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Les moulins de Troyes

Vitruve, inspecteur des monuments publics sous le règne d’Auguste, donne la description des moulins ; dans son livre X. Grégoire de Tours, qui mourut vers l’an 595, parle aussi des moulins de notre région. On sait qu’à l’origine, ce n’étaient que de grossières machines. Lors de la construction du musée Simart, sont retrouvées trois couches de ruines, rappelant trois époques, la plus profonde se composant de nombreux fragments de poterie, de peintures murales, de moulins à bras, de blé carbonisé, en grande quantité, ainsi qu’une pièce de monnaie de Néron (54 après J.-C.), le tout mélangé à des restes considérables d’incendie.
Il y avait donc des moulins dès le début de l’ère chrétienne. Du côté du faubourg Saint- Jacques, à la porte de Preize et dans l’enclos de Saint-Martin-ès-Aires, ont été retrouvés des moulins à bras. Bien que les moulins à eau fussent d’origine antique, les archéologues n’en constatent l’existence qu’à partir du Xe siècle. Leur présence sur la Seine est signalée à Chappes, en 753, et à Nogent sous le règne de Charles-le-Chauve, en 862. En 859, ce roi vient à Troyes, et le 31 août donne à l’abbaye de Saint-Denis les fabriques de farine qui sont sur la Seine et ses dérivations. En 1097, Hugues, comte de Champagne, donne ses moulins à l’abbaye de Molesme. La première mention de l’existence des moulins à eau, à Troyes, date des premières années du XIIe siècle. Il s’agit des moulins de Tirvert ou de Tirevert, et même Tireveau. Ce nom, dont l’étymologie reste à deviner, est conservé par la noue dite des Tirverts (aujourd’hui, quartier des Écrevolles), qui prend dans la rivière de Lavau, un peu au-dessous de l’emplacement de l’ancien moulin de Pont-Hubert, dont le rodier est encore visible en temps de basses eaux, et aboutit au canal du Labourat, non loin de celui de Fouchy. Ces moulins appartiennent d’abord au comte Thibaut II de Champagne, mort en 1152, lequel les donna au prieuré de Foicy près de Troyes, commune de Saint-Parres-aux-Tertres. On
les appelle plus tard Moulins de Fouchy, déformation de Foicy, nom que prend l’usine sous ses nouveaux propriétaires et que l’on rencontre aussi, dans les anciens titres, sous les formes : Fossaico, Foissy, Fouissy, Petit- Foicy, Fouschy. La confirmation de cette donation est faite par Henri Ier le Libéral, fils de Thibaut II, sous la dénomination de “Moulins qui sont au-dessus du grand pré sous Saint-Maur”, en 1159. On trouve ensuite les moulins d’Osmont, ou des Bains, puis ceux du Château. Les moulins de Pont-Hubert existent en 1154, ceux de la Tour ou du Château et ceux de Saint-Quentin fonctionnent en 1157, et existent sous le comte Thibaut, ceux de Sainte-Maure en 1161, ceux de maître Andriau, de Chaillouet devenus Moulins-Brûlés (et aussi de Brusley), en 1171, ceux de la porte l’Evêque, des Oursiers ou de Meldançon, en 1172, ceux des Trévois ou de Pétal, ceux des Tanneries, plus tard moulins aux toiles, de la Rothière, de la poudre à canon ou de Paresse et ceux de Croncels (détruits en 1419 et non réédifiés), sont donnés à l’Hôtel-Dieu-le- Comte en 1174, ceux de Sancey ou de Saint- Julien tournent en 1175, enfin, les moulins de Notre-Dame-aux-Nonnains tournent en 1188, et ont été établis, au plus tard, sous le règne du comte Henri Ier le Libéral. Le Moulin du Pré-l’évêque, rebaptisé du Prieuré, puis de la Priolée, enfin de la Pielle, existe en 1191, de Jaillard en 1192, ceux de Barberey vers 1220.

