Le site des Moulins de France
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On peut évoquer les moulins sous de multiples aspects : origine, utilisation, implantation, historique, recherche sur les bois et origine des meules… mais aussi contexte humain. Claude Rivals, professeur à l’Université Jean Jaurès, a remarquablement traité ce sujet, ainsi que Huguette et Jean Bézian, qui ont recueilli des milliers de souvenirs sur les moulins du Lauragais.

Dessin de Jean-François Bariteaud (2019)

Le moulin pour parler de tout

Le moulin, c’est la maison du Bon Dieu, où tout le monde rentre. On avait tout le temps d’attendre que la farine soit faite. On allait au moulin pour les nouvelles.
Comme tous les gens de la campagne, le meunier se préoccupait de la pluie et du beau temps, un météorologue sans instrument.
Une école de Lombez avait amené avec elle des personnes d’une maison de retraite pour visiter le Moulin de St-Lys. Il faisait beau. Un début de vent d’autan avait éclairci l’atmosphère et on voyait la chaîne des Pyrénées. Devant la tablée, je déclamais le proverbe classique de la région « mountagnos claros, Bordeous obscur… » et je m’arrêtais pour savoir si quelqu’un connaissait la suite. D’une voix puissante, l’un des retraités a terminé « plego de sigur »
(la pluie à coup sûr) !

Tributaires du vent, les meuniers sont attentifs au climat, en orientant le toit, en mettant les voiles et en contrôlant les caprices du vent en réglant l’écartement des meules.
Les moulins à eau ont d’autres problèmes. Les inondations peuvent emporter les barrages. Celui de Lamasquère, près de St-Lys, a fort bien résisté à la dernière inondation du Touch. Par contre, la sécheresse a été telle en 1741 que le Gers, à Auch, a été à sec pendant plusieurs mois. Pour alimenter la ville, les meuniers ont dû porter leur blé à moudre au Moulin du Bazacle, à Toulouse, où la Garonne coulait encore. Même les séminaristes ont été renvoyés dans leurs familles faute de pain !

Le Moulin de St-Lys pendant l’occupation allemande

Un jeune visiteur s’étonnait de la présence des Allemands pendant la guerre (39-45). En 1942, la « zone libre » a été occupée, et en avril-mai 1944, une batterie allemande a stationné avec ses trente-neuf officiers et sous-officiers répartis dans le village. Tout était réquisitionné et envoyé en Allemagne. Il était interdit de faire marcher le moulin. On cachait dans un buisson son sac de blé le soir, le meunier faisait fonctionner le moulin la nuit et on venait récupérer son sac de farine le lendemain matin.
Les réquisitions étaient sévères et effectuées par un ancien gendarme des bagnes de Nouvelle-Calédonie, qu’on appelait le cafre pour cela. Il avait accepté cette sale besogne. Alors, des gars, dont certains étaient du maquis voisin, avaient installé une pierre suspendue à sa porte, tirée par une ficelle à distance. Une nuit, lorsqu’il sortit, il reçut un seau d’excréments… et bien des carreaux de son grenier ont été cassés à coup de fronde.

Le Moulin de la Jalousie, un moulin à vent contesté

St-Lys a été le lieu d’un procès mémorable. En 1856, Antoine Dalies, garçon meunier, a demandé l’autorisation de construire un moulin. Le propriétaire voisin, arguant de la proximité de ses terres (12 m), a porté plainte pour empêcher le projet. Il interdisait même aux gens de passer dans ses champs. Les choses se sont envenimées. Cependant, l’autorisation administrative de construire a bien été donnée et alors le moulin a été appelé « Moulin de la Jalousie ». Il a fonctionné de 1856 jusqu’à sa démolition en 1886.

Les accidents aux moulins

Dans nos régions, les moulins existent depuis des temps immémoriaux. À St-Lys, sont cités au XIIe siècle, deux moulins à eau sur l’Aiguebelle et le Touch, et le droit de construire plusieurs moulins à vent au XIIIe siècle. Ces puissantes machines qui maîtrisaient les éléments ont provoqué de graves accidents.
À Lunan (Lot), le meunier, qui avait réussi à restaurer le vieux moulin à vent, a glissé sur les barreaux à 5 m de haut, et s’est brisé les chevilles.
Les extrémités des ailes qui passent au ras du sol à plus de 50 km/h ont provoqué de multiples accidents.
À l’intérieur, les engrenages en bois sont dangereux. Claude Rivals raconte que la blouse du meunier du Moulin de Nailloux (Haute-Garonne) s’est accrochée au rouet, provoquant sa mort.

Bien documenté est le cas du déplacement du Moulin à vent de St-Lys.
C’est ainsi qu’en 1870, les ailes du moulin de Bernard Bélard, qui se trouvait très près de la route principale très fréquentée (200 passages par jour Toulouse-Tarbes), ont effrayé les chevaux d’une diligence en tournant, et une voyageuse a été tuée. Il a fallu attendre plusieurs années de procédures pour qu’en 1884, le maire demande au préfet de faire démolir le moulin. Le meunier a alors décidé de le démonter brique à brique et de le reconstruire là où il se trouve actuellement (à environ
500 m de cette route). Six mois ont été nécessaires pour le transport avec une charrette. On raconte que Germaine, sa fille, conduisait le cheval tout en confectionnant une couverture qu’elle a ainsi terminée.

Le sous-préfet et le moulin actuel de St-Lys

En 1994, le maire de St-Lys, Jacques Troyes, a obtenu la donation à la commune de la ruine du moulin par Marcel Bonnemaison, petit-fils du dernier meunier. Aussitôt, nous avons créé une association de sauvegarde et le moulin a été restauré.
Grâce à l’intervention gratuite de l’Association pour la formation permanente des adultes (AFPA) sous la direction du compagnon charpentier Joseph Lescot, le moulin était prêt à fonctionner mais la tour, fendue du haut en bas, aurait pu s’écrouler. Le maire nous a alors téléphoné : « j’ai sollicité une aide de l’Etat auprès du sous-préfet, pour financer une extension du cimetière. Le sous-préfet m’a répondu : vous feriez mieux de demander une aide pour consolider la tour du moulin. Les morts peuvent attendre ! ».
Nous avons vite fourni un devis. Le temps a passé jusqu’à ce qu’on soit informé que la promesse de subvention de l’État était annulée… J’ai alors demandé audience au sous-préfet. Son chef de cabinet m’a reçu et je lui ai dit: « Le refus de tenir la promesse est inadmissible de la part d’un fonctionnaire d’autorité. Ayant la responsabilité à l’Université de plus de 5000 étudiants et 500 membres du personnel, j’ai toujours tenu parole ! » Quelques jours après, les crédits étaient débloqués. Une entreprise a restauré la tour en insérant cinq ceintures d’acier cachées entre les briques foraines et, en 1999, on inaugurait l’ouverture du moulin au public, en présence du sous-
préfet.

L’étude des moulins est un domaine inépuisable et passionnant. Actuellement, il est nécessaire de préserver ce patrimoine en le restaurant et en le faisant vivre. C’est ce que notre association cherche à faire.

NDLR : Voir aussi : dans ce numéro p 32 , l’accident de Benjamin Tourvieille ; et dans le MdM n° 71 (p 18-3e col), l’accident survenu à la femme du meunier de Sachas.

Michel Sicard

Article publié dans le Monde des Moulins n° 73 de juillet 2020

Catégories : Histoire

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