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C’est dans le Domaine de Beauval, situé à Bassens, petite commune des Hauts de Garonne nichée au coeur de la presqu’île d’Ambès qu’est érigée depuis 1888 une éolienne construite et installée par l’entreprise de Mr Auguste Bollée, ingénieur hydraulicien. Le Domaine de Beauval était alors la propriété de Louis-Hubert Prom, riche négociant et armateur bordelais, et cette éolienne, destinée à remonter l’eau d’un puits en utilisant l’énergie du vent, représentait un véritable signe de réussite à une époque où le confort procuré par l’eau courante n’était l’apanage que des seuls propriétaires fortunés. Elle fonctionna jusqu’au début des années 1950 et se trouvait à l’abandon depuis.

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Eolienne Bollée de Bassens (33) – photo Eric Charpentier

Histoire de l’ “Eolienne”

Le développement industriel et agricole de la deuxième moitié du 19ème siècle exigeant un approvisionnement en eau important, Ernest-Sylvain Bollée, “fondeur hydraulicien” du Mans envisagea la conception d’une machine, actionnée par un moteur à vent, pouvant remonter l’eau d’un puits. Il déposa un brevet d’invention pour une “machine éolienne hydraulique” le 30 Mars 1868 (enregistré à Paris le 9 Juin). Celle-ci était composée d’une colonne de fonte supportant l’ensemble du moteur à vent composé d’une roue directrice fixe (le stator) portant des aubes courbes destinées à diriger le vent vers les aubes d’une roue mobile (le rotor). Une large girouette permettait de faire pivoter l’ensemble, selon l’orientation du vent, autour d’un axe vertical. La remontée de l’eau s’effectuait au moyen d’une chaîne à godets.
Le 17 Mars 1885, “l’ingénieur hydraulicien” Auguste Bollée, qui venait d’hériter de son père l’entreprise “Eolienne” déposa, à son tour un brevet. La girouette était remplacée par une petite roue à ailettes (papillon) et la chaîne à godets par une pompe actionnée par un arbre mis en rotation par le rotor.
On doit noter qu’Ernest-Sylvain Bollée, en 1868, désignait son invention comme une machine éolienne, le mot “éolienne” étant employé en tant qu’ adjectif, alors qu’Auguste Bollée, en 1885, employait le terme “éolienne” en tant que substantif. Il fallut attendre 1907 pour trouver ce mot dans le Larousse.
L’éolienne érigée dans le Domaine de Beauval sur un puits de 2,50m de diamètre, 20m de profondeur, dont 4,50m d’eau, a les caractéristiques suivantes:
– diamètre du rotor: 3,53m comprenant 24 aubes incurvées,
– diamètre du stator: 3,53m comprenant 34 aubes incurvées dans le sens contraire,
– un entonnoir placé sur l’extérieur du stator concentre le courant d’air sur l’ensemble,
-l’orientation de l’ensemble moteur est obtenue par une petite roue dont la sensibilité permet de présenter la machine face au vent. Pendant les périodes de grand vent, c’est-à-dire supérieur à 45km/h, le papillon orienteur change de position automatiquement et présente la turbine “tranche au vent”. Celle-ci s’arrête alors de tourner.
Cette machine peut donc résister aux plus fortes tempêtes comme nous avons pu le constater dans la nuit du 26 au 27 décembre 1999.
– hauteur de l’éolienne: 23,00m. La colonne de fonte supportant l’ensemble est entrecoupée de boîtiers de raccordement de 300mm de diamètre et hauteur espacés tous les 3m. Elle est maintenue par 6 haubans de fer de 17mm de diamètre, filetés à l’extrémité supérieure et fixés sur la grande couronne dentée d’orientation. La tension est assurée par des rondelles et écrous. Trois haubans secondaires sont accrochés à des niveaux différents pour éviter le flambage. Un escalier hélicoïdal avec marches de fonte permet l’accès à la plate-forme située à 17m du sol sous la turbine.
– le mécanisme de pompage est composé d’un vilebrequin actionnant 3 bielles qui transmettent le mouvement vertical aux pompes par l’intermédiaire de 3 tringles en fer guidées par des paliers en bois dans le puits. Un volant d’inertie en fonte de 1,50m de diamètre permet d’atténuer les variations du vent.
– 3 pompes à pistons situées sur un plancher à 15,00m de profondeur, légèrement au-dessus de l’eau. Leur conception est telle qu’elles ne peuvent pas se désamorcer.
– débit: de 23 à 28 m3 par 24 heures par vent moyen de 35km/h, de 15 à 18 m3 par 24 heures par vent moyen de 20km/h.
La tour de l’éolienne est en pierre. Son diamètre est de 11,50m et sa hauteur de 8m Le lavoir, jouxtant l’éolienne, est alimenté en eau par celle-ci.

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Eolienne de Barbehére à St Germain d’Esteuil (33) photo Eric Charpentier

Rénovation de l’éolienne

Cette rénovation s’est déroulée du début janvier 1995 (premières investigations par des bénévoles) au 13 septembre 1997 (inauguration en présence de nombreuses personnalités). Elle a nécessité les interventions de l’Institut de Formation Industrielle Permanente dont les stagiaires assurèrent le décalaminage et le démontageremontage des aubes du stator ainsi que la peinture de l’ensemble, l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers pour l’expertise préliminaire de faisabilité et la rénovation des pompes et du système de mise au vent, les Compagnons du Devoir qui encadrèrent une équipe de 21 personnes recrutées en Contrats Emploi-Solidarité pour la remise en état de la tour de pierre et l’Association Bassenaise pour la Protection de l’Environnement et la Promotion du Patrimoine dont  l’enthousiasme a été mis maintes fois à contribution que ce soit pour les premières reconnaissances du site, puis, pour de nombreuses interventions ponctuelles en cours de travaux. Les proches ont été, eux aussi, gagnés par l’enthousiasme ambiant et ont activement participé à cette restauration.

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Eolienne Bollée, château Lanessan – Cussac Fort Médoc. Détruite après la tempête de 1999 – photo Eric Charpentier

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Eolienne ferme de Barbehére à St Germain d’Esteuil (33) photo Eric Charpentier

Ce texte a été réalisé d’après les éléments fournis par Gaëlle Rousseau (Agent d’animation du patrimoine à Bassens) et les membres de l’ ABPEPP – Article paru dans le Monde des Moulins – N°4 – avril 2003

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