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Moulin St-Quentin (probablement appelé aussi Moulin de la Paresse). Collection Association des Cartophiles Troyens

En 1170, le comte Henri-le-Libéral constate que Roscelin de Ville-Hardouin, donne au prieuré de Saint-Quentin, de Troyes, des moulins situés au-dessous de ceux que ce prieuré possède à Troyes. En 1171, il donne à l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires la dîme des moulins des Oursiers et de Chaillouet, et le droit d’y moudre gratuitement un demimuid de froment par semaine. Cette donation est faite du consentement d’André le Maçon, “qui percevait le tiers de la dîme des dists moulins et tenait à cens la rivière”. En 1174, il accorde à l’hôpital Saint-Bernard, la faculté de moudre gratuitement 2 septiers de blé par semaine, au moulin de Pétal, et donne à l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires la dîme des revenus du moulin de Meldançon et le droit d’y faire moudre gratuitement un demi-muid de grains par semaine.

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Moulin de Pétal (ou Pétail ou Pestail...). Collection Association des Cartophiles Troyens

La propriété des moulins de Fouchy est contestée aux religieuses, au début de leur possession, par un certain Bernard du Til, chevalier de Chaumont. Après médiation de l’abbé de Saint-Loup, un accord intervient en 1199, sous le sceau de notre évêque Garnier de Traisnel (1193-1206), aux termes duquel “icelluy chevalier a donné lesdicts moulins ausdictes moniales pour à perpétuité les posséder”, moyennant qu’il lui soit payé annuellement un muid de grain. C’est donc au XIIe siècle que sont mentionnés, dans des documents authentiques et contemporains, le plus grand nombre de moulins qui, établis pour la mouture des grains, servirent plus tard à la fabrique du papier, à celle du tan, au blanchiment des toiles, au foulage des draps, à la poudre à canon. On peut donc dire que la totalité de nos moulins fonctionnent dans le courant de ce siècle. En 1220, existe le Moulin de la Moline, qui prend en 1380 le nom de Moulin-auxtoiles, car il devait servir au blanchissage des toiles. En 1228 apparaît pour la première fois le nom du Moulin de Maître André, appartenant à l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires. À la fin du XVe siècle, il est alimenté par la rivière de la Grande-Planche, et plusieurs actes s’accordent à le placer dans les prés des écrevoles, d’autres, plus précis, situent le pré de maistre Andreau au finage de Pont-Sainte-Marie. Enfin, un autre document nous apprend qu’on se rendait à ce moulin par la rue aux Moines. Un historien l’identifie avec le Moulin de Saint- Martin, cité dans un texte du XIIIe siècle, qui se trouvait entre le prieuré de Saint-Jacques et l’église de Pont-Sainte-Marie, et qu’il ne faut pas confondre avec le Moulin de la Trinité. Ce moulin était donc alimenté par la rivière de la Grande-Planche, accrue, près du prieuré de Saint-Jacques, par la rivière dite Eau chaude, sortie de la Vieille Seine au-dessous de Foicy, près des Moulins aux Monts.
Le Moulin de Maître André est démonté en même temps que plusieurs moulins des environs de Troyes, à la fin du mois de juin 1433, au moment où l’armée du duc de Bourgogne menace la ville et s’avance jusqu’à Lavau. Des actes assez nombreux le mentionnent jusqu’en 1582. Il donne aussi son nom à un ruisseau et à des prés. Le reste de son histoire nous est inconnu, ainsi que la date et les raisons de sa disparition. Il est encore cité en 1609. Peu après 1271, est construit le Moulin de Jaillard. En 1287, on trouve mention du Moulin-le-Roy (il appartient à Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel), et au début du XIVe siècle, il est détaché du domaine de la couronne et cédé à la famille de La Noé moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 60 livres, payable au Roy. En 1355, c’est un moulin à papier.
À la fin du XIIIe siècle, les moulins de SanceySaint- Julien deviennent la propriété des Templiers. En 1388, Jean Jouvenel (dit plus tard Juvénal des Ursins), prévôt des marchands, ayant reçu mandat royal afin de pourvoir à l’approvisionnement de Paris au moyen de la navigation, envoie 300 ouvriers pour faire démolir tout ce qui nuit à la circulation des bateaux.
En une seule nuit, les ouvriers abattent tous les moulins, barrages et autres entraves à la navigation, au grand désespoir des seigneurs, mais à la grande satisfaction des Parisiens.

