Le site des Moulins de France
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Les trésors des archives sont d’inépuisables sources d’information sur l’histoire de nos moulins. En particulier les contrats de fermage déposés chez les notaires nous évoquent la vie des meuniers sur plusieurs siècles. Aux archives départementales, on trouve souvent ce que l’on cherche mais, on tombe aussi par hasard sur des documents inattendus. C’est au cours de ses recherches sur 400 ans d’histoire du village de Vigoulet-Auzil (Haute-Garonne) que l’un de nous (André Floucat) a trouvé un contrat de construction d’un moulin à vent de 1801 et l’a confi é à son ancien collègue (Michel Sicard) passionné de moulins. Il a paru utile de le publier pour son intérêt sur la technique de construction et sur la terminologie locale spécifi que.

Du 12 germinal, an IX, (2 avril 1801) devis estimatif de la construction d’un moulin à vent dans la commune de Montégut-Lauragais, par le Citoyen Garros, déposé par acte du 18 germinal an IX. Rendu à la clef.

Il faut acheter l’emplacement du moulin, 100 francs.
Il faut dix piquets pour tourner le moulin, un martinet (1), un câble de poids de douze à quatorze livres, 24 francs.
Il faut à la porte d’entrée un « fust» (2) planche avec la serrure, gonds et suspentes (3) et clous, 24 francs.
Il faut la muraille du dit moulin. Cette muraille sera bâtie sur le terrain ferme, le moulin où les murs auront dix sept pans (4) dans oeuvre (à l’intérieur), au rez de chaussée le fondement aura six pans d’épaisseur, au rez
de chaussée les fondements seront réduits à cinq pans d’épaisseur et sera fait un retrait de quatre pouces (5) de chaque coté, c’està- dire en dedans et en dehors, qui réduit l’épaisseur de la muraille à cinq pans, la dite muraille aura quatre cannes (6) de hauteur à prendre du rez de chaussée jusqu’à son comble, au dit mur il sera fait deux retraits, en dedans au premier plancher un retrait de quatre pouces, au second plancher autre retrait de quatre pouces. Les murs seront montés dans son aplomb en dedans. Et en dehors les murs auront une inclinaison de dix pouces, qui réduit l’épaisseur du dit mur à vingt deux pouces d’épaisseur à son comble. La porte d’entrée aura quatre pans largeur et neuf pans quatre pouces hauteur et sera fait une plate bande (7) en dehors et un cintre (8) en dedans. Il sera fait un escalier dans le dit mur avec des marches de bois de chêne, marches massives, les marches prendront dans le mur seize pouces et seront montées jusqu’ au second. Au second il sera fait deux ouvertures ou fenêtres dans le mur. Suivant les règles de l’art, les murs seront bâtis avec bonne brique ou matériaux avec mortier de terre et sable, 950 francs.
Il faut deux poutres au premier de vingt pans long sur douze pouces d’équarrissage, 60 francs.
Il faut quatre cannes « palède » (9) pour le premier plancher à dix francs la canne, 40 francs. Il faut deux poutres pour le second plancher de vingt et un pans long, de dix pouces carré. 40 francs.
Il faut un « pontilier » (10) pour porter la meule avec les deux « saumettes » (11), le « poutelier » de dix pans long sur douze pouces carré et les « saumettes » de dix pans long sur huit pouces carré. Les trois pièces, 24 francs.
Il faut quatre « piliers » de dix pans long sur neuf à dix pouces carré pour mettre entre les poutres, 32 francs.

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Meule du moulin de Montégut Lauragais. Photo Michel Sicard

