Le site des Moulins de France
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Rappel et mise à jour d’informations

Une alerte avait été lancée dans Le Monde des Moulins1 , par un article très documenté
et illustré, pour sauver le moulin de l’Agnelier dit «Délestic», du nom de son dernier propriétaire. Il est situé dans le vallon du Largue dans les Alpes de Haute Provence. Constitué d’une grande bâtisse reconstruite en 1859 sur les ruines d’un moulin précédent, il a fonctionné jusqu’en 1955. Ce moulin à farine présente un témoignage précieux de l’évolution des techniques depuis le milieu du 19ème siècle : installations hydrauliques à rodets, meules en silex et potence, meules à décortiquer l’épeautre, cuve de lavage et essorage du blé, élévateurs, système de bluterie, roues à godets en bois et métal. Mais cet ancien système coexiste avec le système plus moderne basé sur des broyeurs à rouleaux et associé à de multiples élévateurs, plansichter, bluterie, etc., installés vers 1926. Aussi, l’ensemble des bâtiments constituant le moulin, y compris la retenue d’eau et le canal, est inscrit au titre des Monuments Historique par arrêté du 28 mai 1993.
Des réparations ont été effectuées en 1920, puis en 1936, mais aujourd’hui, n’étant plus occupé depuis 1960, l’édifice a souffert et certaines parties sont déjà dans un état de dégradation très avancé. Des pans de toitures sont notamment effondrés (figure 1).

Figure 1: Vue de l’ensemble des bâtiments protégés : Le bâtiment principal, comprenant la maison de maître, le moulin, avec des remises et la scierie ; les canaux d’amenée et de fuite et, à gauche, la bergerie et des logements (dessin de P. Prouillac, par aimable permission de P. Cohen, Parc Naturel Régional du Luberon).

Ainsi, deux systèmes de meunerie coexistent : le système classique en Provence, basé sur le mouvement d’un rodet horizontal (roue à godets) directement en prise avec la meule courante, suspendue sur son axe et un système “moderne”, basé sur trois broyeurs (doubles) à rouleaux, avec tout le système de plansichter, d’élévateurs et de conduits de distribution en mélèze (figure 2) sur quatre niveaux (figure 3).

Figure 2. Schéma très simplifié du fonctionnement de la meunerie basée sur des broyeurs à rouleaux. En réalité, il y a 6 paires de rouleaux et 6 élévateurs à godets et un bien plus grand nombre de conduits de répartitions. La mouture peut faire une dizaine de passages. Cependant le système reste compréhensible au visiteur, privilège que n’ont pas les minoteries actuelles.

Figure 3. Vue simplifiée des trois systèmes de meunerie. Au niveau – 1, en bleu, les canons alimentant les trois rodets (non figurés); Au niveau ZERO, la meule à décortiquer, les meules en silex et les trois broyeurs doubles. Au niveau UN, en vert, les conduits de distribution et les trémies (brun) d’alimentation des meules et broyeurs, en jaune les élévateurs à godets (Nb. dix car trois sont doublés). Au niveau DEUX, le plansichter (masqué, brun) et les bluteries. A l’arrière plan à gauche, en bleu mais masqués, les systèmes de ventilation (tarare), brossage triage et lavage du grain. Par aimable permission de Mélaine Fabre4 et du PNRL.

Cependant, hormis le plansichter assez abîmé et le vol de la principale meule (courante) en silex, l’ensemble des mécanismes est comme endormi depuis 1960 (figure 4). Les courroies
d’une cinquantaine de poulies sont encore en place ou alors, pendent des quatre arbres de transmission. Car, comme dans les usines anciennes, généralement disparues ou modernisées, la force motrice ne venait que d’une seule source de puissance. Celle-ci fut d’abord donnée par le troisième rodet, le plus moderne2 .

Figure 4. Exemple de qualité de conservation de la bluterie “moderne”. Elle coexiste avec la bluterie associée aux meules en silex. Des blutoirs encore plus anciens ont été conservés en mauvais état, mais peuvent être reconstitués. Photo Marcel André.

Ensuite, vers 1936, cette prise de force est débrayée pour laisser la place à une turbine Francis (figure 4). Un moteur électrique d’appoint fut installé, fonctionnant souvent en alternateur à la surprise et bénéfice d’EDF. La puissance de la turbine était suffisante pour alimenter deux scies dont l’une, avec chariot de plusieurs mètres, pouvait produire des poutres. Une sortie de force dans la cour actionnait une batteuse.

Il faut noter que les bâtiments sont associés à 20 ha de bonne terre irriguée et à des surfaces de colline. Comme le montre la figure 1, c’était un domaine important, témoin de l’agriculture se modernisant dans la première moitié du 20ème siècle. Si l’un des premiers tracteurs agricoles (Le Vierzon) a disparu, il reste la moissonneuse-lieuse dans une remise : on produisait du grain. La cave renferme un foudre de plusieurs m3 : on produisait aussi du vin. Il y avait un troupeau de moutons dans la vaste bergerie et des logements pour les commis. Le classement protège donc aussi un patrimoine culturel avec la mémoire d’une étape de civilisation agro-industrielle très intéressante du point de vue ethnologique3.

