Le site des Moulins de France
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Une abbaye fameuse

L’abbaye de Fontenay, en Côte-d’Or, l’un des plus beaux monuments historiques de France, parfaitement conservée, vient d’avoir
900 ans en 2018. Elle fut en effet créée par saint Bernard en 1118, donc au tout début du mouvement cistercien. Les moines cisterciens se proposaient de revenir à l’origine du mouvement bénédictin, dont la fameuse règle avait été posée par saint Benoît de Nurcie au VIe siècle. Cette règle édictait que chaque monastère devait être aussi autonome que possible, ce pourquoi chacun s’efforça d’avoir un moulin, de préférence dans ses murs. L’abbaye de Fontenay fut construite non loin d’un ruisseau, qu’on appelle « le ru de Fontenay »,
dont une dérivation s’avéra suffisante pour faire tourner une, puis des roues hydrauliques.
Le ru de Fontenay ne paraît pas d’un volume extraordinaire. Ma photo le montre à la sortie de l’abbaye, tandis que le bief d’un ancien atelier hydraulique de papier commence sous le pont : les voitures permettent d’avoir une idée des dimensions.

Le ru de Fontenay. Photo Philippe Landry

Un moulin à blé fut rapidement construit. Puis l’annonce d’une découverte parvint en Bourgogne : comment la force hydraulique facilitait le travail du fer. Or, l’abbaye de Fontenay, au sein de son immense domaine forestier (600 ha), détenait du minerai de fer en grande abondance. Elle s’équipa donc d’une importante forge hydraulique ; François Aynard écrit que ce fut à la fin du XIIe siècle. En prolongement du moulin à blé fut construit un grand bâtiment : 53 m de long, 13,5 m de large. Trois, voire quatre roues, purent occuper la façade sud. Ma photo montre le long bâtiment, façades nord et ouest. On remarque son style très cistercien, en harmonie avec tous les autres édifices de l’abbaye.
Ces forges eurent très longtemps une forte production.

L’ancienne forge. Photo Philippe Landry

Très riche, ayant des domaines vastes et lointains, l’abbaye posséda plusieurs moulins. Localement, en amont sur le ru de Fontenay, on note un « étang du Vieux Moulin » ; la carte de Cassini en indique un en aval du monastère. Plus loin, l’abbaye détint des moulins dans plusieurs contrées, dont par exemple un à Autun, à quelque 150 km au sud, qui fut longtemps dit « de Fontenay » (plus tard on le nomma « Moulin du Vallon » ; c’est le Moulin d’Autun, où il reste quelques machines, dont une roue). Quant au travail du papier, l’abbaye convertit en moulin à papier le moulin à grain de Touillon, en amont sur son ru, vers 1775 (elle venait de l’acheter à l’évêque d’Autun).

Le grand moulin à papier

Lors de la révolution de 1789, l’État nationalisa les biens d’Église, dont Fontenay. Il se hâta de vendre l’abbaye dès 1791 (un prix considérable : 78 000 francs !) à Claude Hugot, qui convertit immédiatement la grande forge en moulin à papier. Rapidement, la toute neuve papeterie prit de l’ampleur, employant
14 hommes et 8 femmes en 1792, indique François Aynard.
Mais l’évènement décisif fut l’achat de l’établissement par Élie Montgolfier en 1820. C’était un rejeton des fameux meuniers à papier de l’Ardèche, par ailleurs célèbres pour avoir lancé la première montgolfière, à qui ils avaient donné leur nom. Il équipa l’usine d’une immense machine à cylindres, de 20 m de long, et même d’une machine à vapeur. Mise au point par Watt dans les années 1770, la machine à vapeur s’introduisait en effet dans les meilleures usines françaises. En outre, les meilleures papeteries se maintenaient à condition de remplacer les vieilles presses par des machines composées de cylindres, lesquelles pouvaient fabriquer de longues feuilles.
Les Montgolfier s’efforcèrent d’être à l’avant-garde en matière de fabrication du papier, à base de chiffon au début, mais aussi par la suite de pâte à bois, même si l’apanage de la maison fut toujours d’abord le papier chiffon. Les ressources hydrauliques du vallon furent utilisées au maximum par la création de plusieurs ateliers hydrauliques séparés : « À son apogée, la papeterie de Fontenay emploie 300 personnes dans ses 5 usines », écrit Louis André dans son grand article des Annales de Bourgogne de 1986.
Après la guerre de 1870, qui vit la Côte-d’Or occupée par les Prussiens, le déclin s’amorça. Dans les années 1880, l’équipement parut dépassé (les machines à vapeur consommaient trop de charbon, selon Aynard), et la dispersion de la production dans différents ateliers séparés s’avéra un handicap. La modestie dans laquelle tombait l’établissement peut se voir par la simplicité de la lettre et de son en-tête.
La production cessa en 1903.

