Le site des Moulins de France
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Rappel historique

Le sel est nécessaire à l’alimentation humaine et, jadis, il représentait le seul moyen de conserver les viandes et les poissons.
Actuellement, il est utilisé dans l’alimentation (sel raffiné), pour le déneigement ou, après transformation, dans l’industrie (fabrication du verre, de l’émail, savons, détergents, etc.).

Afin de s’en procurer, l’homme pouvait compter sur deux sources différentes : le sel de mer, obtenu par évaporation naturelle dans les marais salants, et le sel fossile ou sel gemme qui se trouve, dans certaines régions, en affleurement dans des mares salées ou dans des sources salées. On peut aussi le chercher dans le sous-sol par extraction directe ou par pompage.

Les fouilles archéologiques ont mis en lumière l’exploitation des salines de Lorraine depuis la Haute Antiquité. Les techniques d’extraction ont peu évolué au cours des siècles. Il est intéressant de noter que les dispositifs industriels utilisés dérivaient des techniques de pompage domestique (pompes à balancier puis à godets).
Quelques sites permettent l’extraction, par creusage, de galeries horizontales à chambres et piliers, alors que dans d’autres la nature instable du sol l’interdit.
Il faut, dans ce dernier cas, utiliser la méthode de forage de puits et injection d’eau douce afin de diluer le sel pour remonter la saumure à l’aide d’une pompe à godets ou à chapelet. La saumure est ensuite chauffée pour évapo-rer l’eau et récupérer le sel.
Le traitement de la saumure s’est d’abord fait dans des tubes en terre cuite (Du VIIIe siècle av. JC au Moyen-Âge : technique du briquetage), puis dans des poêles, vastes cuves en fer placées au-dessus d’un foyer. Ces cuves rondes ou ovales, puis rectangulaires, ont été utilisées pendant plus de mille ans. Elles étaient servies par cinq à sept ouvriers, selon leur taille, et chaque poêle était chauffée pendant 24 à 48 heures pour extraire le sel.

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*Dieuze – Coupe transversale du manège, 1752 (Archives de Vincennes)

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*Plan du puits salé, 1752 (Archives de Vincennes)

La consommation du bois de chauffage était telle que les forêts ont disparu autour des puits d’extraction. C’est ainsi qu’à Salins-les-Bains, dans le Jura, un saumoduc (Canalisation souterraine en bois) de 21 km a été construit pour acheminer la saumure à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (Construite de 1775 à 1779 et fermée en 1895).

Les poêles ont été abandonnées dans les an-nées 1950, remplacées par des évapo-cristal-lisateurs sous vide. Cette méthode industrielle est entièrement automatisée.

Dieuze

Dieuze est en Moselle, à 45 km au nord-est de Nancy, dans la vallée de la Seille.
Les salines de la vallée de la Seille, en Lor-raine, sont exploitées depuis environ 3000 ans.
Depuis le Haut Moyen-Âge, elles appar-tiennent aux établissements religieux et, au XIIe siècle, soixante-dix chapitres et abbayes les exploitent, puis elles reviennent au duc de Lorraine, avant d’appartenir au roi de France. Au XVIIIe siècle, seules les salines de Moyen-Vic, Dieuze et Château-Salins sont encore en activité (Lenattier Hélène, Le sel en Lorraine, conférence, université de Lorraine).

Le site de l’ancienne saline royale a été acquis par la commune de Dieuze en 1996. Le but était de la réhabiliter pour promouvoir le tourisme dans la région. Une partie des bâtiments était encore utilisée par la société Atofina qui a cessé ses activités d’industrie chimique en 2003. Le site ayant fortement évolué au cours de deux siècles et demi d’exploitation, il fallait choisir ce qui devait être conservé et ce qui pouvait disparaître : choix patrimonial, mais aussi choix économique !
Des bâtiments industriels, sans intérêt histo-rique, seront voués à la démolition. Les autres vont faire l’objet de restaurations à plus ou moins long terme. Ils ont été construits entre le XVIIe siècle et le début du XIXe siècle.

Le puits à sel

Le puits, élément central de la saline, fait l’objet d’une restauration prioritaire afin d’en développer le potentiel touristique.
Il est à l’intérieur d’un bâtiment couvert, reconstruit en 1803 en pierre et bois, mais dont les bases sont plus anciennes. Le bâtiment abrite aussi les machines élévatoires et le manège à chevaux. Il était ouvert sur les sept poêles qu’il alimentait (Plan de 1752). Puis des poêles supplémentaires furent ajoutées (Plan de 1760).

Le système de pompage se compose d’un chapelet hydraulique, mu par un manège à chevaux.

Le chapelet hydraulique est constitué d’une chaîne munie de rondelles en cuir cousues dans du tissu ou feutre, fixées de place en place sur la chaîne sans fin qui glisse dans un cylindre vertical dans son circuit ascendant. La saumure, maintenue entre deux rondelles, remonte alors vers la surface où elle est déversée.
En Lorraine, le diamètre des cylindres de re-montée, appelés buses, était de 12 à 13 cm. Leur longueur dépendait de la profondeur du puits mais étaient de moins de 20 m. Ces cy-lindres étaient constitués de deux demi-troncs creux, en chêne, maintenus serrés par des bandes de fer. Selon la longueur souhaitée, plusieurs ensembles pouvaient être emboîtés les uns à la suite des autres. De l’étoupe garnissait les joints, assurant leur étanchéité (Les nouvelles salines du Saulnois aux XIII e et XIV e siècles, Charles Hiegel, Annuaire de la SHAL, 1980).

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*Dieuze : Fonctionnement de l’ancien manège : Coupe des plans et machines hydrauliques du puits d’eau salée.

