Le site des Moulins de France
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Chaque année, en septembre, la Fédération Des Moulins de France propose un voyage d’études. Cette année, il avait été décidé de le faire en partenariat avec l’Association Moleriae, en Espagne.
Du 24 septembre 2019 au 1er octobre 2019, sous la houlette de Tim Anderson, archéologue, spécialiste des carrières de meules et traducteur, une trentaine d’adhérents de la FDMF et de Moleriae ont pu visiter quelques moulins à eau et les carrières de meules de Grenade à Cordoue, en passant par Niguelas, Baena et Cabra.
Les moulins visités ne fonctionnent plus, mais ont tous une nouvelle vie.

Grenade

Au Sud-est de l’Andalousie, au pied de la Sierra Nevada, au confluent de trois rivières :
le Beiro, le Darro et le Genil, Grenade fut notre premier point de chute. L’organisation de ce déplacement offrait une grande liberté de mouvement, ce qui permit à chacun de visiter à sa guise (excepté l’Alhambra) ce haut lieu culturel et touristique.

Visite du Moulin de Casa Gavinet
Ce moulin est situé au numéro 8 de la Cuesta Molinos, dans le quartier du Realejo, à mi-pente d’une montée qui présente çà et là, sur son parcours, des meules posées contre les façades ou incorporées dans des murs.
Il doit son nom d’aujourd’hui à Ángel Ganivet.
Ángel Ganivet naît le 13 décembre 1865 dans le quartier de Virgen à Grenade. Son père, Francisco Ganivet Morcillo, et sa mère, Angeles García Siles, possèdent deux moulins dans les environs de Grenade et fabriquent du pain. Alors qu’il n’a que neuf ans, son père meurt d’un cancer le 4 septembre 1875. Il part alors vivre avec son grand-père maternel au Molino de Sagra qu’il considérera comme son seul vrai foyer. Ce moulin, le Molino de Sagra aujourd’hui dit Moulin de Casa Gavinet, a été construit sur un ancien moulin de l’époque arabe datant de 1073. Il a été acheté par le grand-père d’Ángel au XVIIIe siècle.
Sur la façade se trouve une sculpture d’Ángel Ganivet réalisée par Loyzaga en 1900.
Le bâtiment a été rénové en 1965, comme indiqué sur sa façade. En 1995, cet espace a été restauré en respectant au maximum sa structure primitive. La maison Molino d’Ángel Ganivet est devenue un centre de documentation provincial, grâce à un accord entre l’université et le conseil provincial.
La Casa Molino Ángel Ganivet est inscrite au titre de monument du catalogue général du patrimoine historique andalou et a été déclarée bien d’intérêt provincial. C’est une référence dans l’histoire de Grenade et un témoin de l’enfance d’un des plus éminents écrivains et diplomates.

Moulin Del Marquès. Cliché É.Charpentier

Le bâtiment est parallèle au canal qui alimente plusieurs moulins à farine et à papier, dont certains dans la partie inférieure du quartier de Realejo, actuellement résidentielle. Ce canal d’irrigation amenait l’eau dans la ville et permettait d’irriguer jardins, patios et vergers et de faire fonctionner des moulins.
La toponymie des rues montre l’importance des moulins dans ce quartier, en répétant les noms qui font référence à cette industrie : rue Molinos, rue Molino del Capitán, rue Molino de Santa Ana (Grenade), rue Molinillo, Placeta del Molinillo, Ribera de los Molinos et Cuesta de los Molinos.
Le moulin a fonctionné jusqu’en 1925. Il repose sur cinq voûtes en pierre, sous lesquelles passe l’Acequia (le canal) Gorda del Genil, construite par Ahmed Ben Jalaf en 1037.

L’intérieur du bâtiment est très rénové et présente des salles d’exposition, de conférences, d’entrepôt, de réunion, des bureaux et la bibliothèque. Des panneaux explicatifs sur le patrimoine molinologique local sont complétés par une très belle maquette d’un moulin hydraulique à roue horizontale. (https://www.youtube.com/watch?v=RcAr2D1zs-o)
Le patio est situé sur ledit canal et délimite un autre moulin appelé Del Marquès, tous deux formant un espace pittoresque.
Nous avons remarqué devant le grand moulin, perpendiculaire à la maison de Gavinet, deux meules qui nous semblent être des meules de La Ferté-sous-Jouarre. Le Moulin Del Marquès aurait toute son installation, un projet de rénovation est en gestation.

