inauguration officielle a eu lieu le 14
juin 2003, veille de la journée nationale des moulins. Ce fut une réussite puisque même le vent était au rendezvous et que les ailes ont pu tourner après la manoeuvre d’orientation et d’entoilage. Plusieurs centaines de spectateurs étaient venus, en amis,
autour des personnalités qui nous ont apporté leur soutien.
La commission préfectorale de sécurité à dores et déjà donné son avis favorable.

Il faut toutefois préciser que des travaux restent encore à faire pour atteindre l’objectif fixé de démonstration de production de farine lors de l’ouverture au public. Il nous manque encore : la trémie, l’auget, le coffre des meules, les goulottes, le coffre à mouture et… le financement nécessaire à la réalisation de ces pièces de menuiserie. Nous espérons tout cela pour cet hiver.

Alain Bord – Article paru dans le Monde des Moulins – N°6 – octobre 2003

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