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Pressoir du moulin à huile de Salouz - Gorges du Sierroz (Savoie)

Production de l’huile de noix
Pour obtenir l’huile de noix, rappelons les trois phases de son élaboration :
• Écrasement des cerneaux sous la meule de conche
• Chauffe modérée et homogénéisation en température de la pâte obtenue
• Ensachage en scourtins (enveloppes textiles filtrantes et résistantes) de cette pâte au gabarit intérieur de la cuve de pressoir et pressage.
Certains huiliers, inventifs et perfectionnistes, apportent, de nos jours et souvent avec bonheur, quelques variantes à la "recette" traditionnelle !

Une variété étonnante de pressoirs
Qu’il s’agisse de moulins à farine, de taillanderies équipées de martinets ou même des scieries à battante, tous ces moulins ont été construits à partir de principes largement diffusés mais laissant une part étonnante à l’inventivité des constructeurs.
Pourtant, c’est probablement dans les moulins à huile, et plus précisément au niveau du pressoir, que les imaginations se sont enflammées, stimulées de surcroît par le progrès technologique.
Pour mieux situer et apprécier le pressoir du Salouz, évoquons brièvement les plus courants d’entre eux.

a) Pressoirs à pilons agissant sur coins à faible dépouille (10° environ)
• Pilon vertical, chutant, de son poids, sur coin transmettant une poussée latérale à la cuve de pressage.
• Pilon horizontal (poussée verticale sur la cuve). L’énergie cinétique provient de masselottes suspendues et actionnées manuellement. (Principe du bélier)

b) Pressoirs à balancier sans lest
La cuve de pressée est placée très près du point de pivotement. S’appliquent sur elle la composante du poids de balancier et, dans un rapport multiplicateur avantageux, l’effort de traction d’un mécanisme moteur en extrémité de balancier.
• Balancier à vis. Un train d’engrenages mû par volant manuel entraîne la rotation d’une vis verticale bloquée en translation et engagée dans le balancier.
• Balancier à crémaillère. Le pignon de crémaillère, entraîné par un train d’engrenages et le volant manuel, déplace la crémaillère accrochée à l’extrémité du balancier.

c) Pressoirs à balancier lesté
• Par meule de pierre. La vis, entraînée manuellement, amorce la phase active, puis la mise en oeuvre du lest en le soulevant. En phase de relevage, la vis permet la dépose du lest au sol et la remontée du balancier.
• Par cuve d’eau (celui dont nous allons détailler le fonctionnement). Le lest est une cuve, remplie d’eau en phase active, puis vidée pour le relevage « automatique » obtenu grâce à un levier de rappel et son contrepoids.

d) Pressoirs à cadre et vis centrale
Deux massifs piliers bois verticaux sont bloqués entre deux poutres horizontales.
Au centre de la poutre haute, la vis, entraînée manuellement, exerce directement son action sur la cuve de pressée. Parfois, un cabestan tout proche, augmente l’efficacité de la manoeuvre.

e) Pressoirs hydrauliques
Avec eux, apparaissent les pressoirs manufacturés.
Même architecture que les précédents, mais en fonte et acier. Alimenté en eau par un compresseur, le piston se substitue à la vis du pressoir à cadre.
La pression peut atteindre 200 kg/cm2, en fin de pressée, pour les ultimes gouttes d’huile !

f) Pressoirs mécaniques à engrenages
Deux vis à filets carrés entraînées par un couple conique (double) assurent descente et remontée de la poutre horizontale supérieure, sous laquelle est accroché le piston de cuve.
La poutre inférieure, au sol, sert d’assise à la cuve de pressée et à la structure supérieure.

La salle du pressoir du Moulin de Salouz
Accrochée à la rive droite du Sierroz, elle domine le torrent d’un peu plus de 8 m, ouvrant toute sa longueur sur l’à-pic des gorges avec seulement deux piliers pierre de 90 x 70 cm entre murs latéraux.
Distance entre murs : 11,50 m et 8,30 m de large. Hauteur : 3,80 m
Elle abritait :
• la conche de 1,95 m de diamètre sur laquelle roule la meule écrasant les cerneaux
• le foyer, actuellement disparu
• deux pressoirs à balancier et cuve d’eau (l’un d’eux emporté par les eaux en 1980). Chacun, de par sa taille, comportait une avancée sur le vide, avec, en extrémité, la suspension à quatre bras soutenant la cuve d’eau.
À l’aplomb des piliers, deux évacuations d’eau sur la rivière en contrebas, et, dans l’axe des deux balanciers, les sorties d’eau munies de déversoirs destinés au remplissage des cuves.
La galerie d’alimentation, venant de l’amont et couverte de dalles, court à environ 30 cm sous le sol de terre battue et à 1,50 m du bord. Chaque sortie d’eau possède un encadrement en pierre de taille (50 x 90 cm de haut), creusé de deux rainures verticales. Celles-ci recevaient les glissières de vannes permettant l’alimentation des cuves et le rejet de l’eau à la rivière.

Le pressoir à balancier et cuve d’eau
L’accessibilité délicate aux éléments situés au-dessus du vide et les moyens de mesure employés (mètre à ruban), ne garantissent pas  la précision des données chiffrées mais fournissent de bons ordres de grandeur.

Base au sol : Assise du pivot de balancier et de la cuve de pressée Poutre en bois de section max. 88 x 60 cm, longueur 4,60 m
Quatre ferrures (section 10 x 5 cm) verticales, engagées dans la poutre, soutiennent en partie supérieure un axe horizontal (dia. 6 cm qui sert de pivot au fer en U (section 10 x 5 cm également) maintenant le balancier Plaqué sous la base, l’axe de verrouillage (dia. 9 cm.) traversant les 4 ferrures.

