Le site des Moulins de France
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L’histoire

La tour a été construite en 1876/1878.
(photo 1 : la plus ancienne photo que nous ayons de la tour ; photo 2 : état actuel ; photo 3 :
l’extraordinaire escalier en spirale conduisant à la terrasse)

1. La Tour de Saussy vers 1900. Photo ASATS

2. La tour, mur ouest début 2019. Photo ASATS

3. L’intérieur de la tour en 2019, on voit le plancher soutenant la cuve. Photo ASATS

Elle faisait partie d’un ensemble plus complexe destiné à alimenter en eau un château de chasse et le village. On la doit à Paul Bredin, un ingénieur lyonnais. Ayant fait fortune dans l’industrie de la soie, il décida en 1874 de s’installer à Saussy pour y pratiquer son loisir favori, la chasse à courre.

4. Le château des Charmes vers 1900, On aperçoit à droite le manège équestre. Photo DR

Il construisit donc, à 1.5 km à l’est du village, le Château des Charmes (photo 4) et un manège circulaire (photo 5) pour entraîner ses chevaux ; le château a brûlé en 1983 mais on admire toujours l’extraordinaire charpente dite « en parapluie » du manège équestre (photo 14).

5. Le manège équestre en 2019. Photo ASATS

Très vite se posa le problème de l’eau : il n’existait alors à Saussy – qui comptait environ 70 habitants – qu’un seul point d’eau, une source débitant environ 1/3 de litre à la minute ;
elle alimentait un abreuvoir (photo 6) et un lavoir. La commune avait commencé le creusement d’un réservoir-tampon dans lequel se déversait la source ; on pouvait, ainsi, puiser dans ce réservoir en cas de besoin ponctuel important. Mais ce système était notoirement insuffisant pour alimenter le village et le château.

6. La seule source du village. à l’été 2019, elle débitait toujours son tiers de litre à la minute. Photo ASATS

Constatant l’existence d’autres sources qui s’écoulaient en contrebas, Paul Bredin imagina alors un complexe système d’adduction d’eau et le conçut avec des amis hydrauliciens.
Il proposa à la commune de le construire, à ses frais, et d’alimenter deux bornes-fontaines destinées aux habitants en échange du reste pour son usage.

Un contrat très précis fut passé entre la commune et Paul Bredin et, à partir de fin 1877, on procéda à la construction, non pas d’une, mais de deux tours hydrauliques !

7. Le bassin de rétention en 2019, il capture l’eau des sources de la combe

On aménagea d’abord un réservoir formé de quatre murs d’environ 15 m de longueur chacun pour stocker l’eau provenant des différentes sources de la combe (photo 7, ce réservoir existe toujours), puis une rigole de 200 m de long, en pente, jouant le rôle de conduite forcée, pour amener cette eau au pied de la tour des Mousseneux. Cette première tour se composait de deux murs de pierre, hauts d’environ 20 m, entre lesquels se trouvait une immense roue à aubes ayant des godets d’environ 25 cm de largeur (photo 8).

8. La tour des Mousseneux vers 1900; elle était à 150 m du bassin et
30 m plus bas. Photo DR

L’eau en provenance du réservoir entraînait la roue à aubes et allait se verser dans un puits, à côté de la tour. Un appentis abritait une pompe actionnée par le mouvement de la roue à aubes, pompe qui refoulait l’eau par des canalisations en fonte dans le réservoir communal (réservoir-tampon cité précédemment) lui faisant parcourir une distance de 650 m pour un dénivelé de 150 m. Cette tour a été détruite en 1981, après qu’un ferrailleur fut venu démonter la roue.

Puis Paul Bredin construisit la deuxième tour, qui est toujours debout et intrigue tant les passants. Elle est de forme légèrement tronconique et mesure 25 m de hauteur. Le diamètre extérieur à la base est de 9.90 m. Ses murs sont épais de 2.70 m ; il s’agit, en fait, de deux murs parallèles avec un « remplissage » entre les deux. La maçonnerie est en pierre, et de bonne facture. Sur la terrasse, il reste un mât et un axe horizontal, qui sont les vestiges d’une éolienne que l’on voit sur des cartes postales anciennes. L’intérieur est creux, un escalier métallique en spirale permet de gagner la terrasse. Les six derniers mètres abritent une citerne en métal d’une contenance de 70 m3. La tour avait pour fonction de reprendre l’eau du réservoir par une pompe, mue par l’éolienne, pour l’élever dans le réservoir supérieur. L’arbre de transmission et la conduite d’eau « remontante » passaient dans l’arc boutant que l’on voit encore (schéma 9). Des canalisations acheminaient l’eau sous pression pour moitié au Château des Charmes et pour moitié à deux bornes-fontaines dans le village.

9. Le fonctionnement de la tour de Saussy. Photo ASATS

C’est à notre connaissance un dispositif unique, un des tout premiers châteaux d’eau de France, et en tout cas le seul dont la pompe était mue par une éolienne.

