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Niché à proximité d’un étang de 10 hectares dans la forêt de Paimpont, plus connue sous le nom de forêt de Brocéliande, les forges de Paimpont se refont une beauté depuis 2005, date à laquelle de grands travaux de nettoyage et de restauration ont débuté sur l’ancien site industriel. L’ensemble des bâtiments, inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 2001, a retrouvé une partie de sa splendeur grâce au travail acharné du propriétaire actuel, Patrick de la Paumélière, appuyé par le concours de l’État, la Région Bretagne et le Conseil Général d’Ille et Vilaine.

Fondé dans les années 1650 par Jacques de Farcy et François d’Andigné, cet ancien site industriel a été le poumon économique local pendant près de trois siècles au cours desquels lamineurs, fondeurs, souffl etiers
menuisiers, puddlers ont fait fonctionner les machines de l’usine du fer.

Plusieurs facteurs déterminants ont favorisé l’implantation d’un ensemble aussi important dans la forêt de Brocéliande. L’eau est l’élément moteur qui permettait d’actionner les roues à aubes, lesquelles faisaient fonctionner les souffl ets des hauts-fourneaux, les martinets de l’affi – nerie ou encore les cylindres du laminoir. L’étang des forges, adossé au village, recueillait l’eau nécessaire au bon fonctionnement et représente encore aujourd’hui le point de chute d’un ensemble de sept étangs répartis dans la forêt.
Le deuxième élément indispensable est le minerai de fer présent dans différentes mines à ciel ouvert réparties elles-aussi dans la forêt, devenues aujourd’hui des étangs.
Enfi n, le troisième élément est le charbon de bois, nécessaire à l’alimentation des hauts-fourneaux (10 000 cordes de bois par an !).

Les forges de Paimpont produisaient fi n XVIIIème siècle environ 500 tonnes de fonte et 360 tonnes de fer. Elles ont même fourni, dans les années 1779, des armes pour la guerre d’indépendance des Etats- Unis ! Le XVIIIème siècle voit aussi l’édifi cation des logements ouvriers ainsi que la maison du Maître de Forges, laquelle surplombe encore aujourd’hui les forges devenues maintenant silencieuses.
Au XIXème siècle, les propriétaires des forges entament une phase de modernisation rendue inéluctable face à la concurrence du fer anglais. En résulte la construction de deux hauts-fourneaux datés de 1832 et 1842, d’une fonderie avec un four à puddler et d’un laminoir en 1831 également équipé de cette même technique venue d’Angleterre. La production est alors à son apogée entre 1846 et 1856, avec 1 500 tonnes de fonte et 1 000 de fer !
L’arrivée du chemin de fer en Bretagne explique cette intense période de production. Il y aura jusqu’à 450 personnes à s’activer dans cette fourmilière métallurgique. 60 ouvriers sédentaires qualifi és travaillent dans les bâtiments principaux de l’usine, tandis que la plus grande partie de la population ouvrière se répartit dans la forêt entre les charbonniers, mineurs et bûcherons.
Les hauts-fourneaux vont s’arrêter une première fois en 1866 en raison du traité de libre échange avec l’Angleterre. Ils reprendront leur activité en 1872 pour s’arrêter défi nitivement en 1884. Le laminoir et la fonderie conserveront une activité avec l’atelier de construction mécanique et agricole « Edet » qui fonctionnera de 1900 à 1954. Les forges ne produisent désormais plus de fonte et de fer, mais réalisent principalement chaudières, vis de pressoirs, machines agricoles… De 1954 aux années 2000, la partie industrielle des Forges est mise à l’écart, certains bâtiments tombent en ruine, comme le laminoir et la fonderie, tandis que
d’autres disparaissent à jamais comme l’affinerie…

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Vue sur la digue de l’ouverture qui alimentait en eau la roue pour les souffl ets des hauts-fourneaux. Photo Matthias Müller

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Vue intérieure du laminoir restauré. Photo Sarah Müller

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Vue sur la maison du Maître de Forges jouxtant les maisons ouvrières. Photo Sarah Müller

C’est à partir de 2005 qu’un énorme travail de valorisation et de nettoyage débute. Le laminoir se reconstruit petit à petit et renaît sous les conseils avisés des Architectes des Bâtiments de France. Les murs sont remontés à la chaux en respectant l’alternance et l’ordonnance de grès et de schiste.
La charpente chevillée, en chêne, est assemblée de façon traditionnelle selon les plans conservés aux Archives Nationales de Paris. La toiture est recouverte d’ardoises épaisses, posées aux clous en cuivre. Un parquet en chêne a été posé au sol.
Tous ces éléments redonnent une majesté à l’ensemble et confèrent au bâtiment son aspect initial, proche d’une architecture religieuse, en raison de la présence de colonnes en fonte d’origine, séparant l’espace intérieur en deux.

Ne disposant plus de machines d’origine dans les anciennes forges, le laminoir ainsi restauré va changer maintenant de destination en devenant salle d’expositions, de réceptions ou de concerts. La digue est, de son côté, en voie de restauration et la vanne de fond a pu être réouverte récemment. Cette dernière servait à alimenter les roues à aubes permettant le fonctionnement de deux martinets dans l’affi – nerie. Le propriétaire a en projet de produire de l’électricité grâce à la force motrice générée par cette eau.

Le potentiel naturel, en abondance dans la forêt et qui a permis l’installation de ces forges, n’est plus exploité. La valorisation et la mise en valeur de ce patrimoine industriel avec les visites et la restauration, permettent de faire revivre ces lieux et de se remémorer les échanges autrefois intenses avec la forêt de Paimpont. Les martinets et hauts-fourneaux se sont tus depuis plus d’un siècle, mais un dialogue avec les vieilles pierres s’est désormais installé.

Les forges de Paimpont sont ouvertes aux visites depuis 2005. Deux façons distinctes permettent de mieux appréhender ce patrimoine, la visite guidée ou le parcours découverte. Nous accueillons les visiteurs individuels, les groupes, les scolaires de février à novembre.

Article paru dans le Monde des Moulins – N°37 – juillet 2011

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