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Moulin Jaillard. Collection Association des Cartophiles Troyens

Au début du XVe siècle existent, nous venons d’en parler, les Moulins-au-Mont, aux Monts ou Aumont, situés entre Troyes et Saint- Parres, sur le cours naturel de la Seine. En 1419, le maire Simon Fourny (1418-1420, conseiller de Jean sans Peur), et le Conseil de Ville prennent des mesures contre un siège que l’on redoute. Les moulins hors des murs sont mis hors d’état de travailler. Les moulins de Croncels, de la Tannerie, les Moulins-au- Mont disparaissent. En 1423, les moulins sur l’Aube comme sur la Seine sont détruits par les gens de guerre, et ceux de ville deviennent insuffisants. Ceux de Jaillard et du Meldançon ne comptent que cinq roues. Le maire Jean de Dinteville (1420-1429) et le Conseil suppléent à leur insuffisance par des moulins à bras ou par des moulins, mis en jeu par des chevaux, établis près de l’arsenal. Malgré cela, les besoins de la population ne sont pas encore satisfaits, et beaucoup d’habitants sont dans la nécessité de piler le blé dans des mortiers.

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Moulin Notre-Dame. Collection Association des Cartophiles Troyens

Le Conseil décide donc la construction de moulins près de la porte de Croncels, appelés Moulins-Neufs. En 1446, il y a à Fouchy un moulin à blé et un à papier. Cette année-là, le prieuré recourt à l’autorité royale pour obtenir que les bouleteurs ne lèvent pas, sur les personnes qui font moudre leurs grains à Fouchy, un droit de boulectes ou méreaulx qui a été mis, depuis quelques 20 ou 30 ans, sur les blés portés dans les moulins de Troyes, pour contribuer à la fortification de la ville, le Moulin de Fouchy étant “franc et exempt de toutes servitudes, aides et exactions”. Ces moulins, étant en très mauvais état, sont réédifiés en 1461, de 28 à 30 pieds plus haut que leur emplacement primitif, “à cause des profonditez causées par les eaux, parce que le fonds et siège des dits mollins a esté et est creusé et aparfondy par le faict et occasion d’une grande vanne qui de pieça a esté et est faicte au milieu du dict vannage pour avaller et monter les bateaux et autres vaisseaux à aller et venir à Paris et des hurs et cops que ont faict et baillé au temps passé et font encores chascun jour en descendant contre le dit vannage les dits basteaux”.
Ce déplacement est effectué du consentement des maires, échevins et habitants de la ville, donné par devant le lieutenant Général au bailliage, le 6 août 1460. En 1479, la construction des moulins de Sencey est achevée. En 1493,
5 roues tournent aux moulins de Fouchy : deux à grain, deux à papier et une à fouler les draps.
En 1498, on compte 15 moulins à Troyes, qui contiennent 41 roues (moitié à l’industrie, moitié à la meunerie). Le maire, Jean Richer (1513-1515), craint à nouveau la guerre, et en mai 1514 le Conseil décide que des moulins à bras seront établis dans des maisons particulières, dans des chapitres, abbayes et maisons religieuses et hôpitaux. Toutes ces maisons s’engagent à mettre ces moulins à bras en état de servir avant la Saint-Jean-Baptiste.

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Moulin de la Pielle. Collection Association des Cartophiles Troyens

