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Le 7 mars 2020, une foule d’amis ont eu le plaisir de participer à une agréable réception : Michel et Jean-Claude Médale, les deux meuniers du Moulin de Barrau, à Montesquieu-Volvestre, entourés de leur famille, partaient à la retraite !

Famille et amis réunis autour de Michel et Jean-Claude. Cliché coll. Médale

Quitter leur cher moulin après tant d’années… cela aurait pu être triste… mais non ! Guillaume Lainé et sa maman Isabelle étaient là pour prendre la relève, avec de grandes ambitions pour ce vénérable moulin. Après quelques travaux devenus indispensables, ils vont pouvoir continuer et développer la production du moulin, avec une orientation totalement Bio. Michel et Jean-Claude Médale ont toute confiance en leurs successeurs et pourront vivre leur retraite en toute sérénité.

Les deux frères Médale, inséparables, dans leur moulin : Jean-Claude (à gauche) et Michel (à droite). Cliché Michel Lajoie-Mazenc (2017)

Pour leur rendre hommage, Patrick Lemasle, maire de Montesquieu-Volvestre, a retracé l’histoire du moulin, qui est aussi leur histoire. À chacun d’eux, il a remis le Diplôme et la Médaille d’Or de la Meunerie Française ainsi que la Médaille de la Ville de Montesquieu-Volvestre : récompenses bien méritées !

De gauche à droite : Claire Giamarchi-Médale , Jean-Claude Médale, Michel Médale, Guillaume Lainé, Isabelle Lainé. Cliché coll. Médale

Merci à Michel et à Jean-Claude Médale, fidèles adhérents de l’Association Régionale des Amis des Moulins du Midi Toulousain, pour le savoir-faire qu’ils ont si bien partagé et pour l’enthousiasme qu’ils ont su communiquer à tous ceux qui sont venus les rencontrer dans leur moulin.

Claudine et Michel Lajoie-Mazenc
(ARAM-MT)

Médaille de la Ville de Montesqieu-Volvestre. Cliché coll. Médale

Médaille d’Or de la Meunerie Française. Médale

Discours de Patrick Lemasle, maire de Montesquieu-Volvestre, prononcé au Moulin de Barrau le 7 mars 2020

Depuis plus de cinq siècles, un moulin à eau tourne sans relâche à Montesquieu-Volvestre. C’est le Moulin de Barrau, assis sur la rivière Arize. Naturellement, des transformations ont été apportées au cours des siècles, mais le moulin a conservé suffisamment de ses caractères initiaux pour que le visiteur comprenne le travail des meuniers d’antan.
Selon les reconnaissances rédigées par le juge de Rieux en 1450 et 1668, il existait au moins trois moulins à Montesquieu :

  • le Moulin dit de la Ville, dans l’Isle de la Mole,
  • le moulin, situé à la sortie est de la ville, appelé Moulin de Tucha, de Gargante ou de Palays
  • le moulin, situé à la sortie ouest, appelé “Moulin du cimetière”, puis “Moulin de Barrau”. Deux autres moulins furent construits à la même époque, le Moulin de Goueytes et celui de la Molasse. Au début du 19e siècle apparurent les moulins de Titet et celui d’Ebra. Seul le Moulin de Barrau est encore en activité.

Un document daté de 1405 fait penser que les premiers moulins appartenaient totalement au roi. Ce texte nous apprend qu’ils sont, à l’époque, dans un état déplorable. L’état des finances royales ne permettait pas d’entreprendre les réparations nécessaires. Les trois moulins sont alors baillés à la communauté contre le versement d’un impôt annuel. La communauté de Montesquieu, qui connaissait également des difficultés financières, fut conduite à céder tout ou partie des revenus de ces moulins. Pour le Moulin de Barrau, la famille Oudinot de Barrau semble avoir acquis, dès le milieu du 15e siècle, les deux tiers des revenus de ce moulin, l’autre tiers restant à la communauté. Les démêlés entre la communauté et les Barrau étaient fréquents, chaque copropriétaire cherchant à réduire sa participation aux charges d’entretien et de réparations.

