Le site des Moulins de France
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Au pays d’un vin réputé grâce à l’ensoleillement du midi et ses collines parfaitement adaptées à un vignoble de qualité, une rivière a tracé son passage depuis les flancs du pic de Bugarach, sommet des Corbières pour se jeter dans l’Aude. C’est l’Orbieu qui, avec ses affluents aux consonances méridionales, “la Madourneille” et “l’Alzou”, a fait tourner plus d’une dizaine de moulins. Celui de Boyssède, le dernier à fonctionner nous est raconté par son propriétaire, Mr Poudou, producteur de miel qui par ses recherches approfondies sur les moulins et la vie dans ce bassin, nous a fait partager le plaisir de découvrir cette région. Le moulin serait contemporain de l’abbaye de Sainte-Marie d’Orbieu à Lagrasse à la fin du VIIIème siècle. Charlemagne en personne aurait donné cet emplacement à l’architecte Robert son “Magister Lapidorum” pour y construire un moulin. Dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale “Gesta Caroli Magni”, l’histoire fabuleuse de la fondation du monastère (par Charlemagne) nous est racontée dont une version en langue romane : “Avec l’aide de la grâce de Dieu, nous finirons la construction mais que par votre bonté, Seigneur, soit donné un lieu où on puisse faire un moulin – Où voulez-vous, dit Charles ? – Seigneur, dit Robert, à Bouyssède…” Au cours des siècles, le moulin servit à l’abbaye et aux habitants de la région avec des fortunes diverses mais sans jamais cesser de fonctionner.

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Meule à huile au moulin de Boyssède – photo S. Mary

Dans les années 1870, il fut transformé de moulin farinier en usine à plâtre. En 1919, Eugène Poudou et son épouse Henriette Marty s’y installèrent pour construire des récepteurs radio pour capter les premières  missions de la Tour Eiffel sur Grandes Ondes (3000m). Puis en 1947, profitant de la riche flore des garrigues et des maquis des Corbières et de la proximité des Pyrénées, leurs enfants transforment le rucher familial en exploitation professionnelle. La transhumance des ruches permet d’obtenir des miels d’une variété exceptionnelle.
Quant au moulin, il tourne toujours grâce à sa turbine pour la fabrication d’huile d’olive à l’échelle familiale et la production d’électricité. Pourtant il a subi bien des inondations. Le débit de ces rivières peut être multiplié par quatre-cent en quelques heures. En 1970, la crue atteignait sept mètres au moulin de Boyssède. Le 6 décembre 1996, il fallut déposer l’alternateur et l’amener à l’étage avec les objets précieux. Une montée de plus de deux mètres en dix minutes ne laissa pas le temps de déménager la miellerie et inonda les stocks de miel, les confiseries, le matériel d’extraction et deux véhicules. C’était la plus forte crue depuis 1891. La remise en état du moulin et de ses annexes s’est finalement réalisée au prix de soixante-dix jours de travail. Ces épisodes illustrent la violence et le danger des cours d’eau du versant méditerranéen. “Es pas temps qui ne tourne”, il n’est pas de situation qui ne revienne, ce qui n’empêche pas de profiter de cette charmante rivière peuplée d’excellents poissons et de “mitounes”, ces mystérieuses fées lavandières.

Henri-Jean Poudou – Article paru dans le Monde des Moulins – N°18 – octobre 2006

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