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Le vendredi 17 janvier et le samedi 18 janvier 2020, s’est déroulé, à Marie-Galante, le premier colloque international sur les moulins. Cette manifestation a été organisée par l’ASVP (Association de Sauvegarde et de Valorisation du Patrimoine), adhérente à la FDMF, avec l’Université des Antilles et l’Université de la Guyane, la Direction des Affaires Culturelles de la Guadeloupe et celle de la Martinique, la Communauté des communes de Marie-Galante, le Conseil Régional de la Guadeloupe, l’Écomusée de Murat, le Conseil Départemental de la Guadeloupe, les Rectorats de la Guadeloupe et de la Martinique, le Campus des métiers et des qualifications de la Région Guadeloupe, le Parc Naturel Régional de la Guadeloupe et le CTIG (Comité du Tourisme des Îles de Guadeloupe) sans oublier la FDMF.

Joseph Cornano, président de l’ASVP, et au micro : Joël Rabouteur, universitaire. Cliché Alain Eyquem

Le coordonnateur de cette manifestation a été le Cabinet “Institutions et stratégies” dirigé par Madame Chantal Dagnaud.

Le colloque s’est déroulé sur deux jours et a permis une confrontation d’idées, de préoccupations, de pistes de développement pour l’avenir autour des moulins. Les contributions ont été pléthoriques et toutes différentes, et pourtant riches de leurs spécificités. L’idée d’une Route des moulins de la Caraïbe/Europe puis, à plus long terme, une Route internationale des moulins a été l’idée forte et âprement défendue par le président de l’ASVP, Monsieur Joseph Cornano.

La première matinée n’a pas dérogé au protocole : le discours de la représentante du Conseil Départemental était très attendu ; il est indispensable de souligner l’importance du Conseil Départemental en Guadeloupe et particulièrement sur l’Île de Marie-Galante, car c’est un acteur important, et même incontournable, en matière de moulins. Sachez que 50 % des moulins de cette île sont la propriété de la collectivité. Penser à un quelconque développement autour de ce patrimoine sans le concours de cette collectivité majeure serait une gageure. Un fait est à souligner : la tenue même du colloque a été rendue possible grâce au concours du département, qui a aussi mis à la disposition des congressistes le beau domaine du Château Murat.

Les intervenants se sont succédé à l’oratoire, avec de nombreuses et riches interventions autour de la thématique du développement économique et des moulins, notamment le discours de Monsieur Camille Pelage, qui s’est exprimé avec une casquette multiple, au nom des entités publiques qu’il était venu représenter, en sa qualité de vice-président du Conseil Régional, président de la Commission du développement économique, mais également en sa qualité de membre de la Communauté de communes de Marie-Galante.

Ainsi, il a souligné l’importance de cette manifestation pour Marie-Galante et il a surtout insisté sur l’expérience concrète menée en la matière sur l’aménagement du Moulin de Bézard à Capesterre. Il a démontré que la réhabilitation était, certes nécessaire, mais qu’il ne fallait surtout pas négliger l’exploitation économique de l’infrastructure ainsi rénovée.

I. La réalité du développement de Marie-Galante

Le contexte économique est plutôt morose sur l’île, force est de constater qu’elle est laissée exsangue, puisque vidée de sa force vive que représente la jeunesse, contrainte à partir ailleurs chercher du travail, ou poursuivre des études ; de plus, sa population est vieillissante.

L’Île de Marie-Galante se meurt chaque jour un peu plus. Elle possède pourtant un patrimoine historique, mais aussi naturel, qui est presque unique de par le monde.
Son surnom « d’Île aux 100 moulins » n’est pas usurpé. En effet, il existe plus de
108 tours qui surgissent, telles des fantômes dans le paysage marie-galantais.

Cette réalité indéniable interpelle tout un chacun. Certains y resteront insensibles, d’où l’interrogation, plus que légitime : comment proposer une autre alternative à la jeunesse marie-galantaise, en utilisant ces friches industrielles, riches d’histoire ?

L’idée de ce colloque avait pour objectif d’apporter des réponses concrètes aux maux dont souffre l’île. Des potentialités économiques existent et elles ont été débattues grâce au retour d’expériences des intervenants.

