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Belgique : La réhabilitation du moulin banal de Fallais en centrale hydroénergétique

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Plan du moulin banal de Fallais. Source : MARCHAL, Nadine, « Les moulins de la Thyle, de la Dyle et de la Mehaigne, l’exploitation de l’énergie hydraulique dans la société traditionnelle » dans Revue des archéologues et historiens d’art de Louvain, XIV, Louvain, 1981, p. 141.

Apparu au Ier siècle ACN, le moulin à eau est la première machine capable de transformer l’énergie hydraulique en travail. C’est aussi le plus puissant moteur mis à la disposition de l’homme avant le XIXème siècle. Lieu où la matière est transformée en produit fi ni, les moulins peuvent être considérés comme les toutes premières usines.

L’énergie hydraulique a été un des principaux agents du développement industriel aux XVIIIème et XIXème siècle avant d’être supplantée par la vapeur puis par l’électricité.
Tombés en désuétude suite à ces avancées technologiques, les moulins sont abandonnés ou transformés, le plus souvent en habitation. Si le mécanisme intérieur est protégé à l’abri dans le bâtiment (et si le propriétaire des lieux ne s’en débarrasse pas), il n’en va pas de même pour la roue. En effet, mise à l’arrêt, la roue est condamnée. Une roue en bois pourrira et une roue en fer rouillera. Peu importe le matériau qui la constitue, une roue inactive est vouée à disparaitre. Or, sans roue, le bâtiment auquel cette dernière était attachée perd la principale caractéristique. Aux yeux de la population, ce n’est plus qu’un bâtiment au bord de l’eau sans plus d’intérêt.
En Belgique, la Région wallonne octroie des subsides pour la restauration, la rénovation et la valorisation des éléments constitutifs du Petit Patrimoine Populaire Wallon, les roues à aubes en faisant partie.
Restaurée ou reconstruite, la roue donne une nouvelle vie au moulin. Elle peut actionner à nouveau le mécanisme du moulin s’il existe toujours, ou servir à la production d’électricité verte en transformant le moulin en microcentrale hydroélectrique comme c’est le cas au moulin banal de Fallais.
Le moulin banal de Fallais est situé dans le Parc Naturel des Vallées de la Burdinale et de la Mehaigne. Il est situé au bord d’un bief de la Mehaigne, cours d’eau de 65 km qui prend sa source à Saint-Denis-Bovesse et se jette dans la Meuse à Wanze. Il existait vingt-cinq moulins à eau sur les bords de cette dernière. Aujourd’hui,  on n’en dénombre plus que quinze.Le bâtiment actuel est daté du XVIIème siècle. Il est en pierres calcaires et en briques, il a été surélevé d’un niveau en briques dans le courant du XIXème siècle. Le complexe agricole dans lequel s’insère le moulin s’articule en largeur le long de la Mehaigne.

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Roue du moulin banal de Fallais. Photo J. Léonard

Durant la première Guerre Mondiale, le moulin de Fallais a fourni de l’électricité au village grâce à une dynamo reliée à la roue par le grand-père de l’actuel propriétaire du moulin, Gérard Heine. Le moulin continuera de
moudre de la farine jusqu’en 1966. 
Le mécanisme intérieur est conservé en place. On retrouve au sous-sol les engrenages reliant l’arbre de la roue aux meules se trouvant au rez-de-chaussée. Au premier étage, se trouve encore le blutoir et au grenier le monte-sac.
La roue, quant à elle, a fait l’objet d’une restauration en 2000. Cette restauration a été en partie subsidiée par le Petit Patrimoine Populaire Wallon. C’est une roue de poitrine, en bois de chêne d’un diamètre de 5,10 m.
En ce qui concerne la restauration de la roue, le matériau utilisé est au choix du propriétaire. Pour le moulin de Fallais, M. Heine a préféré le bois pour des raisons d’authenticité en rapport avec la roue précédente. Une roue en fer aura une durée de vie plus longue, une roue en bois bien entretenue et en fonction vivra néanmoins une vingtaine d’années au minimum. Le plus important est de ne pas  la laisser inactive au risque de la voir pourrir  pour le bois ou rouiller pour le fer. Afi n de lui assurer une durée de vie plus longue, elle peut être mise sous un abri. Les traces d’un abri ou d’une toiture au-dessus de la roue du moulin de Fallais sont visibles.

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Barrage en amont du moulin banal de Fallais. Photo J. Léonard

En amont du moulin, se trouve un barrage sur lequel est gravée la date de 1761. Soumis à de violentes inondations, il a été restauré au début des années 2000. Il est muni d’un déversoir et d’une vanne de décharge. Une vanne moleresse commandée électriquement ferme le bief devant la roue.
Aujourd’hui, la roue n’active plus les meules, elle est raccordée à une génératrice d’électricité posée au pied des meules.
La réhabilitation d’un site hydroénergétique a un coût qui peut être élevé mais en calculant le potentiel hydroénergétique du site, sa production d’électricité moyenne et les avantages fi nanciers qu’apporte la production d’électricité (Certifi cats Verts, vente d’électricité, économie sur les factures d’électricité), il s’avère que les investissements réalisés par le propriétaire peuvent être rentabilisés en cinq ans. Il faut néanmoins souligner que ces calculs ont été faits sur base de moyennes. Le débit de l’eau, par exemple, peut varier fortement d’une année à l’autre et entrainer une baisse ou une augmentation de la production d’énergie.

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La génératrice électrique. Photo J. Léonard

Les microcentrales hydroélectriques sont discrètes et n’altèrent pas le paysage. Par leur petite taille, elles ne dérangent pas non plus le mécanisme intérieur. Elles permettent aux moulins à eau de revivre et cette nouvelle vie est en continuité avec leur fonction première.
Lieu où l’on travaillait à produire les éléments nécessaires à la vie, protagonistes de l’industrialisation, le moulin est encore utile à la société d’aujourd’hui en fournissant de l’électricité, électricité dont on ne pourrait plus se passer à l’heure actuelle.

Julie Léonard - Article paru dans le Monde des Moulins - N°35 - janvier 2011