10. Le mât et l’axe de l’éolienne en 2019. Photo ASATS

Il semble que cette « machine élévatrice » avec sa « roue à vent », comme on disait à l’époque, n’ait jamais bien fonctionné ; sur une carte postale datée de 1911, l’éolienne est déjà privée de ses pales.
Inexplicablement oubliée pendant 120 ans et, de ce fait, jamais modifiée ni retouchée – ce qui lui confère une authentique valeur patrimoniale – la Tour de Saussy fait désormais l’objet de toutes les attentions de la part de l’Association pour la Sauvegarde et l’Aménagement de la Tour de Saussy (ASATS).
Créée début 2018 par une vingtaine d’habitants du village, l’ASATS a conclu un bail emphytéotique avec le propriétaire et s’engage dans une ambitieuse démarche de sauvetage et d’aménagement de la tour et de son site.

Le projet

Phase 1 : Sécurisation de la terrasse
Suite à la chute d’environ 1.5 m3 de pierres depuis la corniche de la terrasse de la tour intervenue le 13 janvier 2019, des travaux d’urgence sur la partie sommitale ont été effectués en février 2019. Ces travaux, d’un montant de 1 638 euros TTC. ont été financés par l’ASATS.

Phase 2 : Intervention d’un géomètre pour l’établissement d’une infographie complète du bâtiment
Réalisé grâce à différents outils tels qu’un scanner 3D (qui permet en particulier d’avoir une analyse pierre à pierre) et un drone, ce travail donne la possibilité d’obtenir une vision réaliste et précise des désordres structurels.
Cette opération a eu lieu en mai 2019, pour un montant de 7 740 euros TTC, en cours de financement.

Phase 3 : Diagnostic par Mme Blondin et M. Drubigny, architectes du patrimoine
À partir de l’infographie du géomètre, les architectes du patrimoine réaliseront un diagnostic préalable à la restauration. Ils analyseront les matériaux utilisés et prendront en compte les atouts du site.
L’étude préalable permettra de définir de façon concertée les grandes lignes du projet et des budgets à mettre en œuvre, ainsi que leur phasage, en intégrant le possible recours à des chantiers de bénévoles internationaux. Elle comprendra une réflexion sur les aménagements du site et les futures conditions de visite.
Ce diagnostic, d’un montant de 9 033.60 euros TTC, n’est pas financé à ce jour.

Phase 4 : Réparation du mur ouest & consolidation de la partie sommitale
Le diagnostic en cours débouchera sur une estimation de ces travaux,qui sont le cœur du projet. On peut s’attendre à une enveloppe de l’ordre de 200 000 euros TTC.

Phase 5 : Aménagement du terrain au pied de la tour
Création d’une promenade (tracé existant – entre le lavoir au crépi clair et le réservoir (photo 11) au pied de la tour, avec panneaux explicatifs sur son fonctionnement passé.
Le site recèle un important potentiel pédagogique pour évoquer la thématique de l’eau et de son bon usage.

11. Un environnement bucolique pour comprendre le fonctionnement de la tour de Saussy. Photo ASATS

Installation de bancs et tables et d’un espace pour animations ponctuelles.
C’est là que l’ASATS remerciera ses soutiens et partenaires.
Cet espace et l’intérieur de la tour seront privatisables (expositions temporaires, performances artistiques, etc.)

Phase 6 : Rétablissement de l’accès à la terrasse
Restauration du merveilleux escalier en spirale (cf photo 3 p 20) offrant l’accès à la terrasse, au pied du mât de l’éolienne. À 590 m d’altitude, le panorama est fantastique et justifierait l’installation d’une table d’orientation.

12. Quand l’ancien château d’eau salue le nouveau. Photo ASATS

Phase 7 : Création du sentier « Paul Bredin »
Ce parcours patrimonial reliera la tour aux autres éléments de patrimoine hérités de Paul Bredin, à savoir le bassin de rétention de la Combe des Mousseneux et le manège équestre, au fil d’un très beau sentier forestier.
L’ASATS recherche des partenaires et des soutiens financiers :
Ils bénéficieront des remises d’impôts prévues par la loi.
Ils disposeront de contreparties : visites personnalisées, présence de leur logo sur les panneaux et les plaquettes. Ils pourront privatiser ponctuellement tout ou partie du site et seront associés à la conception de l’exposition permanente.

13. Le bassin de rétention en 2019. Il capture l’eau des sources de la Combe. Photo ASATS

14. La charpente du manège.
Photo ASATS

15. Au pied de la tour. Photo ASATS

L’ASATS recherche également tous documents et toute contribution lui permettant de mieux comprendre le fonctionnement de cet ensemble.

Association pour la Sauvegarde et l’Aménagement de la Tour de Saussy (A.S.A.T.S.)
Mairie, rue de l’École – 21380 SAUSSY
Tél : 07 86 83 20 79
E-mail : a.s.a.t.s.saussy@gmail.com
Site internet : http://asats.e-monsite.com/

Paru dans le Monde des Moulins N° 71 de janvier 2020

Catégories : HistoireTechnique

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