Il faut vingt huit marches pour l’escalier de six pans long sur six pouces épaisseur et de neuf à dix pouces largeur. Estimées à la somme de 3 francs chaque, qui fait 85 francs. Il faut au second plancher, quatre cannes et
demi « palège » à 10 f, 45 francs.
Il faut pour faire chafaudage (12) pour les meules, deux pièces appelées porte « soustres » (13) de neuf pans long sur dix à onze pouces carré, avec quatre solives de neuf pans long et six pouces carré, 28 francs .
Il faut quatre « mazerals » (14) de dix pans long sur dix pouces carré, 31 francs.
Il faut deux meules dont l’une neuve et le « soustre » vieux, la meule neuve estimée 330 f et « soustre » 120 f, le tout 450 francs.
Il faut un « haillas » (15) pour mettre au dit « soustre », 6 francs.
Il faut une « farinière » (16) avec « entremière » (17) deux « riscles » (18) « blanchaits » (19), couverture de la meule, pour tout cela il faut trois fusts et demi planches à 9 francs le fust et deux « coloudres » (20) de dix pans et une « coloudre » de douze pans pour faire le porte « entremière » le tout 30 francs,
Il faut une grande « roue » (21) qui porte tout le bois du couvert du dit moulin, pour cela il faut sept courbes, le tout bois de chêne, de douze pans long sur huit à neuf pouces carré, monte 126 francs.
Il faut deux pièces appelées « nos torts » (22) bois de chêne de vingt cinq pans long sur quinze pouces largeur du gros bout et dix pouces au petit bout et dix pouces épaisseur d’un bout à l’autre, cette pièce estimée à 35 francs chaque, 70 francs.
Il faut deux pièces de vingt pans long sur dix pouces carré, bois de chêne appelées « les chênes », 40 francs.
Il faut quatre pièces appelées « lutouers » (23) pour assembler le bois qui tient le couvert de huit pans long sur neuf à dix pouces carré, estimé sept francs chacun, 28 francs.
Il faut le porte arbre, une pièce de douze pans long, de quatorze pouces carré, 20 francs.
Il faut le porte coussin qui s’assemble sur le porte arbre de neuf pans long sur onze pouces carré, 10 francs.
Il faut le coussin de derrière de dix pans long sur neuf pouces carré avec le coussin de devant, 10 francs.
Il faut le « pontilié » qui tient la lanterne de dix pans long sur six à sept pouces épaisseur et neuf pouces largeur, 8 francs.
Il faut un « rouet » avec sa « lanterne » et « brassons » (24), garnitures de peignes (25), la garniture de buis. 116 francs.
Il faut un gros arbre de vingt huit pans long sur dix huit pouces carré du gros bout et de douze ou treize pouces au petit bout, 120 francs.
Il faut deux voilles (26) de neuf cannes quatre pans long sur neuf pouces carré au milieu et de cinq pouces de chaque bout, 100 francs.
Il faut la garniture (27) des barres pour les voiles, 18 francs.
Il faut une pièce appelé le frein qui tient le cercle pour ouvrir ou fermer le moulin de quatorze pans long sur dix pouces carré, 12 francs.
Il faut le cercle bois de saule pour fermer le moulin, 20 francs.
Il faut quatre grandes courbes et quatre petites courbes pour le couvert l’un dans l’autre estimé à la somme de dix francs chaque, 80 francs.
Il faut une pièce appelée « gouvert » (28) de sept cannes et demi long sur douze pouces carré du gros bout, 60 francs.
Il faut deux pièces appelées « tirettes » (29) pour tenir le « gouvert », de trois cannes long, de cinq à six pouces carré, 12 francs.
Il faut deux autres pièces appelées « contre fi che » (30) pour tenir aussi le « gouvert » de  douze pans long sur cinq pouces carré, 6 francs.

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Photo du contrat tiré des Archives Départementales de Hte Garonne

Il faut douze chevrons de vingt trois pans long, seize de dix huit pans long et dix de douze pans long sur trois pouces carré, tant l’un que l’autre le tout bois de chêne pour le couvert, tout ensemble 72 francs.
Il faut seize fusts « postille » (31) pour latte bois de hêtre à 4 francs 50 le fust, 72 francs.
Il faut trois mille cinq cents « riecs » (32) latte feuille bois de chêne à raison de 60 f le mille, 175 francs.
Il faut autre pièce de bois appelée « poinçon » de dix pans long pour le couvert pour ferrer tous les chevrons, de dix à onze pouces carré, 10 francs.
Il faut seize mille clous « braquet » (33) du poids de 7 livres le millier pour le couvert, à raison de 6 f le millier, 96 francs.
Il faut mille clous « gabarre » (34), mille clous double marque, à raison de huit francs, 16 francs.
Il faut un « biscle » (35) pour le couvert de quatorze pans long sur six pouces carré, 6 francs.
Il faut deux fenêtres ou contre-vents avec sa ferrure, 16 francs, Plus pour la main d’oeuvre pour la charpente seulement et meule et « soustre »,1200 francs.
Tous les matériaux qui sont : bois, fer, meules et « soustre » sont sensés rendus à pied d’oeuvre. La muraille du dit moulin mentionnée ci-dessus est portée à neuf cent cinquante francs toute montée, rendue, parachevée.
Par duplicata il faut au moins dix quintaux fer soit anneaux (36) pour les meules, anneaux pour l’arbre, voiles, coulisses (37) en fer, boulons, chevilles, fourche(38),« nadille »(39) arbre en fer à 45 f tout travaillé, 450 francs.
Il faut 50 livres fonte pour la « grenouille » (40) ou coussin sous le gros arbre à 1 f 10 c la livre, 75 francs.
Le présent devis estimatif se porte à la somme de cinq mille treize francs.
A Toulouse le 12 germinal, an neuf de la République.

