Le site des Moulins de France
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Ce poète grec vivait à Salonique à la fin du premier siècle avant J.C. Il découvre au hasard d’une promenade, le long d’un ruisseau, un bâtiment étrange qu’il inspecte avec soin. L’eau du ruisseau est amenée par une conduite en bois audessus d’une roue qu’elle fait tourner lentement mais très régulièrement. Cette roue est solidaire d’un arbre qui entraîne une meule. Antipatros nous livre une réflexion suivie d’un commentaire didactique :

antipater
Dessin Yves Roques

“ …Vous, femmes chargées de broyer le grain,
Arrêtez le travail que vos mains font à la meule…
Dormez plus longuement, même si la voix des coqs annonce l’aurore.
Cérès a ordonné aux Naïades d’accomplir votre tâche…
Elles s’élancent sur la roue faisant tourner l’arbre grâce aux rayons mouvants et celui-ci fait tourner la masse concave des pierres meulières de Nisyros..
Nous jouissons de nouveau de la vie d’autrefois puisque nous apprenons à manger les produits des dieux sans avoir à y travailler…” (traduction du Professeur Rudhardt).

Bien entendu, laissant à l’image poétique la description simpliste du mécanisme, nous n’apercevrons pas Cérès, déesse des moissons et nous accepterons que les naïades soient le flux de l’eau qui coule.
D’ailleurs Vituve, ingénieur et auteur romain ( environ 30 ans avant J.C.) fait de ce mécanisme des moulins une description moins sommaire et plus technique. Mais hormis le balancement des vers, celle d’Antipatros, plus musicale que technique, suffit.
A. Gaucheron, dans une étude sur le système, décrit un type de moulin analogue très répandu en Grèce et dans tout le bassin méditerranéen. Il lui suffit de très peu de courant et de débit. En bois, manié à la main, il est encore employé en Afrique, en Inde et en Amérique du Sud. Avec un bras de manivelle, il fut fabriqué par un certain Hamon en France, en Normandie et en Bretagne, dès 1750 et survécu jusqu’en 1945.

Moulins grecs, moulins latins, avaient des ressemblances mais définies d’une autre façon et l’on sait que les moulins de Chine existaient à la même époque (environ 30 à 20 ans avant J.C.). La noria ou roue qui élève l’eau, perdure encore en Afrique, avec des godets de bois ou de terre . C. Rivals se pencha sur nos moulins et voyagea en Europe, rapportant des images et des croquis magnifiques. Auparavant, H.A.Webster avait fait de même et ses aquarelles ravissent les amateurs. De très nombreux clichés montraient le meunier et sa famille sur leur lieu de travail. Mumford en 1967 fit éditer “Développement des techniques et des hommes” avec un grand nombre de textes illustrés de plans techniques. Rivals étudia les moulins “extraordinaires”, ceux dont on parle peu. Par exemple, grâce à la recherche de très vieilles gravures et photos, il fit un rapport précis sur les moulins pendants (sous les ponts) et les moulins bateaux. Il entamait un livre sur les moulins à marée lorsqu’il disparut. Il a laissé une importante documentation dont
il citait des passages lors des conférences qu’il prodiguait pour la T.I.M.S. (The International Molinological Society) dont il était membre très actif mais très indépendant.

C’est dire si ces industries d’un autre âge ont ouvert l’esprit et l’intérêt de très nombreuses et diverses personnes. Pour avoir osé faire un dénombrement des moulins de Bretagne en 1990, j’ai parcouru les chemins boueux et souvent impraticables qui menaient sur les sites, entendu des histoires terribles accidentelles ou merveilleuses tels les sauvetages d’enfants qui se noyaient et allaient passer sous la roue du moulin, sauvés in extremis par la prière de la famille, réunie sur la berge, suppliant la Vierge Marie d’intervenir…
Des ex-voto dans beaucoup de ces églises et chapelles bretonnes telles qu’Auray, Le Faouët, Quimper sont un touchant témoignage de cette foi chrétienne qui animait les paroissiens. Superbe solitude du moulin à vent, haut perché ou bien encore la discrète présence calme du moulin de rivière, rythmée par la roue et le flot qui s’écoule, l’auguste situation du moulin à marée se mirant dans le bassin de retenue qui l’entoure, habité de grues, hérons ou canards avant que la marée soit prête à demeurer quelques heures recevant le flot qu’elle lui a apporté, peu de temps auparavant, l’enrichissant de sa propre énergie. Je souhaiterais fermer cette parenthèse molinologique par un bref exposé sur nos futurs moulins à vent appelés d’un nom plutôt rébarbatif : l’éolienne (  appelezvous
le Dieu du Vent Eole ). Certains journalistes emploient pourtant le mot moulin en citant ces fourreaux de métal brillant qui pointent leurs hélices à près de 150 mètres de hauteur sauf dans des couloirs aériens à 90 m. Un projet de 60 à 80 MW entre Rostrenen et St Brieuc portera 30 à 40 éoliennes. C’est l’implantation des dites éoliennes qui blesse le plus de personnes défigurant le paysage, ainsi que certains problèmes apparus à leur voisinage comme le brouillage de la réception de leur téléviseur. Un champ magnétique énerverait les animaux. Un groupe de chercheurs de Sydney, en Australie ont alors conçu une base aérienne d’éoliennes qui seraient lancées par manoeuvre de la centrale, au sol, arrimées à des treuils et, comme des hélicoptères, parviendraient à des stationnements vers 4000 mètres, là où on ne les verrait pas et où le bruit ne parviendrait pas au sol. Cette solution comme celle de les ancrer sur le fond de la mer (off shore) à quelques km du rivage aurait-elle laissé rêveur Antipatros… ?

Philippe Borgella – Article paru dans le Monde des Moulins – N°16 – avril 2006

Catégories : Histoire

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