Nigüelas
Au Sud de Grenade, dans la Vallée de Lecrín, territoire qui borde le versant occidental de la Sierra Nevada et ayant comme limite naturelle, au Sud, la sierra de Los Guájares, Niguelas (931 mètres), joli village tout blanc, fait partie du Parc Naturel de la Sierra Nevada. Nous atteindrons ce village, situé sur la route qui mène de Grenade à Motril, en traversant une région agricole où la culture des amandiers alterne avec celle des oliviers.

Museo Almazara de Las Laerillas
Cet édifice nazari, construit et modifié entre le XIIe et le XIVe siècle, héberge un des moulins à huile (almazara) à traction animale les plus anciens d’Espagne. Il daterait du XIIIe siècle. Le moulin devait faire partie des sept huileries que P. Madoz avait inventoriées au milieu du XIXe siècle pour la ville de Nigüelas.
Il appartenait à la famille Zayas, dont le dernier descendant, María Antonia Isabel Francisca de Paula de Zayas, en fit don à la mairie de Nigüelas en 1987 par le biais de sa fondation (une fondation de bienfaisance à laquelle tout son patrimoine est légué, afin de servir au soutien des personnes âgées et dans la nécessité).
En 2014, à l’initiative de la Fondation Zayas et grâce au soutien financier de la Junta de Andalucía, la restauration et la mise à jour de la muséalisation ont débuté, par le biais de programmes de coopération européenne, dirigés par l’architecte José Luis Muñoz Muñoz.
En 2000, la première muséalisation du complexe a été réalisée au moyen d’objets expliquant de manière didactique le fonctionnement de l’almazara. Cette tâche a été dirigée par Francisco Rodríguez. On trouve également dans ce musée quelques outils agricoles.

La cour de stockage des olives
On entre sur le site fermé qui domine la vallée directement par un petit porche, au fond d’une ruelle, qui nous transporte dans la zone de stockage des olives dans l’attente de leur transformation en huile.
Les olives récoltées étaient transportées par des bêtes de somme au moulin à huile, dans ce patio meublé de rangées de grandes auges faites de pierres, chaque auge étant réservée à un producteur qui y déversait son chargement au fur et à mesure de son arrivée.

Détail de la presse à huile au Muséo Almazara de las Laerillas. Photo é. Charpentier

Le moulin à sang
La transformation des olives en pâte se faisait au moulin à sang, entraîné par la force animale, et au moulin hydraulique, suivant l’époque.
Le moulin à sang date de l’époque ibéro-romaine et son mécanisme est très simple. Il se compose d’une meule verticale qui tourne sur un sol de pierre horizontal, et qui est actionnée par un animal de trait. L’animal actionnait la meule avec les yeux bandés, et toujours en marchant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, autour du socle en pierre. Dans ce moulin, deux animaux se relayaient par deux équipes de trois heures le matin et de deux heures et demie l’après-midi, achevant ainsi la journée de travail de neuf heures par jour.

Moulin à sang entraîné par la force animale. Cliché É.Charpentier

La pâte obtenue était ensuite pressée après avoir été placée dans les scourtins réalisés en fibres végétales, (scourtins d’environ un mètre de diamètre).

Le moulin hydraulique
Le moulin hydraulique du Moulin Nigüelas, au départ, est un moulin à huile qui fonctionnait avec un rouet à godets, typologie introduite par les Arabes à l’époque médiévale. Le rouet est dans une cuve qui reçoit l’eau du ruisseau « le Temple » via un canal d’amenée. On lui a adapté une trémie.

Le moulin hydraulique. Cliché É.Charpentier

Canal d’amenée d’eau du Temple. Cliché Charpentier

Les presses
Le type de presse que l’on trouve dans le moulin à huile de Nigüelas est impressionnant : c’est un type de presse à levier dont l’origine remonte au VIIe siècle.
Les poutres, d’une longueur d’environ 12 m, sont formées de planches de pin reliées par des boulons en bois et d’épais tapis de fibre.