Le 2 juin 1522, François Ier (1515-1547) fait savoir aux Troyens que Charles Quint (1519-1556) et Henri VIII (1509-1547) lui ont déclaré la guerre. En octobre 1523, 12 000 lansquenets entrent en Champagne et sont signalés à Chaumont. Craignant qu’ils n’arrivent aux portes de Troyes, le maire, Jean Festuot (1522-1524), et le Conseil, décident la construction de vingt à trente moulins à bras et toutes les maisons conventuelles, les Chapitres, les Hôtels-Dieu et autres grosses maisons sont contraints de s’en procurer, afin de suppléer aux moulins à eau. En 1542, seize moulins à cheval et à bras sont construits.
Ceux qui sont mis en mouvement par les chevaux sont placés à Notre-Dame-en-l’Isle, aux Jacobins, en la Corderie, près de l’église de Saint-Denis, à Saint-Martin-ès-Aires, et deux à la halle aux cuirs, en face la boucherie. En 1551, les détenteurs des moulins de Foicy sont menacés d’assignation, à la requête du procureur du roi et des maire et échevins de la ville, pour répondre “du fait que toutes les vannes de ces moulins, comme celles des moulins de Sancey et de Pont-Hubert, situés aux deux extrémités de la dérivation, ne dussent avoir que 4 pieds, elles excédaient de beaucoup cette hauteur par les cerveaux et les trapans, que l’on y ajoutait pour retenir les eaux, qui ainsi
se répandaient dans les prés, les chemins et les villages.” Le 23 août, le roi Henri II (15471559) demande au maire Nicolas Coiffard, et à l’échevinage, de battre et fabriquer de la poudre à canon au Moulin de la Rothière, qui prend le nom de Moulin Bourdel ou moulin à poudre à canon. En 1634, il en fabrique encore. En 1558, on bat de la poudre à canon au Moulin de la Planche-Clément. Le 10 août, il existe au Moulin de Fouchy 5 vannes motrices.
À côté du moulin à écorce se trouve “une grande vanne à vis de quatre pieds et demi de hauteur, par laquelle s’opère la navigation”.
Le roi fait construire, pour fabriquer ses poudres, un moulin qui prend son eau au-dessous du Moulin Pétail. Le 5 août 1566, le moulin est provisoirement privé d’eau. Il n’a que 0,595 m de chute. Le 12 novembre, puis le 5 mai 1557, une descente d’experts a lieu pour constater si ce moulin n’emploie pas plus d’eau qu’il n’en a besoin, et le 13 août 1557, le sieur Bourdel, propriétaire, assigne le maire Christophe Angenoust et ses échevins pour qu’ils lui fournissent l’eau nécessaire pour faire tourner son moulin. Ces derniers sont condamnés le 16 octobre à lui donner le Moulin de Saint-Quentin pour battre ses poudres à canon (d’après un procès-verbal du 18 août 1710, il semble que ce moulin et celui de la Paresse ne font qu’un). En 1577, la poudre à canon est fabriquée pour le service du roi, au Moulin de la Pielle.
En 1618, on essaie de supprimer l’excommunication, au prône de la cathédrale, au nom de l’évêque et du Chapitre, “de tous ceux qui empeschoient de moudre à leurs moulins…”. En 1622, 1643 et 1651, les boulangers sont condamnés à enlever de leurs maisons leurs moulins à bluter, les voisins se plaignant du bruit. De 1649 à 1651, les moulins de Fouchy sont réédifiés en moulins foulons (pour le foulage des draps) au lieu de moulins à papier.
En 1653, on interdit aux boulangers l’usage des moulins à bras, sauf à les transporter aux faubourgs. Vers 1677, il y a une nouvelle interdiction, et une dernière suppression. Le sieur Louis Berthaud doit enlever, en 1635, à ses frais, un moulin à écorce nouvellement construit entre les deux anciens moulins de la Rave, barrant la rivière Seine. Le 31 mai 1642, Jean Bazin, meunier des Moulins de Jaillard, signifie au Chapitre de Saint-Pierre que le canal de la Rioteuse a été bouché la veille et que ses moulins ne peuvent plus fonctionner ; il somme le Chapitre de le faire déboucher. Le 7 novembre 1673, Edme Dominé, meunier des