Le site des Moulins de France
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Jusqu’à récemment, les trois plus grandes minoteries de France se trouvaient en région parisienne : les grands moulins de Paris (qui ont déménagé), de Pantin (qui ont fermé), de Corbeil. Seul ceux-ci continuent leur activité sur le même site, qui était
stratégique, car sur le chemin d’eau des blés de Beauce vers Paris.

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Reproduction photographique d’un détail de carte postale – collection Stéphane Mary

L’évolution de 1880 à 1914

La photo nous montre la quasi-totalité du site. Les bâtiments les plus anciens existent toujours.
En partant de la gauche on aperçoit :
• un toit à 4 pans coiffant une grosse tour rectangulaire, appelée tour de Louis le Gros, dernier vestige du château royal, qui servait alors de magasin pour les issues.
• Les deux moulins des Hospices, perpendiculaires à la Seine, reliés par un bâtiment de 1863 qui servait de magasin à farine.
• Devant la cheminée des machines à vapeur, on devine la toiture d’une tour qui abritait le nettoyage des moulins.
• Le très grand moulin construit en 1880, sur la place d’une ancienne halle au grain.
• La place de la République, plantée d’arbres, sur laquelle sera construite un second grand moulin en 1906.
• Séparée par une rue et un ensemble de maisons, on voit une partie des magasins de la Réserve datant de 1767.

Ce site n’en est encore qu’au début des modifications qui permettront de continuer l’activité meunière jusqu’à nos jours. Nous allons les étudier dans cet article.
Sur la vue aérienne avant 1914, on n’y reconnaît plus que le moulin de 1880. Avec quelques agrandissements depuis, les moulins avaient une capacité de 18.000 quintaux/jours en 1991.

Les moulins des Hospices

La carte nous montre l’extrémité aval des deux moulins des Hospices, reliés par le bâtiment de 1863.
En 1769, l’hôpital général de Paris s’était fait concéder les anciens moulins du Roi et la buffleterie. Il les fit entièrement reconstruire en 1775. Chacun possédait à l’origine 6 roues, soit 12 roues en tout.

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Vue aérienne des Grands Moulins de Corbeil avant 1914 – collection Stéphane Mary

Leur modernisation passe aussi par l’amélioration de l’équipement de mouture. Déjà adapté en 1765 à la mouture économique par l’ingénieur du Roi Dransy, ils se voient équipés à la fin du 18ème par des bluteries rondes couvertes de soie, au lieu de la traditionnelle étamine de laine.
En 1825, les Hospices procèdent à de grandes transformations, car les moulins sont assez délabrés. Ils y introduisent la mouture anglaise, et chaque moulin comporte désormais 7 paires de meules de 1m30 actionnées par une seule roue.
Vers 1830, les frères Darblay qui en sont locataires poursuivent les améliorations.
Ils rajoutent deux roues en aval, qui sont ajustables en hauteur à cause des fortes variations de niveau  de la Seine. Elles permettent d’utiliser le maximum de chute en été. Il y a maintenant 27 paires de meules.
En 1840, les 2 roues les plus anciennes sont remplacées par 2 turbines actionnant chacune 10 paires de meules. Les mécanismes intérieurs sont transformés : les meules sont disposées en lignes et conduites par des courroies, ce qui permet de les débrayer plus facilement.
Un premier agrandissement important a lieu en 1863 : la société Darblay et Béranger rachète les moulins et les relie par un bâtiment conçu par l’architecte Denfer. Porté par des arcs métalliques enjambant la rivière, sa façade aval avait la particularité d’être entièrement vitrée. On voit sur la carte postale une péniche garée sous ce bâtiment en train d’être chargée de sacs de farine.

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Moulin de 1880 avec à droite, un morceau des moulins des Hospices – collection Stéphane Mary

Le moulin de 1880

Ce moulin est le plus ancien bâtiment encore existant de nos jours. Il a été construit à l’emplacement d’une ancienne halle à grain originellement construite par la ville de Corbeil en 1784 pour un marché au grain qui n’a jamais eu un grand succès. Elle avait donc rapidement servi uniquement pour les moulins des Hospices.
Ce nouveau moulin conçu pour la mouture et le stockage de farine est de grande taille (80 mètres sur 18 ), avec 8 étages et un sous-sol. Il permet d’avoir de vastes espaces d’un seul tenant plus rationnels qui permettront une meilleure croissance
de l’entreprise. L’aspect extérieur est classique : murs en meulière sur un sousbassement en ciment imitant la pierre taillée, 3 avant-corps surmontés de fronton avec oculus, corniche sous le toit.