Presses du moulin à huile. Cliché Charpentier

Casa Zayas
Construite au XVIIe siècle, cette maison se remarque par ses jardins d’allure romantique. C’est le siège de la mairie. Elle reçoit son nom de María Antonia Zayas Osorio Calvache, propriétaire de la maison jusqu’à ce qu’elle en fit don après sa mort, faute de descendance. Elle fut la dernière représentante d’un des noms nobiliaires arrivés à Grenade avec les Rois Catholiques. L’actuel hôtel de ville peut être daté du milieu du XVIIIe siècle, bien qu’il ait subi une rénovation majeure aux alentours de 1860. C’était une ferme à occupation saisonnière, dédiée principalement à l’exploitation de l’oliveraie voisine qui comptait plusieurs moulins à huile. À côté du hall de la maison, il y avait une cave à huile, une écurie et une salle de pressage, un espace rectangulaire recouvert d’une pierre basse, d’un moulin à huile avec deux chapelles et deux presses à rayons, aujourd’hui disparues. Dans la cour, des meules ont attiré notre attention.

Une meule dans la cour de la Maison Zayas. Cliché É.Charpentier

Rencontre avec Angel Serrano, ancien meunier de Loja (province de Granada)

Angel Serrano a été résident à Estavayer-le-Lac en Suisse pendant 40 ans. À la retraite, il s’est retiré dans son moulin en Espagne. Le témoignage de sa vie de meunier et de sa passion pour son métier est fort émouvant.

Angel Serrano. Cliché É. Charpentier

Huile d’olive en Espagne

L’Espagne est le premier producteur mondial d’huile d’olive avec une production annuelle qui dépasse, en moyenne, le million de tonnes.
L’oliveraie espagnole couvre deux millions d’hectares avec 300 millions d’oliviers.
La production est principalement répartie entre les régions d’Andalousie (80%), d’Estrémadure, de Castille-la-Manche et de Catalogne, même si on trouve aussi de petits moulins au nord, dans la Rioja, en Navarre et sur la façade méditerranéenne.
L’Espagne est également le premier exportateur mondial d’huile d’olive, avec une moyenne exportée de 300 000 tonnes et beaucoup plus certaines années. Les principaux clients de l’Espagne : l’Italie et la France pour le vrac, les États-Unis, le Brésil, le Japon pour les huiles embouteillées. Au total, plus d’une centaine de pays achètent leur huile d’olive en Espagne.

Baena

Baena fut comme toutes les villes d’Andalousie une ville arabe.
La région de Baena, dans la province de Cordoue, se distingue par la grande qualité de ses huiles, en particulier les huiles vierges de qualité extra dont l’acidité est inférieure à 1 %, qui portent l’appellation d’origine. Cette huile d’olive vierge extra provient de l’olive de la variété Picudo ou Carrasqueño de Córdoba, de Córdoba, variété principale, et, dans une moindre mesure, des variétés Lechín, Chorrúo ou Jardúo, Pajarero, Hojiblanca et Picual. Elle est produite au sud-est de la province de Cordoue, où environ 37 000 hectares sont destinés à la culture des oliviers produisant cette huile d’appellation d’origine.

Museo Del Aceite & El Olivar (ancien moulin à huile)
Le bâtiment qui abrite le Musée Olivar de l’huile de Baena était, jusqu’en 1959, le moulin de José Alcalá Santaella. La plupart des machines de l’usine datent du milieu du
XIXe siècle. Il a une surface de plus de 800 m²
d’exposition répartis sur deux étages. Cette usine est complétée par une salle de cave avec de grandes cuves en métal et une autre consacrée à l’histoire et à l’évolution de l’oliveraie de Baena. Au dernier étage, outre la bibliothèque et « l’oleotaller », plusieurs expositions présentent l’utilisation de l’huile comme source de lumière et de chaleur, son utilisation nutritionnelle et ses avantages diététiques, l’importance symbolique de l’olivier, médecine populaire, etc.

