Le site des Moulins de France
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Interview d’Erwin Schriever, charpentier amoulageur, par Laury Vandenterghem, volontaire du Service Civique auprès de l’Association Norpatrimoine, en avril 2020

La colline de Naours, dans la Somme, a porté des moulins à vent jusqu’au XVIIIe siècle, ils disparurent ensuite par vétusté. Au XXe siècle, le propriétaire de la colline du Guet, située au-dessus de la cité souterraine de Naours, amoureux des moulins, décide d’en réimplanter : il achète le moulin à huile du Belcan à Linselles dans le Nord en 1960 et le moulin à farine Westmolen à Stavele en Belgique en 1963.
Démontés, transportés, les deux moulins en bois à pivot sont remontés sur place et inscrits au titre des Monuments Historiques respectivement en 1961 et 1966. Mais, en 2015, le moulin à huile ne tourne pas et le moulin à farine est très dégradé.
L’investissement pour les remettre en état est énorme, une association est créée et, avec l’aide du propriétaire et de la commune, il est décidé de remettre en fonctionnement le moulin à farine en faisant appel à Erwin Schriever qui a conçu et réalisé le moulin en bois à pivot de Dosches dans l’Aube.

Erwin Schriever et le rouet du moulin de Stavele
Photo Association des Charpentiers de Troyes

LV : Comment vous est venu l’amour des moulins ?
ES : Nous, les charpentiers compagnons du devoir (NDLR : Erwin a d’abord été charpentier avant d’être compagnon), sommes passionnés par tous les montages compliqués en matière de “bois”.
Les moulins et les bateaux restent le summum de notre métier : ce sont des assemblages ingénieux, souvent très complexes et chargés d’histoire. Peu à peu, au sein de l’entreprise, avec quelques-uns de mes salariés, nous nous sommes spécialisés dans l’entretien des moulins et en particulier des moulins à vent.

LV : Nous nous connaissons depuis maintenant plusieurs années, comment voyez-vous l’avenir de notre projet ?
ES : Radieux ! Bien que je ne puisse prédire le futur, je suis très confiant dans l’avenir de ce projet. J’avoue avoir été impressionné par la passion et la motivation des gens de Naours que j’ai rencontrés : c’est tout un village qui porte cette restauration avec ténacité et persévérance. Cet enthousiasme est très motivant pour nous. Savez-vous que j’ai même été contacté par les enfants de l’école primaire du village qui m’ont interrogé sur les travaux que j’allais réaliser sur « leur » moulin ?
Ce site, c’est l’âme du village avec ses souterrains-refuges et les moulins
pour approvisionner la population
et faire le guet. Chaque élément contribue à perpétuer l’histoire de la commune qu’il faut respecter et préserver.

Arrivée du moulin démonté en atelier, avril – Photo Erwin Schriever

Restauration de la toiture en atelier – Photo Erwin Schriever

LV : Notre projet s’inscrit dans une continuité, mais que pensez-vous de son sens ?
ES : L’être humain est motivé pour transmettre, et quand on a du cœur, on a envie de transmettre, on ne peut que s’incliner et dire : « Il faut que je retrousse mes manches et que je laisse pour mes enfants et mes petits-enfants une partie de l’histoire, car l’histoire se perd vite. » On le voit bien dans le domaine des moulins car rares sont les personnes qui, actuellement, comprennent ce que représentaient les moulins pour nos ancêtres et l’ingéniosité qu’ils ont déployée pour les aider dans leurs travaux quotidiens. Donc, quand on peut transmettre, il faut le faire !

LV : Quelles sont les prochaines étapes ?
ES : Nous avons démonté le moulin en deux phases, en 2017 et ces jours-ci, en avril 2020.
Dans la semaine, nous allons décharger les camions et classer les bois car, pour le moment, tout est un peu mélangé. Les bois seront rassemblés et répertoriés, par façade, par étage, par partie mécanique.
Après, les bois seront nettoyés à l’eau à haute pression pour que les assemblages, les faces, les marquages se voient clairement. Lors du démontage, les bois ont été marqués pour faciliter le remontage ultérieur.
Ensuite, nous ferons un dessin au 1/10, très précis au millimètre près, sur une grande feuille, à l’aide d’un logiciel afin de pouvoir restaurer l’édifice en atelier, pièce par pièce, façade par façade, selon les relevés effectués. Cette phase durera quelques semaines, peut-être deux mois, le temps de commander les bois manquants.
Seulement 40 % des bois vont être conservés parce que les autres sont trop abîmés, pourris, déformés, cassés : un moulin se fatigue vite !
Au mois de juin, nous aurons tous les bois disponibles, alors, avec deux ou trois salariés, nous prévoyons de passer six mois en atelier pour restaurer les façades, la toiture, le piédestal, le solivage, le mécanisme.

Restauration du rouet et engrenages en atelier – Photo Erwin Schriever

Il va falloir aussi que l’on commande, en Hollande, les ailes dont les vergues, en métal riveté, mesurent 23 à 25 mètres. Les meules, deux paires, sont aussi à commander aux Pays-Bas.
La ferronnerie, le gros fer et le petit fer, la crapaudine, l’anille, le levier de meule manquent : il faut les faire fabriquer. Heureusement, un gros fer vient d’être découvert sur le terrain d’un membre de l’association : il sera placé sur la grande ou la petite meule, selon sa longueur.
Ainsi, vous voyez, il faut compter une année de réfection.
Un moulin n’est pas un chantier où l’on peut travailler à dix, parce que c’est très complexe, donc seule une partie des salariés intervient.
Au printemps 2021, on pourra transporter toutes les pièces sur le site, puis viendra le temps du remontage tant attendu.

LV : Merci et rendez-vous au remontage !

NB : Depuis l’interview d’avril 2020, le travail a bien avancé en atelier, à la satisfaction de l’Association venue voir le chantier sur place, début février 2021. Le remontage du moulin à Naours est toujours programmé pour le printemps 2021.

D’après l’interview d’Erwin Schriever,
par Laury Vandenterghem

Paru dans le Monde des Moulins n°76 d’avril 2021

Catégories : Zoom

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