Le moulin a-t-il été construit ? Probablement car il fi gure dans la matrice cadastrale de 1831 section B de Montégut Lauragais, n° 197 à Las Mazières, au carrefour de la route de Montégut à St Julia et de la D67 F, altitude 220 mètres, bien exposé aux vents dominants Autan et Ouest. Cité en 1857 il tombe en ruine en 1866, il est reconstruit par Paul Gisclard son propriétaire meunier, puis il est démoli en 1872 et disparaît des matrices cadastrales en 1874. La famille Gisclard n’est plus propriétaire du lieu en 1907. De 1911 à 1932 Jean Martin Milhavet possède la maison, sans doute celle du meunier mais il n’y a plus de moulin. Il épouse Mlle Rivals en 1915, grand’ mère des propriétaires actuels. Seule persiste une meule monolithe de granit, probablement provenant du Sidobre et le nom inscrit sur la maison de Mr René Loubet « Le Moulin ». Certains termes de ce devis ne fi gurent pas dans les dictionnaires occitans ou de vieux français dans le sens où ils sont employés ici : fust qui désigne vraisemblablement une quantité de bois de dimension inconnue, martinet pour le
cabestan, clous braquets pour des clous retournés derrière la volige, brassons pour cerclage, reics pour bardeaux. Le lien entre les briques foraines est de l’argile et du sable comme on le constate dans beaucoup de moulins du sudouest. Les auteurs confrontés aux diffi cultés rencontrées avec les termes techniques de l’époque, seraient reconnaissants de recevoir les commentaires des lecteurs.

(1) Martinet : gros marteau ou cabestan.
(2) Fust : mesure de volume de planches de bois.
(3) Suspentes : ferrures.
(4) Pan : 22,5 cm, (1/8 de la canne de Toulouse = 1,80 m, en vigueur à St Félix).
(5) Pouce : 2,80 cm (1/8 de pan).
(6) Canne : 1,80 mètre.
(7) Plate bande : creusé.
(8) Cintre : bombé.
(9) Palède ou palade : variété de planches courtes
(10) Pontilh : petit pont.
(11) Saumettes : poutrelles
(12) Chafaudage : civière.
(13) Soustre : meule dormante.
(14) Mazeral : poutre pour faire une assise à la civière de la meule dormante.
(15) Haillas : mortier avec de la paille.
(16) Farinière : coffre de bois qui recueille la mouture.
(17) Entremière : trémie.
(18) Riscles : archures coffre en bois renfermant les meules.
(19) Blanchaîts : bois blanc.
(20) Coloudres : chevrons.
(21) Roue : sablière.
(22) Nos torts : verges.
(23) Lutouers : poutrelles.
(24) Brassons : cerclages.
(25) Peignes : alluchons.
(26) Voilles : mât de la voilure.
(27) Garnitures : toiles.
(28) Gouvert : gouvernail ou queue.
(29) Tirettes : tirants en bois en haut de la queue, fi xées à la base du toit pour aider à la rotation de celui-ci.
(30) Contre fi che : pièce de bois qui travaille en compression pour soulager les effets de la queue sur la sablière.
(31) Postille : planchette.
(32) Riesc : bardeaux, planchettes de bois fi xés sur la charpente du toit.
(33) Braquet : petits clous pour fi xer les bardeaux.
(34) Gabarre : long clou forgé à tête large qu’on recourbe en dessous utilisé pour la construction des bateaux à fond plat (les gabarres).
(35) Biscle : avant toit qui protège la sortie de l’arbre, bâtière.
(36) Anneaux : cerclages.
(37) Coulisse : lamelles, alumelles entourant le collet de devant.
(38) Fourche : immobilise l’aile basse au repos
(39) Nadille : anille.
(40) Grenouille : crapaudine.

André FLOUCAT et Michel SICARD – Article paru dans le Monde des Moulins – N°34 – octobre 2010

Catégories : Histoire

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