Lettre. Photo Philippe Landry

L’abbaye monument historique

Une photo exposée au musée de l’abbaye montre dans quel état se trouvait alors l’abbaye : deux grandes cheminées, des ateliers hétéroclites disposés à la diable… Et encore, on ne devine pas les cloisons qui avaient été ajoutées dans les bâtiments historiques. En outre y régnait un abominable capharnaüm.

Carte postale. Collection Philippe Landry

 

Le banquier Edouard Aynard, gendre Mont-golfier, dépouilla l’abbaye de tous ces iconoclastes ajouts, et entreprit de reconstituer l’aspect cistercien d’origine.
C’est grâce à lui que l’abbaye est aujourd’hui un merveilleux monument historique, notamment pour la beauté de son cloître, intact. Une magnifique roue en bois a été reconstruite par les élèves de sept lycées d’Europe et posée en 2008. Faite de pales toutes simples, elle tourne sous une chute de 4 mètres (c’est à peu près son diamètre).

La magnifique roue. Photo Philippe Landry

À l’intérieur du bâtiment dit « La grande forge », on observe un martinet hydraulique, avec son grand axe et son marteau. Une petite maquette en explique le fonctionnement. Les moulins à papier utilisaient ce genre de marteau. Dans ces moulins à papier, ce marteau tombait dans une cuve où baignaient les chiffons pour fabriquer la pâte ; à son bout était une sorte de griffe qui aidait à déchirer les chiffons.

Le martinet. Photo Philippe Landry

La maquette. Photo Philippe Landry

Le petit musée montre un rouleau de papier qui fut fabriqué à Fontenay, ainsi qu’une « forme » à son nom : la forme était le tamis dans lequel on coulait la pâte suivant le format de la feuille qu’on voulait obtenir ; cette forme était ensuite placée sous la presse qui expurgeait l’eau. Puis les feuilles obtenues étaient suspendues à sécher. Une précision : cette pâte recevait de la colle à un moment de la fabrication.

Le rouleau à papier. Photo Philippe Landry

La forme. Photo Philippe Landry

Curiosité à voir dans ce petit musée : une scène de vendange dans laquelle on voit un moulin à manège utilisé comme pressoir à vin.

Le Neuvième Centenaire de l’abbaye de Fontenay a donné lieu toute l’année à plusieurs célébrations. Pour ma part, j’ai participé à la fête annuelle du Comité départemental de la Randonnée pédestre de la Côte-d’Or, le 30 septembre, tandis que les premières couleurs de l’automne commençaient à embellir la forêt où l’abbaye est enchâssée. En même temps, c’était l’inauguration d’un nouveau chemin de grande randonnée, une variante du chemin de St-Jacques-de-Compostelle reliant l’abbaye de Fontenay à celle de Vézelay :
83 km. Les bénévoles de ce comité avaient très bien fait les choses ; notamment, ils avaient aménagé plusieurs chemins (dont un par les puits de mine de l’abbaye), en apposant de beaux panneaux explicatifs, par exemple devant un ancien atelier de papier, et en éditant quelques documents bien précis.

Gravure du pressoir à vin : « Les Vendanges des Religieux ».
Photo Philippe Landry

J’invite donc les amis des moulins à venir visiter ce merveilleux monument. Fontenay se trouve au nord-ouest de Dijon, à un peu plus d’une heure de route en voiture. On peut prendre le train jusqu’à Montbard, puis aller à pied jusqu’à l’abbaye par un très joli chemin forestier, le parcours durant une heure et demie.
Un peu plus au nord, se trouve la forge de Buffon, aux roues hydrauliques et aux martinets remarquables, sans compter l’élégance des bâtiments.

Philippe Landry
Collège des Membres Individuels

Article paru dans le Monde des Moulins – N°69 – juillet 2019

Catégories : Histoire

2 commentaires

BORNIER · 3 juillet 2020 à 1 h 26 min

Tres bel article. J’ai dans ma généalogie un cousin qui était ouvrier la papeterie de Fontenay en 1824. Il se nommait Mathieu FREREJEAN. Savez-vous s’il eixsterait des archives relatives aux employes dans ces annees la ou bien encore des photographies ? Par avance, merci.

    Dominique Charpentier · 13 juillet 2020 à 6 h 38 min

    Nous vous suggérons de vous rapprocher des archives départementales

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