Aquarelle : Le Moulin de Barrau par Philippe Lombard (Livret “Moulin de Barrau”). Cf aussi la photo 4e de couverture

La famille Oudinot de Barrau était l’une des plus anciennes de Montesquieu. Elle figure au censier de 1385. En 1557, Noble Oudinot de Barrau était seigneur de Goueytes et de Goutevernisse. Un Barrau fut curé de la paroisse et fit don à la ville de Montesquieu d’un bois de vingt hectares situé dans le vallon de Laloubère, à l’usage des pauvres. On peut comprendre ainsi que le nom de Barrau ait pu demeurer si longtemps associé à ce moulin. La famille disparaît des archives dès la fin du 16e siècle.

À partir du 17e siècle, c’est la famille d’Escat, la plus opulente de la paroisse, qui devient la principale bénéficiaire de la rente du moulin. La communauté, avec deux autres bourgeois, bénéficie de parts plus modestes. Ils cèdent le moulin à bail à des meuniers de profession. Les baux à ferme, passés devant notaire, indiquent que, pour le 18e siècle, les deux tiers des revenus vont à la famille d’Escat.

Au cours de la révolution, la propriété du moulin est acquise par la famille Chourre, bourgeois importants de la ville qui possèdent en outre Bellefont et la Trinité. La suppression des droits seigneuriaux ne bénéficie pas à la collectivité, mais aux possesseurs de revenus immobiliers.
Les troubles révolutionnaires conduisent à des difficultés d’ordre économique et financier. Les campagnes sont réticentes à livrer aux villes les produits alimentaires dont elles craignent de manquer. À cette époque, le district de Toulouse dépendait, pour son approvisionnement en grains, des districts voisins.

Les communautés agricoles entravaient continuellement l’exécution des réquisitions. Sous le Directoire, on assistera, à Montesquieu-Volvestre, à des formes d’opposition violentes. Pendant l’hiver de 1799, un soulèvement de femmes parvient à empêcher un transport de blé sur Toulouse. Au cours de l’été 1800, une émeute populaire, devant le Moulin de Barrau, oblige à décharger les charrettes qui partaient conduire des sacs de farine vers Toulouse.

Le nombre de propriétaires est peu élevé au cours des deux derniers siècles. L’héritage des Chourre est transmis à la fille qui se marie à Pierre Danglade vers 1840. L’héritage reste dans la famille Danglade jusqu’en 1918, où le moulin est acheté par Louis Castet, dit “Farine”, célèbre dans les annales locales et initiateur du rugby à Montesquieu. De la famille Castet-Labatut, le moulin passe, en 1969, à la famille Médale qui en assurait la gérance depuis 1957.

« La chaussée est constituée de pieux en cœur de chêne, fortement forés à leur extrémité et “plantés dans le terrain vif à force de mail jusqu’à refus” », par P. Lombard (Livret “Moulin de Barrau”)

Le moulin est bâti sur l’une des rares lentilles de marne résistante qui affleure le lit de la rivière et permet une construction solide. Le premier édifice s’élevait probablement sur des pilotis de chêne comme la chaussée. Vers le 15e siècle furent maçonnés les cinq arceaux de briques de dix mètres de portée qui supportent le bâtiment actuel. La construction la plus ancienne ne comportait qu’un niveau et le toit affleurait la route. Au milieu du 19e siècle, on construisit un étage, puis un second vers 1920.

Les roues sont de type horizontal pour mieux utiliser le courant de la rivière, et fonctionnent par paires. Les meules sont au nombre de deux par axe de rotation. Les meules du Moulin de Barrau sont en sorte de meulière compacte, très riche en silex. Chaque paire de meules est baptisée, sans qu’on sache de quelle époque date cet usage. Les deux trémies du Moulin de Barrau portent les noms de Sainte-Marie et Saint-Joseph.

