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Les multiples activités des moulins de la Nièvre

Au cours de notre voyage dans la Nièvre, en Morvan et en Donzyais, Philippe Landry, président des Moulins du Morvan et de la Nièvre, nous a présenté les nombreuses industries dont les moulins ont été les moteurs dans cette région. D’une manière générale, il y a eu peu de moulins à vent dans le Morvan, irrégulièrement venté, et un peu plus dans la plaine et sur les plateaux, là où les courants d’air sont assez constants (avec deux zones principales où deux moulins viennent d'être restaurés et sont visitables : St-Pierre le Moûtier et Bouhy).

Quant aux moulins à eau, les dénivelés du Morvan et des collines au centre du département ont favorisé le développement de la roue à augets recevant l’eau par le dessus. Au contraire, dans la plaine, les moulins ont plus souvent été équipés de roues recevant l’eau à hauteur de l’axe (donc "de poitrine"), ou même en dessous.

Notons qu’au XIXe siècle, dans les villes, se sont développés des moulins à vapeur : Decize, Fourchambault, La Machine, et même Nevers.

Dans les deux régions, les activités des moulins ont été très variées. Le même moulin pouvait en exercer plusieurs à la fois (avec plusieurs roues).

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Les meules d’un moulin à ocre de St-Amand. en Puisaye. Photo P. Landry


Le blé était travaillé partout, mais le plus souvent dans ses catégories “pauvres” : seigle, sarrasin... Par exemple, à Lucenay les Aix, dans la plaine, vers 1840, le seigle représentait 90 % des céréales panifiables.
Le bon froment a été au centre de litiges juste avant 1789 : doit-on ou non le purger du son ? À Nevers, le moulin dit "du Chapitre", parce qu’il appartenait au chapitre de la cathédrale, avait en 1789 deux ateliers, un oeuvrant la farine bien blanche pour la pâtisserie et le bon pain des nobles et de la bourgeoisie, et l’autre produisant une farine moins blutée, préférée par le populaire plus astreint à un travail de force. Cette question reste au centre de la fameuse enquête de 1809.

La Nièvre a eu beaucoup de moulins à huile. Ils pouvaient être mûs par l’eau ou le vent, mais un animal suffisait, cheval ou âne... Parfois, hélas, l’huilier ne disposait que d’une vache, qui dès lors produisait moins de lait. Un moulin à huile était plus facile à construire, mais il rapportait moins. Les huileries travaillaient plus la navette que la noix ou la noisette, pour des raisons sociales (le paysan utilisait beaucoup d‘huile pour épaissir la soupe quotidienne). Notons que la fameuse huilerie de Donzy a aussi travaillé le lin et les arachides importées. Au cours du XIXe siècle, les campagnes ont perdu progressivement leurs huileries alors que la machine à vapeur en a favorisé le développement dans les villes, à proximité du consommateur.

La Nièvre est un pays de forêts (actuellement 1/3 de la superficie), d’où des moulins pulvérisant l’écorce pour extraire le tan, lequel va empêcher la putréfaction des peaux, donc permettre la fabrication du cuir. La Nièvre a connu de nombreuses tanneries, dont de considérables
notamment à Nevers, Clamecy, Cosne sur Loire, Luzy, Château-Chinon.

Autre activité qui fut très importante : celle des moulins foulons. Mélangeant laine et chanvre, ils fabriquaient des vêtements, des couvertures, le feutre des chapeaux. Au XIXe siècle, des moulins ont pu animer des filatures (Prémery, Tannay).

La qualité de l’eau a plus favorisé les moulins à papier dans le Morvan, mais à côté de Clamecy il y avait des papeteries importantes. La plus ancienne, à Sembrève, commune d’Oisy, aurait fabriqué le papier de la première bible en français. La plus récente, à Corvol l’Orgueilleux, créée en 1818, n’a fermé qu’en 1959. Dès l’origine elle a utilisé des cylindres, et elle a compté jusqu'à près de 200 ouvriers.

La présence de minerai de fer dans les plaines de l’ouest de la Nièvre, ainsi que le bois disponible pour servir de combustible, ont permis le développement de nombreuses forges industrielles à roues hydrauliques. Certaines usines ont disposé de moulins à broyer le sable pour fabriquer le moule de certaines pièces, notamment des canons. La plupart des forges se sont converties en moulins à blé après 1850. La pulvérisation du laitier des forges récentes a également donné un mâchefer utilisé dans le bâtiment, les routes et les digues de canaux.

Le département de la Nièvre est célèbre pour ses faïenceries ; la pâte à faïence pouvait être travaillée dans des moulins, pour mieux expurger les bulles d’air (un simple moulin à manège suffisait alors), de même que la pâte à tuiles et briques. Mais des meules ont écrasé aussi la matière à faire le vernis, laquelle était souvent si dure qu'un moulin à eau ou à vapeur convenait mieux. Cela valait également pour les autres branches de la céramique : la poterie de grès et la porcelaine. Particularité du vernis des poteries du nord-ouest, en Puisaye : les moulins pulvérisaient le "laitier" des anciennes forges gallo-romaines. Dans cette même province de Puisaye, notons que l’ocre était pulvérisée par des meules analogues à celles écrasant le grain, mais on pouvait utiliser aussi des pilons (cette ocre servait à la peinture, notamment des fresques des églises locales, mais aussi dans le bâtiment et la pharmacie). À Neuvy sur Loire, un moulin doté de plusieurs turbines a été équipé de cylindres pour laminer le caoutchouc.

Question bâtiment, rappelons que les cimenteries et les plâtreries utilisaient des meules pour pulvériser, les unes le calcaire de chaux, les secondes le gypse. À la fin du XIXe siècle, des moulins ont scié et tourné la pierre, notamment pour faire les jolis piliers des rambardes de ponts et de terrasses. Les moulins ont souvent eu une annexe scierie à bois, voire saboterie. Au début du XXe siècle, quelques moulins ont animé des compresseurs pour fabriquer de la glace.

La Nièvre a également connu quelques brasseries employant des meules pour broyer l’orge. Ici et là ont existé des moulins à os ; ils pulvérisaient les os pour en faire de l’engrais ou de la colle.

Moulins du Morvan et de la Nièvre
6 rue du Rivage - 58000 Nevers - 03 86 59 49 98
flvary@orange.fr

Philippe Landry - Article paru dans Le Monde des Moulins N°48 - Avril 2014