II. L’apport des différents intervenants

Lors de ces deux journées de réflexion, les apports d’intervenants venus de la Caraïbe, de l’Europe et de l’International (Martinique, Sainte-Lucie, Antigue et Guadeloupe, Guyane, Allemagne, Liban) ont permis de découvrir une volonté commune de promouvoir ce pan méconnu de notre culture historique.

L’intervention de Madame Diana REY Hulman, anthropologue, fut fort instructive. Originaire de Marie-Galante, elle a écrit beaucoup d’ouvrages et d’articles sur les moulins de Marie-Galante. Son expertise sur le sujet était nécessaire pour une appréhension historique et anthropologique des moulins.

L’apport de la TIMS (Société Internationale de Molinologie), à travers l’intervention de son président Willem Van Bergen, a permis d’expliquer de façon historique et bien documentée l’évolution fort ancienne du pressage de la canne à sucre.

Intervention d’Alain Eyquem, président de la FDMF. Cliché Gerty Jackson

L’intervention d’Alain Eyquem, président de la Fédération Des Moulins de France (FDMF), a permis à tout un chacun de mesurer les possibilités offertes par l’exploitation économique des moulins. L’axe essentiel de son intervention était de faire comprendre que l’aménagement d’un moulin n’a de sens que si la restauration patrimoniale de cet édifice est envisagée aussi sous l’angle économique.
L’ambition de l’ASVP s’inscrit dans cette démarche, qui consiste à profiter pleinement des possibilités offertes par ces friches industrielles.

Les participants, à l’Ecomusée de Murat, sur l’île de Marie-Galante, en Guadeloupe. Cliché Gerty Jackson

D’autres intervenants vont se succéder, dont Nicolas Rey, depuis le Mexique, en visio-conférence. Il sera suivi de Madame Agnès Meeker, écrivaine, auteure d’un ouvrage très bien documenté sur les moulins de l’île d’Antigue, île située au nord de la Guadeloupe, qui possède, toujours bien conservé, un riche patrimoine en matière de moulins.

III. Les pistes de réflexions en matière de développement

En ce début du XXIe siècle, le moulin, utilisateur d’énergies renouvelables, représente désormais la modernité au coeur de notre vie. Il est désormais possible de redonner vie à ces vieilles friches industrielles.

De nombreuses autres excellentes contributions ont été faites sur les différentes techniques mécaniques utilisées.
Ces intervenants ont démontré toutes les possibilités offertes en matière d’aménagements et de réhabilitations. Ainsi, sur ces réhabilitations, sont successivement intervenus les experts suivants :

  • Madame Hanna Ishac, sur une réhabilitation au Liban
  • Madame Chantal Dagnaud, du cabinet “Institutions et stratégies”, sur la présentation de la faisabilité du projet, d’une méthodologie de mise en œuvre de la Route des Moulins Caraïbes/Europe, sur la question de la planification, au travers d’un agenda de réalisation présenté aux participants et sur les formations nécessaires pour la réalisation et la durabilité du projet
  • Monsieur Jean-Claude Fabre et son assistante de la “Société Tropical Management” sur la possibilité d’équiper les moulins avec des aérogénérateurs et sur les montages financiers
  • Martin Mery, consultant, sur une mise en scène d’un futur moulin rénové, au moyen d’une projection en 3D de maquette aménagée de moulin, nous montrant concrètement des réalisations fonctionnelles de moulins.

Visite sur le terrain, au Moulin Mayoubé. Cliché ASVT

La deuxième journée fut l’occasion de découvrir en profondeur et sur le terrain, l’histoire de quelques moulins célèbres de Marie-Galante (Moulin Roussel Trianon, habitation Desmarais, Moulin Mayoubé). Cette histoire nous a été contée par Pierre Cafournet, passionné, véritable mémoire de Marie-Galante.

En conclusion, après la phase de diagnostic, il appartiendra maintenant aux différents acteurs de se donner les moyens pour passer à la phase d’action. La phase opérationnelle ayant été listée par madame Chantal Dagnaud, la concrétisation effective de ces réalisations pour Marie-Galante en constituera l’aboutissement.

Compte-rendu de ce colloque à partir d’un texte de M. Joël Rabouteur1 et de Mme Corinne Landais-Rabouteur2

1. Joël Raboteur, Docteur ès sciences économiques, Maître de conférences HDR, à l’Université des Antilles
2. Corinne Landais-Raboteur, Doctorante en sciences politiques, Cadre territorial

Paru dans le Monde des Moulins n°72 d’avril 2020


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