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Ne faudrait-il pas conserver les moulins hydrauliques pour 2050 ?

Une des caractéristiques des moulins hydrauliques français, est qu’ils sont régis par une réglementation conçue au XXème siècle (directive européenne promulguée le 22 décembre 2000) alors que le XXIème siècle est déjà bien entamé.
Cette réglementation vise notamment à donner aux poissons la possibilité de circuler librement dans les rivières en prônant la suppression des chaussées. On peut avancer qu’elle a été réalisée sous la pression des pêcheurs à des fins de loisirs.

En 2010 que se passe-t-il ? Le public prend vraiment conscience que la terre se réchauffe et qu’un milliard d’hommes sont sous-nutris.

Traitons tout d’abord du réchauffement. Les experts sont encore divisés sur l’origine du réchauffement de la planète. Est-il dû principalement à la variation du rayonnement du soleil constaté depuis dix ans, aux différents mouvements de la terre ou aux gaz à effet de serre qui piègent le rayonnement de la terre. La troisième hypothèse semble l’emporter. Peu importe de savoir qui a raison. Le fait est que les glaciers diminuent de surface, que la banquise régresse et que le niveau des océans continue d’augmenter de 3,5 millimètres par an soit le double de ce qui était observé pendant une bonne partie du XXème siècle.

Les politiques présents à Copenhague, à défaut de défi nir des valeurs de CO2 à respecter dans l’atmosphère, sont tous tombés d’accord sur les principes de ralentir la production de CO2 et de développer les énergies renouvelables pour essayer à ce que la température de l’atmosphère terrestre n’augmente pas de plus de deux degrés.
L’application de ces principes va se traduire par le développement tous azimuts de la production d’électricité ne dégageant pas de CO2. Dans les pays qui n’en sont pas encore équipés, seront implantés des centrales nucléaires et des barrages hydroélectriques. En France, seront construites deux ou trois centrales nucléaires supplémentaires et installés des éoliennes et des panneaux photovoltaïques par milliers, des hydroliennes par centaines. On va également continuer à détruire les barrages des petites centrales hydrauliques. En parallèle, les voitures électriques vont prendre possession de nos routes. Pour assurer le rechargement de leurs batteries, il va être nécessaire d’implanter plusieurs centaines de milliers de bornes électriques à travers toute la France ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes financiers. L’inconvénient des sources de production électrique citées plus haut est que, à l’exception des centrales nucléaires et pour une part les barrages hydroélectriques, leur fonctionnement est aléatoire. Les éoliennes fonctionnent vingt pour cent du temps et les panneaux solaires le jour quand il n’y a pas de nuages. De même, il est diffi cile de prévoir le fonctionnement des voitures et des immeubles qui ne seront pas zéro besoin.
Il en résulte la nécessité de transférer de l’électricité entre les zones de production devenues multiples et les zones consommatrices. Le maillage actuel du réseau électrique va devoir être modifié. En Chine des éoliennes, qui viennent d’être construites, ne peuvent être branchées, le réseau existant n’ayant pas été prévu pour. En France, le régulateur va souhaiter que les régions consommatrices produisent elles-mêmes et qu’elles stockent l’électricité produite en heures creuses.
Pour cela, on connaît différents moyens aux capacités trop faibles : piles, batteries. On utilise aussi la possibilité de remplir des barrages avec de l’eau pompée avec l’électricité excédentaire et de turbiner ensuite en fonction des besoins.

2050

Dispositif de sécurité contre l’emballement, moulin Cadiou, 22290 Goudelin, appartenant à Monsieur Le Gouriérès.


Il faut aussi ralentir la descente de l’eau à la mer et ce point nous amène à la faim dans le monde. Le manque de nourriture affecte un milliard d’hommes, soit environ quinze pour cent de la population mondiale. Il résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : désertifi cation, surpâturage, surexploitation des eaux souterraines, sécheresses, surpopulations et inondations.

Certes aujourd’hui la France n’en est pas là. Cependant, les spécialistes du réchauffement climatique prévoient que la France souffrira d’un défi cit hydrique, à l’exception de la Bretagne. Dans le Sud, la culture du maïs, très gourmande en eau (un hectare de maïs vaporise 60 m3 d’eau par jour), devra céder la place à des graminées différentes comme le sorgho. Les experts prévoient plus de périodes de sécheresse mais aussi plus de pluies violentes provoquant des inondations, elles-mêmes sources de pollutions multiples.
Tous ces problèmes, liés au prix que l’énergie atteindra dans les années 2030, feront que retenir l’eau sera devenu une évidence afi n de ne pas la gaspiller. « En milieu rural, les pratiques culturales peuvent permettre de stocker l’eau dès le haut des bassins versants, prés et fossés inondables, évitant ainsi des pointes de débit polluant à l’aval ». Il sera alors devenu impératif de demander aux propriétaires de petits chaussées de participer à cette lutte générale contre les inondations.

Les moulins ont été construits au haut Moyen Âge pour répondre aux besoins en nourriture et en énergie d’une population en expansion. Il serait condamnable de continuer de détruire des usines électriques à une époque où l’énergie va commencer à manquer et où l’eau va devenir essentielle pour la production de nourriture.
Meuniers, mes frères, ne laissez pas détruire vos chaussées.

Gérard Gau - Article paru dans le Monde des Moulins - N°36 - avril 2011