Meules coniques à olives du Moulin de Baena. Cliché D. Mazouin

 

La presse et ses scourtins. Cliché D.Mazouin

Cordoba et ses moulins

Onze moulins à eau sont situés sur le cours du fleuve Guadalquivir, dans ou tout près de la ville de Cordoue. Ils ont été déclarés patrimoine historique andalou le 30 juin 2009. Les plus anciens de ces moulins remontent à la période romaine, mais la plupart sont médiévaux, datant d’entre le XIIIe siècle et le XVe siècle. Ils présentent différents stades de détérioration. Certains ont été restaurés et réemployés à des fins culturelles et touristiques. Les noms des onze moulins sont Albolafia, Alegría, Carbonell, Casillas, Enmedio, Lope García, Martos, Pápalo, San Antonio, San Lorenzo et San Rafael. Presque tous actifs jusqu’en 1942, certains ont terminé en produisant de l’électricité.

Situation des moulins en aval du pont romain de Cordoue. De gauche à droite : Moulin d’Albolafia, Moulin de Pápalo, Moulin d’Enmedio, Moulin de San Antonio. Blog patrimoine archéologique urbain. Cliché É.Charpentier

Le Moulin de Pápalo est un moulin hydraulique situé sur le Guadalquivir, en aval du pont romain. Au début du XXIe siècle, le moulin est presque entièrement dissimulé par l’abondante végétation des Sotos de la Albolafia, constituant ainsi un lieu de nidification idéale pour les nombreux oiseaux qui peuplent l’endroit. Il est aussi appelé de Téllez, Moulin de Don Tello ou Moulin de Pápalo Tierno.

Moulin de Pápalo. Cliché É.Charpentier

Le Moulin d’Enmedio est un moulin hydraulique situé en aval du pont romain. Au début du XXIe siècle, ce moulin est lui aussi presque entièrement dissimulé par la végétation des Sotos de la Albolafia. Il est aussi appelé Molino de las Monjas (Moulin des moines) ou Molino de Jesús y María (Moulin de Jésus et Marie).

Moulin d’Enmedio. Cliché É.Charpentier

Moulin d’Albolafia
Ancienne noria, le Moulin de la Albolafia se trouve sur la rive droite du Guadalquivir, près du pont romain. Son origine remonte à l’époque romaine. Abderramán II a commandé la roue hydraulique pour acheminer l’eau de la rivière jusqu’au Palais des Émirs (palais épiscopal actuel). Au XIIe siècle, il fut reconstruit par Abú l-Áfiya, d’où son nom. Il serait le premier à cesser ses activités, puisque Isabel La Católica, lors de son séjour à l’Alcazar de los Reyes Cristianos, avait ordonné de démonter la roue, alors qu’elle ne pouvait pas s’endormir à cause des crissements que la roue provoquait. Il devint plus tard un moulin à farine et un batán (foulon). Au XIVe et XVe siècles, il possédait cinq meules. Ce moulin a été restauré plusieurs fois.
La dernière intervention a eu lieu en 1992, à la suite d’un incendie, lorsque la grande roue a été reconstruite et que les travaux ont servi à creuser la base de l’usine et à mettre à nu les chenaux de passage de l’eau.

Moulin d’Albolafia. Cliché É. Charpentier

Moulin de San Antonio
Le Moulin de San Antonio est situé sur la rive droite du Guadalquivir, près de la tour de la Calahorra, et partage la chaussée avec les moulins d’Albolafia, Pápalo et Enmedio. L’origine du Moulin de Saint-Antoine date probablement de l’époque médiévale. Il existe des documents qui attestent qu’au XVIIIe siècle le bâtiment d’origine était d’un seul niveau. Moulin à farine, il doit son nom à la statue de Saint-Antoine qui se trouvait autrefois dans une niche, sur la façade.

Moulin de San Antonio. Cliché É. Charpentier

Le bâtiment était utilisé jusqu’à la moitié du XXe siècle pour construire des bateaux servant à traverser le Guadalquivir. Les crues et les changements du système hydraulique ont conduit à des réformes structurelles successives. Son état actuel est le résultat de la réhabilitation, conçue par l’architecte Juan Cuenca, qui a pris fin en 2008. Elle reprend la terrasse en bois, les différents corps de la construction, les avant-becs et le barrage qui communique avec les autres moulins. Il sert actuellement de salle d’exposition tout au long de l’année.

