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Belgique : Une grande restauration, le moulin de la Marquise à Ath-Moulbaix

On a longtemps cru que la date inscrite par deux fois sur le rouet du moulin était celle de sa construction, mais le deuxième chiffre que de nombreuses personnes prenaient pour un six est en réalité un huit, ce qui donne 1814 et non 1614. Cependant le moulin est plus ancien, car il aurait été construit en 1747 par un certain Mercier, puis revendu aussitôt au marquis Gabriel-François du Chasteler, seigneur du village. Il restera dans cette famille jusqu’à nos jours, le dernier propriétaire étant le comte d’Ursel. Il doit son nom à la dernière marquise du Chasteler, qui en 1927 le sauva de la démolition.

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15 décembre 2006 - photo J. Bruggeman


Le dernier meunier avant la guerre, Jules-Cyriel Mylle, était originaire de Flandre. Il a abandonné le moulin en 1937 pour retourner dans son village natal. Le moulin subit alors sa plus mauvaise période. Mais en 1942, il est repris  ar un autre meunier flamand, marié à une wallonne, Jozef Dhaenens- Dumont, qui, avec l’aide de son père Hector, va le  restaurer et le remettre en activité. Le moulin est alors équipé de moteurs électriques afin de pallier l’absence de vent car il faut vivre avec les revenus du moulin.
Une seconde grande restauration est effectuée en 1959-1960, par les charpentiers flamands Robert Vandekerkhove, Herman et Guido Peel. Le pivot et le maître-sommier sont remplacés par ceux du moulin de Rollegem-Kapelle qui venait d’être renversé par une tempête. Le pivot porte l’inscription : IHS – DOMINICUS ENDE JOANNES DE VOS – ANNO 1783.
Une troisième restauration importante s’est déroulée en 1984 avec le remplacement des ailes, de l’escalier, restauration du grand rouet etc. par les charpentiers Peel. Maintenant c’est le fils, Joseph comme son père, qui travaille au moulin.

Une quatrième campagne de restauration est envisagée dès les années 1990, plus profonde, afin d’encore bénéficier du savoir-faire des derniers charpentiers de moulins et d’être tranquille pour une très longue période. Les démarches sont entreprises pour régler le problème de propriété. C’est finalement une association sans but lucratif qui prendra en charge le moulin, la commune s’occupant de trouver le financement. Une première
réunion se tient le 20 avril 2001 au château du comte d’Ursel (depuis décédé), qui réunit le bourgmestre, le secrétaire communal, le meunier Joseph Dhaenens et son beau-frère Stefaan Vroman, l’architecte Michel Fourmentin et Jean Bruggeman sollicité comme spécialiste. Il y est notamment débattu du financement, qui sera assuré par l’association, la commune, la province et la Région Wallonne. Une nouvelle réunion se tient le 3 décembre 2002. La demande de subvention est expédiée. Les relevés par J. Bruggeman afin d’établir les plans débutent en janvier 2003 par un froid glacial, et se poursuivront les mois suivants. L’architecte se charge de les entrer dans l’ordinateur pour les redessiner en trois dimensions. Ils sont achevés début 2004. Une nouvelle réunion a lieu le 7 février 2005, pour relancer le dossier qui a pris du retard. La commune demande que le financement de la Division du Patrimoine soit porté à 80 %. Les avis de marché sont lancés. C’est la société momentanée Dherte S.A. – Eric Vanleene qui est retenue à l’adjudication du 6 septembre 2005.

Enfin les travaux peuvent commencer. Une première réunion de chantier se tient le 27 janvier 2006, mais c’est le 3 avril que l’ordre est donné de commencer officiellement les opérations. Le financement est finalement assuré à 80 % par la Région Wallonne, 19 % par la commune d’Ath et 1 % par la province du Hainaut. Le coût s’élève à un peu plus de 285.000 euros HT.
Les deux ailes intérieures sont enlevées le 11 avril. Le moulin est complètement étayé selon la méthode ancienne par le charpentier Eric Vanleene, ce qui ne s’était plus fait depuis de nombreuses  décennies. Cette opération était nécessaire car il était prévu de démolir les dés réalisés en 1942 avec les moyens du bord, et de les refaire en béton et parement de brique, avec une dalle les recouvrant en pierre bleue. Tout est terminé dans le même mois, et en mai, la croisure et les liens extérieurs du piédestal sont également renouvelés. Les deux dernières ailes sont enlevées le 16 mai. Le petit rouet (le moulin possède deux paires de meules actionnée chacune par un rouet) est démonté pour être restauré et le pignon-lanterne remplacé par un autre comportant deux dents de plus. Les étais sont enlevés. En juillet, la face au vent commence à recevoir les nouveaux bardeaux de châtaignier remplaçant les anciens en asbeste. Un échafaudage tubulaire est installé en septembre afin de permettre le démontage de l’appentis de la bluterie et de celui du nettoyeur, remplacés aussitôt. La couverture en bardeaux est entamée et achevée en novembre. La nouvelle robe en pin d’orégon est également fixée et achevée en décembre et l’échafaudage démonté dans la foulée. Un nouvel escalier extérieur est fabriqué en janvier et un nouveau lattis en moabi habille les ailes qui sont installées le 8 février 2007. En mars elles sont opérationnelles. Les charpentiers attaquent les aménagements intérieurs : renouvellement des dents du grand rouet, des élévateurs, du plancher et de son solivage, restauration des archures et accessoires. Le 13 avril puis le 20 avril, l’équilibre du moulin est vérifié. Une nouvelle bluterie est en cours de fabrication mais ne sera pas installée avant l’inauguration, faute de livraison de la soie.

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19 mai 2007, jour de l’inauguration, avec un défilé de plus de cent tracteurs - photo J. Bruggeman

C’est un superbe moulin, qui fait l’admiration de tous, qui est inauguré le 19 mai 2007, par une belle journée ensoleillée. Après une aubade de l’harmonie du village, de la chorale, les discours des personnalités, les ailes se sont mises à tourner majestueusement sous les applaudissements du public, obéissant au doigt et à l’oeil de son fier et heureux meunier.

Jean Bruggeman - Article paru dans le Monde des Moulins - N°22 - octobre 2007