Le site des Moulins de France
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L’ordonnance du 1er avril 1772 de Monsieur de St Priest, intendant de la province de Languedoc, stipule que « les moulins à vent, fours à chaux ou à plâtre devront être construits à une distance de plus de 200 toises ( 390 mètres) des bords des chemins ». Cette distance était-elle générale ? Et pour quelles raisons avait-on pris cette décision ? Au nord de la France, à Arras, la même préoccupation dicte l’arrêt de la cour royale du 13 juillet 1774 qui fi xe une distance de 200 pieds ( 65 m ) pour les chemins royaux et 150 pieds ( 49 m ) pour les autres chemins.
Les Archives Départementales de la Haute- Garonne ( S 103 ) conservent des documents qui illustrent les problèmes posés par la proximité des moulins à vent au bord des routes, déjà soulevés avant la Révolution par
l’élargissement des voies et l’augmentation du nombre de voitures à cheval. En 1802, la demande de construction d’un moulin à Forgues est acceptée car il est situé à 320 mètres du chemin. A Lautignac, en 1807, il en est de même pour un moulin, à 50 mètres d’un chemin. A Rieumes, au Carrey, l’autorisation est accordée pour un moulin à seulement 20 mètres du petit chemin communal mais parce qu’il est éloigné de toute route et des maisons particulières.

Les autorités administratives confrontées à des demandes de construction de moulin cherchent à établir des règles. Le sous-préfet accepte au 10 avril 1825 une demande de construction de 2 moulins à Villefranche à 14 mètres de la grande route royale. Sur le rapport de l’ingénieur qui constate que l’un d’eux est déjà construit à 20 mètres, le 28 juillet, le préfet estime que la distance doit être portée à 20 mètres. Manifestement, ces distances sont trop courtes, car dès février 1833, le Conseil d’Etat chargé des Ponts et Chaussées écrit au préfet « Vous avez fi xé à 50 mètres de la route royale ou départementale et à 30 des chemins vicinaux. Il me paraît nécessaire de modifi er votre arrêté en portant à 100 mètres minimum la distance à observer entre le moulin et le bord d’une grande route ou d’un chemin vicinal ». De fait, l’arrêté du 2 décembre 1833 retient 100 mètres pour les routes et 50 mètres pour les chemins départementaux.
La phase suivante concerne la destruction des moulins existant trop près des routes. Le 31 juillet 1850, l’ingénieur des Ponts et Chaussées écrit au préfet pour lui faire parvenir la pétition de propriétaires demandant la suppression ou le recul de plusieurs moulins à vent se trouvant le long de routes nationales et départementales de la Haute-Garonne. Il estime que le minimum à observer est de 100 mètres. Il explicite sa demande de destruction « Pour qu’on donne aux passages pourvus de moulins toute la sécurité que commande la conservation des voyageurs car il arrive de nombreux accidents ». Par exemple, à St Lys, il y avait un moulin à vent en brique cuite et pans de bois sur une butte, situé à 6 mètres de la route départementale n°3. Vendu en 1861, l’acte mentionne le risque de démolition « comme étant trop rapproché des chemins publiques ».

bordroute
Moulin à vent de Ste Foy de Peyrolières (Haute-Garonne), au bord de la route départementale n°3. Carte ancienne de Jean Rouzaud

En effet, il passe 224 colliers sur ce chemin en 1867. Le 8 juillet 1870, le maire demande sa suppression moyennant une indemnité de 2800 francs et il faut attendre 1875 pour qu’il disparaisse des registres du cadastre. Des décades se sont donc écoulées entre les décisions administratives et l’exécution si lourde pour le meunier qui n’a évidemment pas pu obtenir de subventions suffi santes. Il est vrai que la guerre de 1870 avait ruiné le pays. L’autre moulin de St Lys en meilleur état, situé presque en face, à 13 mètres de l’axe de cette voie importante, continue de tourner jusqu’à un « grave accident de voiture, dû soit au mouvement des ailes soit à leur ombre ». Effectivement, les chevaux sont effrayés à la vue des ailes tournantes. Le 16 mars 1884, le maire demande au préfet de faire démolir ce moulin. Son propriétaire Bernard Bélard a préféré le déplacer brique à brique au site où il se trouve actuellement. Devenu propriété de la commune en 1994, il a été restauré et refait de la farine sous la responsabilité de l’Association pour la Sauvegarde des Moulins du Canton de St Lys.
Il fallait bien que les moulins soient près des routes pour un accès facile. Pour la sécurité, les exigences ont fl uctué de 14 à 100 mètres et même 390 mètres d’éloignement. Aujourd’hui il n’y a plus de tels problèmes car les diligences ont disparu, remplacées par des voitures à moteur.

Michel Sicard – Article paru dans le Monde des Moulins – N°37 – juillet 2011 

Catégories : Histoire

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