Balancier : Porteur du lest (la cuve à eau) et support du piston assurant la pressée Poutre bois de 66 x 48 cm. côté pivot et 38 x 26 cm. côté cuve d’eau Longueur totale : 9,30 m
Le balancier pivote sur l’axe de 6 cm cité plus haut
La cuve à eau, suspendue 3 m sous le balancier, mesure 2,27 m. de diamètre, 1 m de haut et peut donc contenir 4000 litres d’eau. L’enveloppe en tôle et le plancher de bois muni d’une bonde sont maintenus par une armature d’acier reliée à la suspension. La cuve se vidange depuis l’intérieur de la salle (câble et manivelle fixée au corps de balancier).

Bras de rappel : Il pivote autour d’un axe suspendu à la charpente Relié d’un coté au contrepoids, il soutient de l’autre le balancier et le relève dès que la cuve d’eau a été vidée Poutre bois de 30 x 25 cm côté balancier et 20 x 15 cm côté contrepoids
Longueur entre axes : 5,40 m
Contrepoids : Pierre de forme à peu près rectangulaire et d’épaisseur presque constante.
Dimensions approximatives: 160 x 90 cm.
Épaisseur 27 cm
Notons que bras de rappel et balancier se meuvent dans des plans convergents pour assurer leurs libres débattements.
Deux meules de récupération ont été placées en avant, sous le balancier, sans doute pour caler un étai soulageant le bras de relevage lorsque le pressoir n’est pas utilisé.

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Fonctionnement

Phase active de pressage
Une fois les scourtins introduits dans la cuve de pressage, la vanne d’arrivée d’eau est ouverte pour remplir la cuve servant de lest. Sous cette charge, le balancier s’abaisse et reporte le poids du lest sur la cuve à scourtins. Le bras de relevage l’accompagne dans sa descente, soulève le contrepoids, réduisant dans le rapport des bras de leviers l’efficacité du balancier. Le solde, largement positif, fournira la pression nécessaire à la pressée.

Phase de relevage du balancier.
Bonde ouverte, la cuve d’eau se vide. Le bras de rappel devient alors capable, avec son contrepoids, de relever le balancier en position haute : il dégage l’accès à la cuve, permettant l’extraction des scourtins pressés.

Pressions obtenues.
La cuve de pressée ayant disparu, il n’y a pas de réponse possible. Cependant, sur le site de St-Offenges tout proche, un pressoir de même type, dont le balancier est à peine moins long (8,50 m) a conservé sa cuve.
Nous l’utiliserons pour le calcul !
Données de base :
Densités utilisées : 1 pour le bois, 2,5 pour la pierre, 7,5 pour l’acier
Distances, en cm, repérées sur le schéma :
A1-A = 41
A-D = 639
A-F = 861
A-P = 85
X-Y = 330
Y-Z = 210

Dans ces conditions :
• 1- Le bras de rappel peut lever environ 1700 kg en son extrémité. L’effort nécessaire (point D) au relevage du balancier, cuve vide, s’élève à 1430 kg. Le solde est positif, même pénalisé des frottements.
• 2- Cuve pleine, l’effort appliqué sur la cuve de pressage, diminué du rappel imputable au contrepoids, atteint 43 500 kg. Avec la cuve de St-Offenges, mesurant 32 x 32 cm (intérieur), soit 1024 cm2, la pression obtenue voisinerait : 43 kg/cm2

Remarques sur ce type de pressoir
Comparé aux autres systèmes évoqués plus haut, (hors pressoirs hydrauliques et mécaniques), il présente certains inconvénients :
• moyens conséquents pour son installation
• précautions dans son pilotage, pour assurer la sécurité des manoeuvres
• la totalité de l’huile contenue dans les cerneaux pouvait ne pas être extraite.
Mais il offre plusieurs avantages, dans les régions forestières capables de fournir un tel matériau :
• une dépense d’énergie réduite au minimum pour l’opérateur
• une durée d’exécution du cycle relativement courte : les dimensions d’arrivées d’eau laissent supposer un remplissage rapide. Le temps de vidange, incertain puisque le dispositif nous est mal connu, peut s’avérer très bref, lui aussi
• une construction simple, sans vis et sans engrenages
• un coût de construction réduit, encore que difficilement évaluable de nos jours.

Conclusion
Pour nous, gens du XXIe siècle, éblouis par les merveilles technologiques qui envahissent jusqu’à notre quotidien, (sans toujours bien les comprendre ni pouvoir les analyser), n’estce pas l’occasion, dans ce site champêtre et prestigieux des gorges évoquant tout à la fois l’oeuvre de la nature, le labeur des hommes, les mondanités d’antan mais aussi les initiatives éclairées d’aujourd’hui :
• de porter un regard bienveillant et plein de respect sur ce pressoir aux allures de « phénomène préhistorique », meurtri mais toujours debout
• de se laisser impressionner par sa taille remarquable et d’y reconnaître un témoignage précieux de la recherche technologique, de l’imagination bouillonnante et de la volonté d’entreprendre des artisans d’antan : un des innombrables rameaux de
l’arbre
• dès lors, entourer de toutes nos attentions, l’un des rescapés de ces malheureux pressoirs obsolètes, devenus, hélas trop souvent, matériau idéal pour mobilier de salle à manger ou chambres à coucher !

Grandeur et décadence…
Merci donc à l’Association "Au coeur des Gorges du Sierroz" et à la Commune d’Aixles- Bains, propriétaire des lieux, pour leur démarche de réhabilitation du sentier des Gorges du Sierroz et toute notre reconnaissance pour leur inestimable contribution au sauvetage du Moulin à huile de Salouz.

H. Ruaux
Association « Les Amis des Moulins savoyards »

Article Paru dans le Monde des Moulins n°56 - Avril 2016