moulins de la Pielle, signifie au Chapitre de Saint-Pierre que ses moulins ne peuvent plus fonctionner, la vanne du Gouffre étant levée depuis une quinzaine de jours, et la rivière de Rioteuse étant comblée depuis peu. Le 4 avril 1674, Edme Rousseau, meunier des Moulins de Jaillard, signifie au Chapitre de Saint-Pierre que le fossé de la Rioteuse a été comblé au mois d’octobre dernier, ce qui empêche ses moulins de fonctionner ; il le prie de faire rétablir ce canal et de le dédommager de la perte qu’il a subie. Le 6 avril, le Chapitre lui répond que c’est le fait de la ville et non le sien, et en mai il adresse une requête au Palais, demandant l’autorisation d’assigner les maire et échevins, pour qu’ils rétablissent le canal de la Rioteuse dans son état ancien. L’autorisation lui est accordée le 30 mai. Un procèsverbal du 10 juillet 1694 constate que la hauteur des vannes des Moulins de Fouchy est de 5 pieds. En 1698, il y a à Fouchy : 2 moulins à blé, l’un appelé le gros, l’autre le petit, et 1 moulin foulon.
En 1700, on ne compte plus que 26 roues, dont 2 seulement tournent pour l’industrie. Vers 1707, les Moulins de Fouchy “tombés à rien par suite de dégradations et de l’insolvabilité de plusieurs locataires” sont démolis, et l’année suivante, les religieuses de Foicy, propriétaires, autorisent la vente des matériaux qui en provenaient. En 1744, ce moulin compte à nouveau une roue à blé et une à foulon, qui sont doublées par la suite. Vers 1750, un sieur Béguignon fait, à Troyes, entériner au bailliage des lettres d’une invention pour “ses moulins à blutter”. En 1755, existe, aux grands moulins de Sencey, “un petit moulin Lombart, sur la rivière, avec un mécanisme particulier”. Le procès-verbal du 10 octobre 1761 indique 4 pieds 3 pouces seulement aux Moulins de Fouchy, alors que dans un procès-verbal de règlement, daté du 22 septembre 1772, il est dit que le vannage à faire sera composé de 2 vannes de 8 pieds 6 pouces de largeur… afin d’envoyer l’eau nécessaire aux moulins de Sainte-Maure, de Barberey et de Villacerf.
Vers 1762, un sieur Bucquet installe à Jaillard un nouveau procédé, dit meunerie économique, que le Chapitre de Saint-Pierre encourage. Une ordonnance du maire Claude Huez (1786-1789) et des échevins du 4 décembre 1788 défend aux propriétaires des usines autres que celles à moudre le grain d’employer aucune partie de l’eau de la Seine, qui sont réservées à ces derniers, “et nommément défense aux propriétaires des moulins le Roy et Notre- Dame de faire tourner ces moulins, pour que toute l’eau passe par les usines de Pétail et de la Moline, que le moulin de Pétail sera contraint de laisser passer 15 pouces d’eau et le moulin de la Moline 23 pouces ainsi que celui de la Rave”. Le 15 février 1791, la Révolution confisque le Moulin le Roy, et il est vendu au titre de Bien national. Appelé alors Moulin de la Liberté, il est alimenté par des réquisitions de chiffons.
À la fin du XIXe siècle sont installés 10 cylindres, une machine à vapeur de 40 chevaux pour l’appoint d’énergie en basses eaux. En 1908, sont annexés les anciens moulins de La Moline et de Pétal qui produisent uniquement la force motrice pour la papeterie : sont fabriqués du papier à cigarettes, du papier filtre, et en exclusivité, le très beau papier des éditions de la Pléiade. Les Papeteries Bolloré ont été un des fleurons de l’industrie troyenne. Le 28 septembre 1854, la mairie fait afficher un Règlement d’eau, suite à la pétition des propriétaires des usines de la Pielle, de Jaillard, de Meldançon et de Brulé, qui désirent que le petit bras de rivière de Seine qui se détache du Vouldy, un peu avant le Moulin de la Pielle, soit barré conformément “à un projet ayant pour but d’assurer auxdites usines la jouissance exclusive des eaux du Vouldy”.