L’ensemble des meules Ste Marie (à gauche) et St Joseph (à droite). Cliché M. Lajoie-Mazenc

On est meunier de père en fils depuis quatre générations chez les Médale. Leur grand-père était meunier près de Gaillac, dans le Tarn. Leur père était meunier à Gaillac, où ils sont nés, Michel, en 1938, et Jean-Claude, en 1942. C’est la reprise par son propriétaire du Moulin de Gaillac qui mène la famille Médale à Montesquieu. Après avoir appris le métier de meunier à l’école de Melun, ainsi que dans de nombreux stages dans divers moulins, Michel et Jean-Claude rejoignent leur père pour produire une si bonne farine sur ce site, depuis 1957. Leurs clients étaient d’abord les boulangers. Puis la production de farine s’est tournée vers les particuliers avec les farines bio et spéciales, comme le sarrasin et l’épeautre. Dans le bruit des meules, des courroies et des tamis, ils ont proposé des farines de très haute qualité, notamment celles fabriquées à la meule de pierre.

Au premier plan, l’un des appareils à cylindre. Cliché M. Lajoie-Mazenc

Les transmissions par poulies et courroies.
Cliché M. Lajoie-Mazenc

Une autre de leurs grandes qualités, c’est la volonté de faire partager leur savoir et de permettre les visites de ce moulin, qui fait partie des richesses de notre patrimoine. Des personnalités ont eu la chance de découvrir le Moulin de Barrau. Je n’en citerai que deux : Lionel Jospin, Premier Ministre, qui a été émerveillé par cette visite, et Claude Nougaro, qui était venu chercher dans les bruits étonnants de ce moulin des inspirations pour ses nouvelles musiques. Les frères Médale ont toujours eu à cœur d’expliquer le fonctionnement de leur moulin aux enfants, aux adultes et à tous les amateurs du patrimoine.
Michel et Jean-Claude ont longtemps espéré que Pascal (gendre de Michel) prendrait la relève pour qu’ensuite, un des petits-enfants, à son tour, devienne meunier. Mais ce n’est pas comme cela que s’écrira la suite de l’histoire du Moulin de Barrau, et nous avons le plaisir d’accueillir, pour poursuivre l’aventure, un jeune passionné en la personne de Guillaume Lainé.

Pour conclure, j’aurais pu terminer par le poème « Le moulin et ses farines »
« Heureux est le meunier
Qui vit dans son moulin
Qui fait de la farine
Du soir jusqu’au matin »

Mais j’ai beaucoup aimé les écrits d’Henri Ménard et d’Élie Abeille. Je les ai adaptés à cette journée : « Dans le chuintement feutré des courroies du Moulin de Barrau, les frères Médale ont perpétué, avec intelligence et amour, les gestes transmis par des générations de meuniers. Ils ont dû, bien sûr, s’adapter aux techniques nouvelles. Mais ils ont soigné les meules de silex auxquelles de plus en plus de personnes, empreintes de sagesse, demandent une farine bonne et pure, seule capable de donner un pain qui soit à lui seul une nourriture. »

Pour toutes ces raisons, j’ai l’honneur de vous remettre, à chacun, la médaille d’or de la Meunerie française, accompagnée de la médaille de la ville de Montesquieu-Volvestre.
Je vous souhaite, au nom de la municipalité et avec l’ensemble de nos concitoyens, une longue et paisible retraite, et je renouvelle mes mots de bienvenue à Guillaume Lainé.

Patrick Lemasle remet la Médaille d’Or de la Meunerie Française. Cliché coll. Médale

Patrick Lemasle,
maire de Montesquieu-Volvestre

Article publié dans le Monde des Moulins n° 73 de juillet 2020

Catégories : Vie des associations

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