Le site des Moulins de France
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Mes Amis
Comme vous le savez, des projets, pas très réjouissants, semblent voir le jour pour une restructuration de nos cours d’eau, car d’éminents techniciens ont décrété que nos ancêtres avaient pris des initiatives qui auraient, à tout point de vue, été préjudiciables à nos rivières.
Diverses revues et quotidiens s’en font écho avec plus ou moins de sincérité, nous relevons notamment : « La directive cadre européenne sur l’eau impose que les eaux de surface aient retrouvé un bon état chimique et écologique à fin 2015 ».

De nombreuses régions s’impliquent dans cette remise en ordre de nos cours d’eau avec des solutions plus ou moins énergiques pour remédier à ces prétendus désordres, après avoir montré du doigt les principaux responsables qui seraient les moulins.

Un des plus clairs exposés de ce que j’avance a été relevé dans un journal méditerranéen où il est écrit : « deux tiers des rivières sont en mauvais état dans le bassin versant de la Méditerranée, des seuils ou des barrages en travers des rivières bloquent la circulation des poissons et des sédiments et vont jusqu’à provoquer des dégénérescences et des disparitions des poissons ».

En Dordogne les reproches sont les mêmes, bien qu’exposés avec plus de tact.

Il est certain que dans des cas biens précis ces reproches peuvent être reconnus valables, mais n’en faisons pas une généralité.

Prenons en exemple la rivière DRONNE que je suis censé connaître pour avoir vécu avec elle pendant plus de soixante-dix ans et qui, à une époque, avait un moulin presque tous les kilomètres avec 95% des barrages d’une hauteur de 1 à 1,5 m dont les propriétaires déclaraient pêcher plusieurs centaines de kilogrammes d’anguilles.

Depuis cinquante ans, sans qu’aucun barrage neuf n’ait été construit et avec les nombreux barrages qui se sont détruits naturellement par le manque d’entretien, les anguilles auraient en grande partie disparu.

Je pense qu’il faut chercher ailleurs les responsables.

Il est également reproché à ces barrages de retenir les sédiments qui empoisonnent l’eau.

Tous les pêcheurs et autres usagers de la rivière n’ont pu manquer d’observer que, si sur quelques mètres en amont du barrage, il y avait un dépôt partant du haut de la retenue, il déclinait très rapidement, jusqu’au fond du lit de la rivière ; dépôt qui avait tendance à diminuer à chaque crue.

Il est en outre avancé que ces barrages faisaient obstacle à la remontée des poissons, compte tenu de leur hauteur. C’est une affirmation qu’il faut rejeter, car les barrages des moulins qui existaient bien avant l’an 1500 n’ont jamais empêché ces derniers de remonter les cours d’eau pour les coloniser et y assurer leur reproduction.

Autre reproche fait à ces retenues, c’est de favoriser les inondations, ce qui peut être vrai dans très peu d’endroits ; défaut qui peut être réparé par l’ouverture des vannes aménagées dans leurs constructions.

En contre-partie de ces reproches, personne ne semble avoir remarqué qu’un barrage sur ces petits cours d’eau :

  • assagit et régule le débit de l’eau,
  • crée un plan d’eau où vivent plusieurs espèces de poissons qui enchantent les pêcheurs
    du dimanche.
  • permet la création de stations de pompage qui évitent aux cultivateurs d’avoir des récoltes irrégulières, sans parler de la reconstitution des nappes phréatiques. Ces plans d’eau sont également bien utiles aux pompiers pour combattre les incendies des forêts ou d’immeubles qui sont à leur proximité.

Il faut également reconnaître qu’un plan d’eau régulier évite le déchaussement des piles des ponts et empêche l’effondrement des berges.

Les anciens, dont je fais partie, ont connu la joie de l’installation dans leur maison de la première lampe électrique qui fonctionnait grâce au moulin de proximité transformé qui complétait sa fonction initiale par la production d’électricité, remplaçant la bougie.

Que dire des zones humides dont une grande partie disparaîtrait si les niveaux d’eau devaient baisser.

Messieurs les techniciens, avez-vous pensé à ce que deviendraient toutes les espèces de poissons, moules, végétaux et autres que vous désirez, comme nous-mêmes, protéger dans les périodes de sécheresse que vous nous promettez dans les années à venir, si nos belles rivières, pas si mal façonnées que ça par plusieurs générations d’hommes et de femmes, devenaient des torrents ou de simples caniveaux sans eau, alors que dans leur état actuel, ils nous ont permis de vivre dans de magnifiques paysages, sans parler de la nourriture fournie gratuitement aux plus défavorisés dans les périodes de disette.

Nos anciens étaient des sages qui ne bouleversaient pas, en quelques mois, ce que la nature et l’humain avaient mis des siècles à façonner (Rappelez-vous l’expérience désastreuse des destructions de haies voici quarante ans environ, qu’il faut actuellement reconstituer à grands coups de subventions).

Je ne nie pas que notre eau est plus ou moins polluée suivant les endroits, mais il me semble plus opportun de s’occuper, de bonne foi, des véritables causes de cette pollution plutôt que de montrer du doigt des moulins qui ont fait le bonheur de plusieurs générations d’hommes et de femmes par l’apport d’un bien-être en ménageant leurs efforts pour moudre du grain, carder la laine et créer des usines écologiques etc.

C’est mon coeur qui a parlé.

Mais parlons droit.

Nous sommes dans une RÉPUBLIQUE dont la DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN a prévu un DROIT DE PROPRIÉTÉ (sauf pour l’eau qui est un bien appartenant à tous) dont font partie les MOULINS avec leur barrage. Voulez-vous remettre en question ce qu’a apporté la révolution de 1789 ?

CONCLUSION
J’aimerais que les personnes responsables de la DIRECTIVE EUROPÉENNE SUR L’EAU s’imprègnent d’une réflexion du génie qu’était Léonard de VINCI au XVème siècle « S’il t’advient de traiter de l’eau consulte d’abord l’expérience, ensuite la raison ».
Mon vœu le plus cher c’est qu’un collège de sages se penche sur ce problème avant qu’il ne soit trop tard et prenne des décisions dans l’intérêt de tous.

Jean Mezurat
Moulin à eau de Rochereuil – 24350 Grand-Brassac

Paru dans le Monde des Moulins n°39 de janvier 2012

Catégories : Législation

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