En résumé :

1- Moulins de Pont-Hubert (voir plus haut).

2- Moulins de Maître André (ou Andreau) (voir plus haut).

3- Moulins d’Osmont (voir plus haut).

4- Moulins des Oursiers (voir plus haut).

5- Moulins de Sancey : le seigneur de Sancey, commandeur du Temple possède le Moulin de Sancey, qui est abandonné à la fin du XVIIe siècle, suite aux mauvaises affaires faites par le fermier. Mais il reste le déversoir, dit de Saint-Julien, de 25 pieds de long, avec 2 vannes de 10 pieds pour permettre le passage des bateaux. Henri le Libéral donne aux lépreux de la Maladrerie de Troyes ou des Deux-Eaux la faculté de faire moudre gratis à ce moulin, quand il y aura pénurie d’eau à leur usine (de Bréviande). En 1539, cette usine comporte 2 moulins à papier, 1 moulin à blé et à écorce, un autre moulin à blé, 1 moulin foulon et 2 autres moulins à blé. Abandon définitif de 1670 à 1680.

6- Moulin de Pétail ou Pétal : appelé autrefois Tortae viae, puis de Torvoye, Torçois, Trévois, Pestail, Pétau, Pétaux, Pestaux… sur le canal de droite de la dérivation, à 1 820 m du déversoir de Saint-Julien. Il fait tourner 3 paires de
meules. Les moulins travaillent pendant 6 h, les écluses levées, puis attendent l’eau pendant 2 h, et donc ne travaillent que les trois quarts du temps. Sa hauteur de chute est de 1,30 m. La meunerie, la papeterie et la fabrication du tan et de la poudre s’y succèdent. Plusieurs fois ce moulin a été incendié.

7- Moulin le Roy ou Moulin de la Papeterie : à 1 700 m du déversoir de Saint-Julien. De tout temps, il est consacré à la fabrication du papier (le premier en France de ce genre), il a 3 roues, et sa hauteur de chute est de 1,30 m.

8- Moulin de la Rave : nommé autrefois Hardre, Hardy, Hardet, Hardouin, Foulon à draps... Il a les seuils des vannes au même niveau, à 2 710 m du déversoir de Saint-Julien.

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Plomb de scellés des Moulins de la Rave à Troyes. Henry propriétaire

9- Moulin de Notre-Dame : son nom lui vient de ce qu’il a été la propriété, pendant plusieurs siècles, de l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains. Il se trouve à 2 250 m du déversoir de Saint-julien, et sert à la mouture des grains. Après 1789, il est déclaré bien national, et est incendié en 1842.

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Plomb de scellés des Moulins Notre-dame de Troyes

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Moulins Notre-Dame et de la Rave à Troyes. Photo MLM

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Moulins Notre-Dame et de la Rave à Troyes. Photo Michel Lajoie-Mazenc 2007

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Publicité des Grands Moulins de Notre Dame et de la Rave à Troyes

10- Moulin de la Rothière

11- Moulin de Paresse : anciennement de la Tannerie, du Prey aux Toiles, aux Toiles-les- Troyes, de la Rothière… à 3 170 m du déversoir de Saint-Julien. Il sert à la blanchisserie des toiles et autres linges, puis une nouvelle roue fait mouvoir des foulons, et enfin le battage des poudres.

12- Moulin de la Tour : à 5 070 m du déversoir de Saint-Julien. Il passe du domaine des comtes de Champagne entre les mains du chapitre de Saint-étienne en 1157 (le comte Henri le Libéral en fait don à l’église de Saintétienne, qui le cède au prieuré de Saint-Nicolas de Pougy), puis dans celles des Bénédictines de Foicy. Il reçoit l’eau du canal des Trévois, après qu’elle a parcouru les rus et traversins de la ville. Il a 3 paires de meules mises en mouvement par 3 roues, pour la teinture, et à écorce (au son et à la farine). En 1790, il devient propriété nationale. Vers 1917, il prête sa force motrice pour le filage en grand.

13- Moulin de Saint-Quentin : (son nom lui vient de ses premiers propriétaires, les religieux du prieuré de la rue de Molême, qui gardent l’usine jusqu’à la Révolution), à 5 600 m du déversoir de Saint-Julien. Il est très ancien, comme le prouve une charte du comte Henri Ier qui, en 1157, octroie au Chapitre de Saint-étienne la pêcherie sur le cours d’un bras de Seine, depuis Sancey jusqu’au moulin de Saint-Quentin. D’abord moulin à blé, puis successivement utilisé par la draperie et la filature de coton, il devient une vermicellerie. En 1478, il y a deux moulins à papier et un à blé. Il reçoit l’eau que lui transmet celui de la Tour. Le seuil des vannes est à 1,49 m, qui sera réglé à 1,30 m. Il fait le blé farine, puis devient usine à laine et à coton, et revient au culte du froment. Il est vendu nationalement le 1er pluviose an VI (1er janvier 1798). En 1820, est établi un atelier de filature, et en 1860, on y pratique presque exclusivement la grande mouture.