Architecture intérieure du moulin San Antonio. Cliché É. Charpentier

Moulin de Martos
À 300 m en amont du pont de Miraflorès. Déjà entre les mains des chrétiens, à partir du XVIe siècle, le moulin s’est transformé en édifice renaissance, aujourd’hui réhabilité comme musée, abritant en sous-sol une salle avec trois emplacements de moulins batán (XVe siècle) et une autre salle avec son alignement de meules (XIIIe siècle). À partir de 1875, le moulin deviendra une fabrique de farine, et les batáns seront remplacés par deux grandes turbines dotées de la puissance nécessaire pour faire fonctionner le mécanisme moderne.
La salle supérieure est un musée d’interprétation de l’histoire de Cordoue à travers la culture, la gestion de l’eau et la tradition dans l’utilisation des plantes : source d’aliments (farines de céréales), teintureries (draperies et tissus), tanneries (peaux) ou fibres végétales.

Moulin de Martos, salle des meules. Cliché É. Charpentier

Moulin Alegria
Situé sur la rive droite du fleuve Guadalquivir, après le pont de San Rafael, il est intégré
au Jardin botanique royal. Il date des XVe / XVIe siècles. Entre 1910 et 1913, il produit de la farine et son propriétaire est San Jose. Au cours de cette période, les deux étages supérieurs ont été construits et une turbine a été installée. À partir de 1928, la Société du gaz ou de l’électricité de Cordoue l’a exploité. C’est aujourd’hui le siège du musée paléobotanique. Ces trois derniers moulins sont gérés par le Jardin Botanique.

Moulin d’Alegria. Cliché D. Mazouin

Meules à olives dans le parc du Jardin botanique – Don de l’Huilerie Carbonell S.A. Cliché D.Mazouin

Cabra

Entourée de vergers et d’oliviers, Cabra est située au sud de la province de Cordoue, sur les contreforts des Sierras Subbéticas.

La carrière de meules de los Frailes
Sur le site de la carrière, nous avons été accueillis par M. Francisco Casas Marín, conseiller municipal de la ville de Cabra en charge du Patrimoine et du tourisme et par M. Antonio Moreno, directeur du Musée archéologique de Cabra. Tim Anderson nous donna tous les éclaircissements nécessaires pour comprendre les méthodes d’extraction des meules.
La cantera de los Frailes est l’un des plus gros sites d’extraction de meules (15 000 m2) du sud de l’Espagne et l’un des plus spectaculaires. La carrière est située le long du ruisseau Frailes dans le Parc National des Sierras subbéticas, cinq kilomètres à l’est de la ville de Cabra.
Le géologue Ezquerra del Bayo traite du site dans deux publications différentes, au milieu du XIXe siècle. La première date de 1847 et enregistre une importante production de meules « à une lieue à l’est de Cabra ” (Montero 2008 : 168), une distance qui coïncide parfaitement avec le site. Dix ans plus tard, le géologue fait référence à « une vaste et ancienne carrière d’extraction de meules de moulins qui sont distribuées à travers la région » (Ezquerra del Bayo 1856 : 384-385). La principale source d’information, sur ce site, est cependant un article récent sur les moulins à eau dans la ville de Córdoba (Montero 2008), publié dans les actes d’un colloque molinologique. Il n’y a aucune mention de ce site dans le dictionnaire de géographie de Madoz.

