Le site des Moulins de France
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Ce sont quelques 1 300 kms qui séparent le Moulin à scier de LEICHENDAM (30 kms Nord de ROTTERDAM « La Salamandre » de sa maquette réalisée au 1/30 à PEYRIAC DE MER aux environs de NARBONNE. La construction du moulin Hollandais remonte à l’année 1719.
Cette réalisation fait suite à deux autres maquettes, édifi ées antérieurement et sensiblement à la même échelle d’un Moulin Pivot (celui de HONSCHOTTE Nord Pas de Calais) et celui de MOUSSARON aux environs de CONDOM en Gascogne ce dernier équipé d’ailes Berton, équipement rarissime au Sud de la Garonne.
La réalisation de cette maquette a été entreprise pour compléter la gamme de ce que les moulins à vent pouvaient faire. Cela n’est nullement une fi n, car il existe quantités de moulins à vent à destination particulière
qui peuvent être encore représentés, mais les trois types précédents en sont les plus caractéristiques et les plus représentatifs. Ce type de moulin à scier très répandu en Hollande, était par contre totalement inconnu
en France. L’histoire parle de trois moulins à scier que les Armées de la République auraient rapportées de ce pays pour les installer en France.Malheureusement, ils ne fi rent pas école et ne servirent pratiquement à rien, ayant été accidentés, incendiés ou détruits avant emploi.

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Moulins de Honschotte et de Moussaron – photo G. Ducruc

D’ou l’envie de réaliser une maquette de ce type de moulin. Mais pourquoi par contre ce type de moulin existe-t-il en Hollande et pas en France? Alors que son emploi eut été fort utile dans notre pays, quand on pense au nombre de scieurs de long employés pour débiter planches et madriers de toutes sortes. A titre indicatif et pour avoir un ordre de grandeur, la construction d’un vaisseau de Ligne de 76 canons par exemple, nécessitait emploi de 2 000 chênes, une petite forêt. On reste confondu devant autant d’activité de sciage à bras et de déboisement, d’autant plus que ce personnel après de nombreuses années passées à ces emplois devenait totalement inaptes à quelque autre métier, d’où les bagnes de Brest, de Rochefort, de Toulon, ce qui ne changeait rien au problème humain.

Question renouvelée ? Pourquoi ce type de moulin se rencontre-t-il presque uniquement dans ce pays? Si l’on se réfère aux principales dates qui ornent comme un trophée les diverses inscriptions établies lors de leur construction, on trouve 1719 et 1723 c’est à dire tout au début du XVIIème siècle. Toutefois il est possible sur le plan historique (l’époque considérée n’étant pas tellement éloignée) d’établir quelques rapprochements. Les Pays-Bas à l’activité commerciale très importante, étaient axés pour soutenir fortement cette dernière vers les échanges internationaux, qu’ils partageaient largement avec leurs concurrents directs, les Anglais. Ces
deux pays pratiquement insulaires avaient dû réaliser une marine, épine dorsale de leur commerce.

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Moulin La Salamandre de Leichendam – photo G. Ducruc

On sait que les Pays Baltes et la Scandinavie fournissaient l’Angleterre en bois de construction qui n’avaient nulle envie de voir partager cette source d’approvisionnements, d’où des confl its divers en Baltique et Mer du Nord. Les Pays-Bas se trouvaient forcés pour satisfaire à leur nécessité de constructions navales indispensables à leur commerce de chercher ailleurs un autre fournisseur leur pénurie nationale en ce domaine leur en faisant une obligation.
L’Allemagne leur voisine par contre disposait en grand nombre des arbres indispensables. Les restes de la forêt hercynienne en particulier étaient tout indiqués, mais il fallait les transporter. D’où mise en route d’un très vieux système de transport, j’ai nommé le fl ottage, qui par les rivières allemandes Neckar, Mein et le Rhin ensuite, bénéfi ciant en outre du courant porteur indispensable, leur acheminement vers les Pays-Bas était résolu au mieux.
Le Moulin « La Salamandre » représenté par la maquette tout comme celui de ROTTERDAM se situe en bordure d’un plan d’eau où le fl ottage prenait fi n. La matière était là sans problème guerrier à résoudre ; restait à l’employer.

