Le site des Moulins de France
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Les moulins à vent, par le mouvement de leurs ailes et leur ombre mouvante projetée sur le chemin, pouvaient effrayer les chevaux les plus craintifs. Michel Sicard, dans “Les moulins de Saint-Lys” rappelle que le moulin Bélard a été déplacé en 1884 suite à un grave accident qui aurait causé un mort. Dans le nord de la France, cet effet pouvait être augmenté par le bruit des pilons de certains moulins à huile. Il a donc existé quelques réglementations pour éloigner les moulins à vent trop proches des routes. Déjà au 17ème siècle, des édits royaux donnaient des réglementations sur le sujet.
Dans la Somme, il existe un arrêté préfectoral du 22 octobre 1816, qui a sans doute été précédé d’une autre réglementation. les dispositions principales sont les suivantes : 
– l’éloignement minimal est de 200 pieds (64m968) des grandes routes, et de 150 pieds (48m726) des autres chemins publics.

– toute construction et toute réparation doivent être autorisées par le préfet.
– les conducteurs et piqueurs des Ponts et Chaussées, cantonniers et gardeschampêtres sont chargés de rédiger contre les moulins contrevenants un procès-verbal transmis au préfet qui ordonne ensuite la démolition du moulin.
Un moulin existant mais nécessitant de grosses réparations devait donc être soit démoli, soit déplacé si le meunier disposait d’un terrain suffisamment éloigné. Le déplacement était assez facile pour les moulins en bois qui existaient dans la Somme. Il arrivait même qu’il se fasse par déplacement du moulin sur des rouleaux en bois, et non par démontage.

Les dossiers conservés aux archives départementales de la Somme, sont malheureusement peu nombreux à évoquer ces affaires, et sont limités aux faubourgs d’Amiens. Leur examen montre parfois une certaine tolérance par rapport au règlement.

Quatre dossiers concernent des constructions. En 1810, donc un peu avant cet arrêté, J.B. Bourdeaux marchand et fabricant d’huile, déjà propriétaire de deux moulins à huile chaussée de Doullens, demande à en construire un troisième qui serait voisin des deux autres. Les deux moulins existants étant à distance convenable de la route et en pleine campagne, il est autorisé à en bâtir un troisième à une distance identique. Il ne pourra cependant pas être transformé pour un autre usage sans une nouvelle autorisation.
En 1818, le sieur Fossé est autorisé à construire un moulin à farine à Longpré-les- Amiens, sur un terrain tenant au chemin de Boulainville. La distance étant convenable, il est autorisé sans problème.
En 1832, le sieur Fouré est lui aussi autorisé à établir un moulin à vent à Longpré-les- Amiens, sur le chemin de la voie Caroise. Là aussi, la construction pouvant se faire à distance réglementaire, il est rapidement autorisé à l’édifier. Un autre dossier de 1832 est beaucoup plus intéressant. Auguste Leprince demande à établir un moulin vent dans la cour de sa maison située au faubourg de Noyon. Il écrit dans sa requête au Préfet : “un nouveau genre d’industrie vient d’éclore, on fait des moulins à vent portatifs pour l’arrosement des jardins. Je suis dans l’intention d’en avoir un semblable, sur la route de Saint- Cloud, qui fait monter l’eau de 140 pieds jusqu’au sol. La dimension des ailes est de 10 pieds, partie en toiles, partie en planches”. Il veut l’installer dans sa cour à 70 pieds environ de la route, mais il estime que vu la petitesse du moulin et son caractère novateur, il est possible d’accorder une dérogation à l’arrêté de 1816.
L’ingénieur ordinaire estime que, étant donné que les ailes ne font que 10 pieds (soit le tiers de celles d’un grand moulin à vent), la distance à la route pourrait être réduite à 66 pieds 2/3 (le tiers de la distance prescrite). Il ne faudrait pas oublier que le moulin sera surélevé, car entouré de bâtiments, l’extrémité des ailes étant à 11m25 du sol. Il pourrait donc projeter des ombres sur la chaussée l’après-midi pendant la moitié de l’année. Le seul motif de le tolérer serait son caractère novateur dans le département, bien que le principe d’élever de l’eau grâce au vent soit déjà ancien. Il faudrait donc réduire sa hauteur à 7m50 (le tiers d’un grand moulin) ou l’éloigner à 65 mètres de la route. L’ingénieur en chef fait remarquer que le proportion du tiers ne peut être tenue pour exacte, car il a déjà vu dans le nord des moulins dont l’extrémité de l’aile est à plus de 150 pieds, ces moulins n’étant pas plus éloignés pour autant. Il remarque aussi que la hauteur de 7m50 n’est fixée que par analogie et non par règlement. Tout en estimant qu’il serait souhaitable que la hauteur soit inférieure à 11m25, il pense qu’une tolérance
est possible. Le moulin est finalement autorisé.

chevaux
Moulin pivot d’Arr y du chemin

Deux dossiers concernent des réparations de moulins sur pivot.
En 1825, J.B. Bourdeaux, fabricant d’huile à Amiens, demande à changer le pivot de son moulin à huile qui est situé le long de la route royale N°16 de Paris à Boulogne, à la sortie du Faubourg Saint Pierre au nord de la ville. Ce moulin autorisé par le préfet en 1810 (c’est le premier étudié dans cet article), a perdu son aplomb à la suite d’un coup de vent, et son pivot est trop court pour le remettre dans son état initial. Le moulin n’étant qu’à 20 mètres du bord de la route, l’ingénieur en chef estime qu’il n’y a pas lieu d’autoriser la réparation, mais qu’il pourrait être rapproché sans problème des fortifications distantes de 380 mètres, si J.B. Bourdeaux est propriétaire du terrain. En 1829, le sieur Lorel est autorisé à réparer un moulin proche de la route royale N°16, dans le faubourg de Beauvais. Il avait été autorisé en 1828 à le réparer, mais le charpentier étant infidèle à son traité, il est obligé de renouveler sa demande. Les réparations consistaient à appliquer une forte planche sur les 4 soles et l’un des poteaux montants, et à rejointoyer le soubassement de maçonnerie. Bien que n’étant qu’à 10m50 de la route, la réparation est autorisée car le moulin est bien antérieur à 1816, et la démolition aurait été considérée comme un excès de rigueur.

Ces quelques exemples sont évidemment trop peu nombreux pour être significatifs quant au nombre de dérogations et à leur motif, mais les procédures sont toujours courtes, parfois moins d’un mois, alors que pour les moulins à eau cela pouvait traîner sur plusieurs années.

Stéphane Mary – Article paru dans le Monde des Moulins – N°19 – janvier 2007

Catégories : Histoire

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