Intérieurement, les planchers sont portés par des colonnes métalliques calculées pour des charges très importantes : chacune peut supporter 166,8 tonnes. Equipé à l’origine de 58 paires de meules, il avait une capacité de 1770 quintaux par jour en 1881. Il fut aménagé en 1888 avec des appareils à cylindres pour la mouture hongroise encore récente, portant la capacité à 3000 quintaux par jour.

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Chargement d’une péniche depuis le bâtiment. 1863 – collection Stéphane Mary

Les silos de 1893

A l’origine, les moulins des Hospices utilisaient comme stockage les anciens magasins de l’administration de la Réserve, vaste construction de 1767 qui pouvait contenir 60.000 setiers, soit 45.000 quintaux. Ils voisinaient avec les moulins dits de la Réserve, propriété également des Darblay qui y avaient ajouté une huilerie au milieu du 19ème siècle. C’était un bâtiment de conception ancienne où l’on stockait les grains sur les planchers, les remuant de temps en temps pour éviter leur altération. Il était cependant équipé d’un nettoyage des grains. On y stockait aussi de la farine.
Le 30 mai 1892, il prit feu vers 11h du matin, à la suspension du travail. Le magasin ainsi que le moulin voisin furent entièrement détruits. Il fallut 12h pour éteindre l’incendie. On suppose que c’est la lampe d’un ouvrier dans la chambre à poussière
qui provoqua le drame, dans lequel 18 ouvriers périrent.

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La tour élévatrice reliée aux silos sur la gauche collection Stéphane Mary

C’est l’occasion de revoir le stockage des grains dont les capacités devenaient insuffisantes avec la mouture hongroise. On construit les premiers silos en maçonnerie de France, longs de 80 mètres. Ils contiennent 2 rangées de 20 silos, pouvant contenir en tout 100.000 quintaux. Ils sont alimentés par voie ferrée, péniches et camions.
L’ensilage se fait à partir d’une tour qui comprend sur plusieurs étages un nettoyage et sous le toit une réserve d’eau en prévision des risques d’incendie. L’architecture rappelle un peu celle d’une tour fortifiée, la réserve d’eau étant supportée par des
corbeaux. Cette tour très caractéristique est maintenant inscrite à l’inventaire des monuments historiques.
Une passerelle couverte sur le quai permet le déchargement des péniches par des moyens qui ont évolué: tire-sacs, élévateurs à godets puis élévateurs pneumatiques.

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Le moulin de 1906, construit parallèlement au moulin de 1880 – collection Stéphane Mary

Le moulin de 1906

La croissance de l’entreprise ne peut plus se satisfaire du moulin de 1880 construit à l’origine pour les meules. On construit de 1904 à 1906 un nouveau moulin sur la place de la République. Ses façades en brique sont d’un style plus industriel que celui du moulin de 1880. Outre la monumentalité, la notabilité de l’entreprise est affichée par des ancres dans la maçonnerie qui reproduisent le monogramme GMC.
Ils sont équipés, en plus du nettoyage, de 162 paires de cylindres, 35 plansichters, 200 bluteries et 44 sasseurs. La production de 3.500 quintaux par jour en 1903 est portée à 6.000 quintaux par jour en 1906. Après leur achèvement, les plus vieux bâtiments sont démolis : tour de Louis le Gros et moulins des Hospices. Cela permet de redonner des terrains à la ville, la place de la République ayant disparu sous le nouveau moulin. Les amateurs d’histoire locale regretteront alors la disparition de la grosse tour. Les péniches ne pouvant plus être chargées à partir des moulins des Hospices, on ajoute au moulin de 1880 une passerelle enjambant le quai, équipée de plans inclinés.

Stéphane Mary – Article paru dans le Monde des Moulins – N°14 – octobre 2005

Catégories : Histoire

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