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La Société des Cendres

À l’occasion d’une promenade au coeur du Marais, à Paris, dans le 4ème arrondissement, nous nous sommes interrogés sur l'inscription qui figurait sur le fronton d’un immeuble au 39 rue des Francs-Bourgeois : "Atelier des cendres". En haut de la façade, une inscription précise toutefois clairement l’activité effectuée sur place : "Fonderie d’or et d’argent, traitement des cendres, essais et analyses".
Après en avoir franchi son porche, nous fûmes happés par la musique et les vives couleurs d’un magasin d'habillement "Uniqlo".

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Entrée de l'immeuble avec signalement de la Société. Photo Eric Charpentier


Le site, aux volumes extraordinaires, est surprenant, doté d'une charpente métallique et coiffé d'une verrière. Il a été magnifiquement restauré ; on sent bien la main d’un architecte chevronné qui a su mettre en valeur ce site en conservant la mémoire industrielle d'une activité disparue de nos jours.

Nous sommes sous le charme et notre visite nous fait découvrir des fours, des meules en fonte, une cheminée de brique rouge : comme quoi, une belle reconversion, respectueuse et conservant la mémoire des lieux, c'est possible.

De retour dans notre campagne, nous fouillerons sur les sites internet pour en savoir plus sur cette société de traitements des cendres.

Et nous vous livrons nos trouvailles.

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Meules et autres éléments conservés. Photo Eric Charpentier

À cet emplacement, se trouvait, en 1639, l'Hôtel Le Tellier ayant appartenu à Philippe de Coulanges, oncle de la célèbre épistolaire Marie de Rabutin-Chantal, plus connue sous le nom de Marquise de Sévigné. Elle y séjourna avec son autre oncle, Christophe de Coulanges, abbé de Livry, et s'y maria en 1644 avec le Marquis de Sévigné.

Cette curieuse usine, bien cachée derrière sa façade, fut une fonderie d'or et d'argent : la Société des Cendres, qui ne comptait pas moins de 500 actionnaires. Elle a été créée par Alexis Falize (1811- 1898) en 1859. Tout d'abord grand spécialiste des émaux, il redécouvre les émaux limousins avec ses confrères Jules Chaize, Eugène Fontenay et Frédéric Boucheron. Il deviendra ensuite un célèbre bijoutier sous le Second Empire. La Société des Cendres avait pour but de traiter les poussières de balayage, les rognures et les limailles provenant des bijoutiers et des joailliers nombreux dans ce quartier, afin de récupérer l'or et l'argent dans les déchets. Les dentistes, les photographes et les graveurs se joignirent également aux clients de la Société des Cendres. Les déchets de toutes sortes étaient broyés et brûlés sous le contrôle des propriétaires. On pouvait parfois extraire plusieurs kilos d'or d'un quintal de déchets !!! Tout d'abord installé rue Saint-Croix-de-la-Bretonnerie, elle se fixe définitivement rue des Francs-Bourgeois.

Jusqu'au milieu du XIXe siècle cette activité était confiée à des professionnels. Mais les orfèvres et autres bijoutiers parisiens trouvaient le service mal effectué et trop coûteux. En 1859, ils choisissent donc de s'occuper eux-mêmes des rognures et autres limailles minutieusement récupérées dans leurs ateliers, et créent, à cette fin, la Société des Cendres.

C'est une sorte de coopérative, dont les clients sont aussi les actionnaires. Le bâtiment tel qu'il existe aujourd'hui a été construit pour cette jeune société en 1867. à l'époque, les grands bourgeois du Marais étaient partis pour le faubourg Saint-Germain et le quartier avait été livré à l'industrie.

Le site comporte, dans sa partie arrière, une galerie industrielle et un four avec sa cheminée en briques rouges de 35 m de haut que l'on aperçoit de la verrière et qui est visible des immeubles voisins. Cette cheminée monumentale s'appuie sur un élément de la muraille de Philippe- Auguste, que l'on peut voir à l'intérieur. Fermée en 2002, l'entreprise est maintenant installée à Vitrysur- Seine dans le Val de Marne.

Des travaux de restauration ont été effectués sous le regard des Architectes des Bâtiments de France afin de créer un petit musée, avant l'installation de son nouveau propriétaire, le géant japonais de l'habillement Uniqlo (groupe " Fast Retailing ") qui y a ouvert son troisième magasin français en avril 2014. Une procédure de classement à l'Inventaire des Monuments Historiques a été lancée.

On peut encore admirer au sous-sol la meule à ferraille, à l'étage, le four et au rez-de-chaussée, la magnifique cheminée que l'on aperçoit à travers la verrière, vedette sans conteste de ce lieu, dernier vestige industriel du quartier du Marais !!!

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Vue du hall de l'usine qui accueille maintenant le magasin, avec sa cheminée et sa verrière. Photo Eric Charpentier

Dominique et Eric Charpentier - Article paru dans le Monde des Moulins - N°51 - janvier 2015