Figure 5. Schéma très simplifié des transmissions de puissance. En réalité, vingt cinq poulies ont
été répertoriées sur quatre arbres de transmissions principaux, soit environ cinquante mécanismes activés.

État d’avancement du projet de sauvegarde et de valorisation

La première étape de sauvegarde
Après le déblaiement, par l’Association Patrimoine du Pays de Forcalquier, des ferrailles laissées par l’activité fermière et des restes d’annéesde squattage des lieux, il restait à sauvegarder ce monument en déshérence. L’association Amis du Moulin Délestic est créée en 2010 pour le sauvegarder et le valoriser. Elle a fait poser des bâches provisoires mais des travaux plus sérieux devaient être faits. La commune de Reillanne estimait
avoir fait le maximum en achetant le domaine (avec une subvention des 2/3 par le Conseil Général des Alpes de Haute Provence) et confi ait au Parc National Régional du Luberon (PRNL) le soin de la sauvegarde et l’étude de son avenir. Ce dernier obtenait des subventions de la Région (25 000 €), de l’Etat (24 000 € par l’Architecte des Bâtiments de France), le reste était promis par le Conseil Général des Alpes de Haute Provence, sous réserve d’apport des 20% par le maître d’ouvrage (le PNRL). Le Parc n’a pas de fonds propre et c’est pourquoi une souscription publique est lancée par l’Association,le Parc du Luberon et la Fondation du Patrimoine. Nous avons recueilli 4720 €remis à La Fondation du Patrimoine qui a pu verser 9000 € au PNRL pour débloquer les subventions qui, sans cela, étaient perdues. Fin 2011, on pouvait considérer que le moulin était sauvé. Mais le Conseil Général n’a pu verser que 1500 € sur les 15000 escomptés et la bergerie reste à sauver (figure. 1).

Les travaux en cours de 2012
Les appels d’offres pour la réfection des toits et planchers sont lancés début 2012. La meilleure réponse dépasse le devis prévu et la conséquence est que la bergerie (figure. 1) ne sera pas sauvée. Différentes solutions sont envisagées mais la plus sûre est de reprendre la souscription. C’est pourquoi un appel est lancé à votre générosité.

Projet de mise en valeur du moulin et du site.
L’étape actuelle consiste à sauvegarder ce patrimoine par la mise hors d’eau, la réfection des toits et la sécurisation des planchers. Elle sera complétée par le nettoyage en détail et la protection des machines : parties métalliques et boiseries nombreuses. Ce sera la suite du travail bénévole de l’association, sous le contrôle des spécialistes de la DRAC et des musées. La commune se charge de déboiser les canaux. Cette première étape permettra les visites pour faire connaître le monument, condition d’une prise en charge par les collectivités locale, régionale et nationale.
A notre sens, et dans l’attente des conclusions de l’étude du PNRL, l’étape suivante de mise en valeur comprendrait plusieurs phases dans le temps et plusieurs objectifs se renforçant mutuellement. Elle nécessitera le recours aux fonds européens.

A) Réhabilitation de logements pour une habitation sur place, sécurisant le monument et assurant, ultérieurement, un accueil.

B) Réhabilitation des canaux et systèmes de meunerie ancienne et moderne dans une perspective de musée de la meunerie.

C) Etude et réalisation de valorisation de la chute d’eau par une micro-centrale : projet européen RESTOR.

D) Protection de la colonie de chauves-souris avec visualisation infra rouge in situ dans une salle d’exposition – films pour visiteurs et scolaires – dans le cadre de Natura 2000.

E) Installation d’un jeune couple d’agriculteurs dans une perspective d’agronomie durable pour gérer le domaine agricole. Ce volet est déjà réalisé grâce au soutien du Conseil Général, avec une ferme-chèvrerie moderne, verger, porcherie et volailles en plein air; logement et ferme en techniques du bois et qualité environmentale. Sa production est très appréciée sur les marchés.

F) Traité pour plus de compréhension pour le grand public, le site pourrait s’inscrire dans le projet d’une route des moulins régionale et pourquoi pas transfrontalière avec l’Italie puisque notre Fédération est en relation avec l’Association des Moulins d’Italie et qu’une étude pourrait être menée dans cet objectif.
Nous sommes reconnaissants à la FDMF et au Monde des Moulins pour le soutien qu’ils nous ont apporté dès la création de notre association.

1. Au chevet d’un moulin mourant, par J. Bourveau, avec 10 photos, dans Le Monde des Moulins, n°35 de janvier 2011. Voir aussi le site: http:/aprovenc.perso.neuf.fr/delestic/
2. Il s’ajoutait à celui de la meule à décortiquer l’épautre et à celui du système classique, le plus répandu en Provence
3. Voir l’excellent livre de Marie Chrisostome : Lucien du Largue Histoire d’une famille de meuniers en Haute-Provence, Ed. Alpes de Lumière, Forcalquier.
4. Vue tirée de son diplôme Master 1, Université d’Avignon, 2012.

Marcel André, Amis du Moulin Délestic

Paru dans le Monde des Moulins n°42 d’octobre 2012

Catégories : Vie des associations

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