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Moulin de Paresse 1896. Collection particulière de José Mouillefarine

14- Moulin de la Pielle : à 2 850 m du déversoir de Saint-Julien. C’est le premier que l’on rencontre sur le canal du Vouldy, en descendant des Moulins de la Rave et de Notre- Dame. Il a 2 roues hydrauliques et il sert à la filature du coton, puis est transformé en 2 moulins, l’un à blé, l’autre à écorce. L’usine Moulin de Paresse 1896. Collection particulière de José Mouillefarine est vendue nationalement le 18 juin 1791.

15- Moulin de Jaillard : à 3 550 m du déversoir de Saint-Julien. Il fut toujours l’une des usines les plus importantes de la dérivation. Il a 3 roues hydrauliques. Il est vendu par la nation le 19 mars 1791. Le 11 septembre 1817, M. le Préfet demande de réduire la hauteur des vannes de 1,70 m à 1,30 m. Une filature de coton de 6 000 broches est seule mise en mouvement, en 1826.

16- Moulin de Meldançon : à une époque ancienne (avant 1171) Ursariorum ou de porta Ursariorum, puis Merdanson. Il est en communauté d’eau avec les deux précédents, et se compose de 2 roues. Il est déclaré bien national en 1790. Il moud le grain, et en 1821, c’est une filature. Le moulin brûle en 1831, dans la nuit de Noël, et est immédiatement reconstruit.

17- Moulins Brusley ou Brulés : (ils furent détruits pendant la guerre anglaise), à 4 300 m du déversoir de Saint-Julien, anciennement Challoël, Challouet, Chaillouet. Il a 4 roues. À l’origine, il se consacre à la fabrication du papier. En 1734, il est fait mention de ce moulin, comme contenant un moulin à farine, un moulin foulon et un moulin à écorce. Sa chute est de 1,55 m. En 1822 s’y établit une filature.

18- Moulin de la Trinité : le domaine qui a conservé le nom de la Trinité appartient, à l’origine, au Prieuré de Saint-Jacques. La comtesse Blanche, veuve de Thibaut III, déclare que la justice du faubourg et les autres droits seigneuriaux appartiennent au prieur de cette maison. Etabli en 1260 par Thibault V, dit le Jeune, à l’entrée du faubourg de Preize, plus tard, les Trinitaires, Mathurins ou frères de la Rédemption en deviennent propriétaires, d’où sa dénomination.

19- Moulin de Fouchy : à 7 300 m du déversoir de Saint-Julien. Nommé aussi de Foicy, Foissy, Fouissy, Petit-Foicy, Tirnau ou des Tirverts. Son nom lui vient de ce qu’il est la propriété des dames religieuses de Foicy. Après 1789, il est déclaré bien national. En 1814, le propriétaire du Moulin de Fouchy rencontre les cosaques qui le dépouillent de tous ses vêtements, le mettent absolument nu et il n’a que le temps de se jeter à la nage pour éviter la mort. Il se sauve à Troyes, avec un simple mouchoir pour se couvrir. Il se présente devant l’Empereur de Russie dans l’état où l’ont mis les Cosaques et fait entendre ses justes plaintes. L’attentat dont ce malheureux a été la victime reste impuni et, 4 jours après, son moulin avec toutes ses dépendances est la proie des flammes. Le moulin est autorisé à être reconstruit en 1844. À partir de 1845, le moulin adopte la bourre de soie. En 1883, il est transformé et on y installe 15 appareils métalliques. À cette occasion, le moulin est doublé de grands magasins, construits à côté, et une machine à vapeur de 60 chevaux est montée pour suppléer éventuellement au défaut de force hydraulique. En 1885, une seconde turbine de 15 chevaux est installée et, en 1887, ce moulin est une troisième fois modifié et amélioré, les meules métalliques étant remplacées par des cylindres. En 1911, tout l’outillage est changé et sont introduits des appareils à fonctionnement automatique.

Texte extrait du livre "L'eau à Troyes, de 400 av. JC au XXIe siècle"

Jacques Schweitzer
Article paru dans le Monde des Moulins - N°55 - janvier 2016