 

Un peu plus tard, les rondelles d’étanchéité furent abandonnées au profit d’une chaîne à godets qui transportait la saumure du fond du puits vers la surface.
Le chapelet hydraulique était entraîné par une grande roue horizontale, ou rouet, actionnée par des chevaux. Par l’intermédiaire d’une lanterne, la roue transmettait son mouvement à l’arbre autour duquel tournait le chapelet hydraulique.
Ce système exigeait que les chevaux trottent en permanence pour que le rendement soit suffisant. Les chevaux, qui s’épuisaient, de-vaient être changés toutes les deux heures.

Les chaînes, soumises à des tractions impor-tantes et un travail intensif, s’usaient et cas-saient fréquemment. Quant aux rondelles, elles perdaient leur étanchéité et devaient être changées ou réparées, ce qui bloquait fré-quemment la production.

En 1739-1740, la force hydraulique du ruis-seau proche, le Spin, fut mise à contribution pour élever la saumure dans le bâtiment de graduation où elle devait augmenter son taux de salinité. Ce système n’a pas été appliqué au puits.

* Ces trois dessins (coupe, plan, schéma de fonctionnement) nous ont été aimablement transmis par les services historiques de la mairie de Dieuze que nous remercions.

Reconstruction du manège

Pour la réhabilitation du site, la municipalité a lancé un appel d’offre public, remporté par le compagnon menuisier Gilles Somme, gérant de l’entreprise Somme, de Dieuze, qui fabrique des escaliers.
Gilles Somme, n’étant pas spécialiste en char-pente et mécanique, a fait appel au compa-gnon Erwin Schriever, gérant de l’entreprise Les Charpentiers de Troyes.
Depuis quinze ans, Les Charpentiers de Troyes ont acquis une expérience reconnue dans les travaux de restauration et reconstruction des moulins, grâce à leurs interventions sur les moulins de Valmy (Marne), Dosches (Aube), Azannes (Meuse) ou encore le moulin à eau de Courtelevant (Territoire de Belfort).

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Assemblage en atelier du manège de Dieuze. Photo Erwin Schriever

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Dieuze : Rouet monté en position sur site – Photo Erwin Schriever

 

Le travail a été scindé en plusieurs étapes :

  1. Étude des récits historiques et des plans datés de 1752, archivés à Vincennes et retrouvés par l’architecte Jacques Fabbri, chargé du dossier
  2. Création des plans de conception à l’échelle 1/10
  3. Préparation des gabarits de traçage et sélection des bois dans les scieries de la région. Les essences de bois utilisées sont : – le chêne pour l’axe, le rouet et la struc-ture – le charme pour les alluchons et la méca-nique de la lanterne
  4. Traçage d’épures au sol, en atelier, gran-deur nature
  5. Traçage et taillage des bois de construc-tion en chêne pour : – le pivot central ou arbre moteur de section 40 x 40 cm, conique sur 5 m linéaires, – la couronne cintrée avec croisures et liens de soutien
  6. L’ensemble de la structure a été assemblé et ajusté à l’envers sur l’épure.

À ce stade des travaux, une délégation de la commune de Dieuze, l’architecte et le com-pagnon Gilles Somme sont venus voir l’état d’avancement en atelier. La presse locale et la télévision étaient présentes et un intéressant reportage a été diffusé sur FR3 Nord Est en mars 2016.

Puis les travaux se sont poursuivis avec l’assemblage des 148 alluchons en charme, l’arbre de transmission horizontal de 8 m de long et sa lanterne (« bouc ») de 150 cm de diamètre équipée de 21 fuseaux en hêtre, ainsi que le tombereau plein pour recevoir sur le site la bande à godets.

Après trois mois de travail et environ 900 heures de préfabrication en atelier, les différents éléments ont été chargés pour être remontés à Dieuze (environ 300 km plus loin…).

En juin 2016, lors des Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins, la roue a été assem-blée de manière provisoire dans les ateliers de l’entreprise Somme à Dieuze et des centaines d’habitants ont pu voir et admirer cette réa-lisation. Puis des journées de visites ont été organisées pour les groupes scolaires.

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Montage de l’ensemble du manège sur site, à Dieuze, décembre 2017. Photo Gilles Somme

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Dieuze : Manège terminé sur site. Photo mairie de Dieuze 

 

Le montage définitif en place a été effectué début septembre 2016.
La roue, d’un diamètre de 8,50 m et d’un poids de 2,5 tonnes, a été installée à 4,50 m de hauteur et posée sur son pivot central dans un regard sur roulement à galets (au lieu d’une crapaudine traditionnelle).
Le mécanisme de transmission, axe, rouet, paliers et tombereau, transmet la rotation avec une multiplication de 5.
L’ensemble du dispositif, jadis entraîné par deux ou même quatre chevaux, fonctionne parfaitement et se met en mouvement très fa-cilement quand il est actionné par seulement deux personnes.
L’entreprise Somme a terminé les travaux avec la réalisation du système de captage de l’eau salée par courroie avec godets en bois et zinc, avaloir, et conduite en bois pour le transport de la saumure élevée du puits vers les bassins extérieurs d’évaporation. Ces derniers doivent faire l’objet d’un marché séparé.

Ce chantier, d’environ 1500 heures, a pu conduire à une exceptionnelle reconstitution grâce à une parfaite cohésion de travail entre les menuisiers de l’entreprise Somme et les charpentiers des Charpentiers de Troyes.

Une muséographie attractive et moderne accompagne le visiteur.

 

Catherine Tartre
et Erwin Schriever, Administrateur FDMF

Paru dans le Monde des Moulins n°67 de janvier 2019

Catégories : Technique

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