Une partie du groupe dans la carrière. Cliché D. Mazouin

Le nom Los Frailes (les Frères) vient de la ferme en amont du site et est peut-être lié à l’Ermitage de Notre-Dame de la Sierra au sommet de la montagne. Le site est un exemple classique de banc carrière coupant dans le flanc d’une colline. Les cylindres ont été taillés directement dans le substrat rocheux (véritable extraction) résultant en de nombreux creux tubulaires verticaux avec des marques d’outil bien conservées.
Une caractéristique unique de ce site est la série de carrés d’extractions multiples clairement visibles dans les vues aériennes. Ces carrés pourraient délimiter les différentes concessions.
Il y a aussi « une cheminée très haute » qui semble laissée volontairement dans le milieu de la zone d’extraction. On retrouve ce curieux élément dans d’autres carrières (notamment carrières de construction), par exemple à Sisapo ou sur le célèbre site d’El Mèdol à Tarragone. Cette fonctionnalité a été interprétée comme une limite entre concessions. Les flancs de la roche exploitée sont recouverts de lignes diagonales multiples résultant de l’utilisation du pic pour dégager la roche suivant la méthode de coupe en tranchées circulaires. Le sol est recouvert de débris ou de végétation.
Le site montre des centaines de meules extraites. Bien que certaines soient grandes (1,40 m de diamètre), la plupart font environ 1 m de diamètre.
Le site est divisé en deux parties par une vieille route. Le long de la route est un groupe des meules « en attente » d’être chargées pour le transport. Il n’est cependant pas certain qu’il s’agisse d’une mise en scène.

Accueil par M. Francisco Casas Marín, Conseiller Municipal en charge du Patrimoine et du tourisme. De gauche à droite, Monsieur Francisco Casas Marin, M. Anderson, archéologue et notre traducteur pour le voyage, M. Antonion Moreno, directeur du Musée archéologique de Cabra, Marie Richard, présidente fondatrice de Moleriae, Dominique Charpentier, Christian Scipion , trésorier Moleriae. Cliché D. Mazouin

Ezquerra del Bayo (1856 : 385) commente que les meules Cabra ont été commercialisées dans la région et ont même atteint la ville de Malaga, 85 km au sud (à vol d’oiseau). Dans tous les cas, les recherches pétrographiques indiquent que les pierres de Cabra se retrouvent dans les moulins à eau de Córdoba, à 60 km au nord-ouest (Montero 2008). Il n’existe aucune trace de moulins à bras ou de meules romains.

Front de taille. Cliché D.Mazouin

Le travail du géologue Ezquerra del Bayo situe ce lieu de la production au milieu du XIXe siècle. Il est raisonnable de supposer que la production était encore plus ancienne, au moins à partir du début du XIXe siècle, sur la déclaration de Ezquerra selon laquelle Los Fsraisles était déjà une carrière de meules établie de longue date. Dans un protocole notarial de 1904 (Cordoue de la Llave et Varela 2011 : 335), on parle d’une meule de « Cabreña » (signifiant « de Cabra’’) au moulin à eau à Aguilar de la Frontera (à 25 km). Cela placerait la production au plus tard au début du XXe siècle. Ce qui pourrait coïncider avec plusieurs modèles de meules abandonnées sur le site dont le diamètre est de 1,40 m.

Meules taillées mais abandonnées dans la carrière. Cliché D.Mazouin

Dans la littérature du début du XIXe siècle, la roche est définie respectivement comme un grès avec une brèche calcaire. C’est en fait un calcaire nodulaire rosâtre avec des fossiles d’ammonites sporadiques (Rosso Ammonitico facies). (Carte géologique 989, Lucena, 1988)
D’après l’ouvrage de Tim Anderson – Turning stone to bread A Diachronic Study of Millstone Making in Southern Spain- Catalogue of sites.

Remerciements

Nous remercions la ville de Cabra pour son accueil, ainsi que le Musée archéologique. Nous souhaitons vivement pouvoir, dans l’avenir, entretenir des liens serrés entre Cabra et nos deux associations Moleriae et en particulier avec l’Association des meulières de Saint-Crépin, Moleriae et la Fédération des Moulins de France.
Nous remercions également les dames du Moulin de San Antonio et du jardin botanique qui nous ont accueillis.
Enfin, grands mercis également à Tim Anderson pour l’organisation de notre séjour et pour avoir accepté, avec tant de gentillesse et de dévouement, de nous accueillir et de nous aider dans la communication tout au long de ce voyage, tout en nous dispensant son savoir, autant sur les lieux traversés que pour ses connaissances autour des carrières de meules.

Dominique Charpentier et Daniel Mazouin
Moleriae et FDMF

Paru dans le Monde des Moulins N° 71 de janvier 2020


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