La force motrice était disponible, déjà depuis bien longtemps où le Dieu Eole participait fortement par l’intermédiaire de la machinerie des moulins à vent à l’assainissement des sols spongieux.

Quoi de plus normal que leur utilité pour ce nouveau genre de labeur germé dans l’esprit des intéressés. Il suffi sait de reprendre le mouvement des scieurs de long, l’embiellage était né, tout le reste n’était plus qu’affaire d’astuces diverses mises en pratique.
Bien sûr actuellement, la simplicité de tout cela ne nous interroge guère, mais il convient de raisonner avec des cerveaux du XVIIème siècle. Il m’est arrivé lors de la reproduction miniaturisée de tous ces systèmes ingénieux de communier fortement avec leur inventeur des siècles passés.
La partie construction de la maquette a duré une bonne année, qui aurait pu être fortement réduite, si j’avais pu disposer en son temps des renseignements absolument indispensables pour la réalisation de la partie technique.
Tout d’abord trouver en Hollande l’organisme idoine pour m’envoyer quelques plans. Après quelques tâtonnements de trois mois avec l’Agence de Sauvetage du Patrimoine, les plans d’un moulin à scier qui ne comportait que les données chiffrées, mais uniquement de sa constitution extérieure, me sont parvenus. N’écoutant que mon envie de progresser, je réalise tout de même la partie haute de l’embiellage. Par chance c’est ce qui existait réellement. Il est vrai que cette transformation de mouvement à cet endroit du moulin ne laissait pas grande place à toute autre formule (j’étais moi aussi ramené au XVIIème siècle). C’était encourageant, sauf bien sûr que mon oeuvre était en bronze au lieu d’être en bois. Mais tout cela, je ne l’ai su qu’après coup. J’étais bloqué quand quelques amis du Monde des Moulins ayant fait un voyage aux Pays-Bas ont bien voulu me communiquer quelques photos prises sur le vif. Mais ces braves gens qui ignoraient mon existence à cette époque et partant mon problème, n’avaient pas particulièrement ciblées leurs photos sur les points qui m’auraient intéressé. C’était mieux que rien mais bien insuffi sant pour les détails de conception et de montage et bien entendu je piaffais en essayant de m’en sortir par le biais. J’ai réalisé un système d’entrainement du chariot, qui s’est révélé partiellement exactpar la suite. Mais je butais toujours sur le grand système de translation du chariot où une photo mal interprétée avait eu le malheur de m’aiguiller sur une fausse piste.

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Détail du Moulin de La Salamandre – photo G. Ducruc

Tout s’est débloqué par l’arrivée dans le circuit d’un brave et compétent meunier bénévole hollandais s’exprimant et écrivant assez bien en français.
Ce brave meunier s’est donné la peine à l’aide de croquis fort bien faits de me fournir les détails de montage et de fonctionnement exacts. Mais j’avais bouclé mon travail et 1’entraînement du chariot se faisait à l’aide d’un treuil au lieu d’une crémaillère, seule différence notable de ma maquette avec la réalité existante dans ce moulin. Mais depuis j’ai tout de même eu la satisfaction de constater que mon entraînement par treuil existait également.
Après ces nombreuses péripéties en cours de fabrication, je possède aujourd’hui un savoir sans faille sur tout ce qui touche aux moulins à scier Hollandais, qui méritent par toutes les astuces mises en avant, un grand intérêt sur le plan mécanique et de gymnastique intellectuelle.
La maquette fonctionne bien et est très représentative de la réalité ; c’était le but à atteindre.

Gérard Ducruc – Article paru dans le Monde des Moulins – N°23 – janvier 2008

Catégories : Technique

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